‹ De la prospérité publique, ou, Décentralisation du capital, et influence de cette opération sur l'ordre socialChapitre 28 sur 62 · DE LA DIRECTION · texte numérisé non relu

DE LA DIRECTION

La direction est le résultat des observations auxquelles donne lieu, dans les écoles de tous les degrés, la tendance constante des actions, des études de chaque élève; les succès qu'il a obtenus dans ses études, en tant que ces observations servent de règle pour l'appréciation de son aptitude. . Dans les écoles élémentaires, ces observations détermineront le choix de la spécialité d'école préparatoire à laquelle

Tdlève doit appartenir. Là racconipai^nera le sii^nalcmont de la nature de son aptitude, afin que, survenant un changement dans les dispositions, la direction puisse en bien apprécier la signification.

Dans les écoles préparatoires, les observations confirmeront ou modifieront les indications de la profession, selon la constance, le changement ou la tardive manifestation des indices.

Dans les écoles professionnelles définitives, les cas de modification se présenteront rarement après tant d'épreuves successives subies par l'élève.

i\Iais se présentassent-ils comme dans les écoles préparatoires, il serait facile d'y pourvoir.

Règle générale :

Si la capacité et la prédilection d'un sujet marchent de front, laissez toute la latitude à la prédilection.

Mais, en cas de désaccord,

Si la prédilection est trop ambitieuse, eu égard aux forces de la capacité, corrigez-la. Le moyen d'amendement le plus efficace est une déférence jusqu'à l'abus : le sujet ne tiendra pas devant le ridicule.

Si la prédilection est trop désintéressée ou trop humble, tentez l'ambition, relevez la dignité du sujet par le stimulant de Témulation.

Là où la direction aura le plus besoin de vigilance, de prudence et de tact, c'est, sans contredit, dans l'école élémentaire ; si l'erreur y est rarement possible dans l'appréciation de la capacité morale, qui est mise à l'épreuve par les leçons quotidiennes, ainsi que dans l'appréciation delà capacité physique, qui se manifeste tout naturellement, il n'en est pas de même de l'appréciation de la prédilection ; il faut l'observer soigneusement dans ses caprices, car Terreur, quoique réparable, ainsi que nous l'avons expliqué, est encore fâcheuse comme pouvant donner lieu à un retard capable d'influer sur le moral de l'élève.

iNous allons, du reste, essayer de donner des règles spéciales pour aider la direction dans tous les cas, en commençant par \a prédilection.

D irection de la prédilection,

La prédilection suppose une préférence, et la préférence suppose un choix.

Lorsqu'un sujet, mis à même de choisir, aura manifesté une préférence, sa prédilection sera évidente; mais cette préférence ne sera-t-elle que momentanée, ou bien l'élève persévèrera-t-il dans sa détermination? C'est une question que la direction doit, dans tous les cas, prendre à tâche de résoudre, et à cet effet, elle ne doit pas laisser de soumettre le jeune sujet à des épreuves réitérées, mais tentées avec prudence et circonspection.

De nos jours, outre que la prédilection n'est que trop souvent comptée pour rien dans la direction d'un jeune sujet voué à une carrière professionnelle, le choix de la carrière est la plupart du temps l'effet du hasard, et rarement le hasard met le sujet dans la position de choisir ce qui naturellement serait le mieux à sa convenance. Aussi, que de prédilections déviées de leur préférence, que d'aberrations dans le choix, que de partis acceptés faute d'avoir pu choisir I

Nous ne saurions nous dissimuler que les écoles élémentaires ne seront pas situées de manière à exciter les préférences conformément aux dispositions naturelles de chaque sujet : au site des unes il manquera l'aspect saisissant des montagnes ; au site des autres, la perspective imposante des mers; certaines seront assises dans des régions que n'égayé pas une végétation luxuriante ; d'autres , isolées du mouvement industriel d'un grand centre de population. Nous devons donc reconnaître que les avantages appréciables de la position des unes manqueront aux autres. Mais n'y aurait-il pas moyen d'obvier à cet inconvénient en transférant successivement, pendant le cours des études élémentaires, les élèves d'une école dans l'autre, avec séjour au moins suffisant pour déterminer les impressions?

Nous donnons cette pensée à méditer : nous ne la donnons pas comme réglementaire.

Toutefois, faute de pouvoir réunir sur un seul point toutes les conditions (';ipn])les de tenter la prédilection nalurelle, nous nous en rélcrons à la fréquentation des ateliers dont Fensemhle, moins par le nombre que par le choix, doit répondre au service du plus grand nombre de professions possibles. Ici, la généralité est surtout importante, car, dans les écoles élémentaires, il s'agit bien moins de faire des ouvriers que de savoir ([ui en sortira apte à travailler ou le fer, ou le bois, ou les tissus. Ainsi, les arts, la science, les professions mécaniques étant représentés de manière à tenter tous les tempéraments, toutes les intelligences, il n'y aura qu'à surveiller l'effet de l'attraction ; le plus souvent il sera décisif. Il résulte, en effet, nous l'avons dit, des diverses conditions organiques des hommes, que tel résume dans son organisme les éléments des plus hautes conceptions, tandis que tel autre n'y trouve que le cou> tingent de ces idées qui sortent à peine du cercle étroit déterminé par le service des besoins matériels.

Ou comprend donc qu'un sujet soit toujours porté à agir de manière à donner de l'exercice à ses forces morales ou physiques, selon la prédominance de son tempérament ; en d'autres termes, qu'il s'attachede préférence aux exercices dans lesquels ses facultés organiques se développent avec le plus de facilité. Mais il n'arrivera pas toujours que la prédilection ne se manifeste pas pour un genre de travail exclusif de tout autre. Cette universaUté d'aptitude se rencontrera assurément chez les sujets doués de cette ampleur d'intelligence qui embrasse toutes conceptions, tous procédés. C'est dans ce cas surtout que la direction devra exercer toute sa vigilance. Nous tracerons à l'occasion la règle de ses devoirs, dans ces circonstances difficiles.

La prédilection une fois bien constatée, il deviendra indispensable de s'assurer si elle est parfaitement secondée par la capacité physique et par la capacité morale, afinque, selon les indices, la direction s'attache à confirmer ou h modifier les causes de préférence. L'on peut bien dire, en règle générale, que s'il est hors des lois de la nature qu'un individu se passionne pour

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un genre de travail dont il ne saurait surmonter les difficultés de conception et d'exécution, l'illusion (vînt-elle à se produire) ne saurait être de longue durée, puisqu'une persévérante lutte n'aboutirait pas à la satisfaction d'un succès ; mais pour peu qu'il y eût persistance, le temps pendant lequel durerait le prestige serait un temps perdu pour la carrière professionnelle, et il deviendrait important d'obvier à ce préjudice le plus tôt possible. Se passionner pour un travail n'est pas toujours opérer dans sa spécialité providentielle ; il convient donc de révéler à l'individu qui s'ignore, et sa puissance morale et sa puissance physique, et de le dissuader ou de l'encourager selon qu'il est bien ou mal secondé par ces deux puissances. Voyons, à cet égard, ce que la direction a h faire.

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