BUDGET DES DÉPENSES
Avant d'indiquer où prendre les ressources au moyen desquelles pourra être soldé le budget de l'instruction publique constituée dans les vastes proportions que nous avons données à l'institution, il serait à propos de connaître le chiffre auquel doivent s'élever les frais de premier établissement, ce qui est assez difficile ^ ; le nombre de professeurs employés dans l'ensemble des écoles, nombre dont l'expérience seule peut faire apprécier l'importance, et, enfin, le nombre des élèves présents
» Écoles élémenlaires, à raison d'une école par trois communes. i2,346
Écoles préparatoires des arts et métiers, une par canton 2,SU
Écoles préparatoires supérieures, à raison d'une par département. 86 Écoles délinitives, arts et métiers du 1" degré, une par arrondis-
senient 363
Écoles spéciales des sciences et sciences et arts, en tout 200
Total des écoles 15;839
dans les quinze années d'étude (de sept à vingt-un ans) pour les capacités les plus complètes.
S'il n'est pas impossible de dire quel sera le nombre d'élèves admis annuellement dans les écoles élémentaires, et, par conséquent, combien pourraient être présents pendant le temps des éludes les plus étendues', on ne saurait, jusqu'à ce que l'expérience ait donné la clef du problème, préciser combien de ceux compris, soit dans la catégorie des capacités purement physiques, soit dans celle des capacités mixtes, auront complété leur instruction respective, et sortiront dans l'intervalle à latin de chaque année. Y aurait-il ou non compensation dans le nombre des entrants et des sortants?
Mais possédât- on les documents les plus précis sur ce point, ces documents ne suffiraient pas pour calculer le montant des frais d'entretien à la charge de l'État : il ne faudrait rien moins qu'un recensement général de toutes les fortunes particuHères pour pouvoir dire quelles familles peuvent pourvoir a l'entretien complet de leurs enfants pendant le temps des études, quelles ne peuvent y suffire que partiellement, quelles autres, enfin, sont dans l'impossibilité de faire à cet égard le moindre sacrifice.
Il ne faudrait pas cependant se faire une idée exagérée du montant de ces frais d'éducation ; ils seront nuls ou presque nuls - pour les enfants qui fréquenteront les écoles élémentaires,
* Les naissances en France, déduction faite des morts, s'élèvent annuellement au nombre de 770,000 enfants des deux sexes, savoir: moitié plus ly6 pour les garçons.
En faisant le calcul indiqué page 235 de V Annuaire du Bureau des longitudes pour Ta/mee 185 i, on trouve que le nombre des enfants survivants à l'âge de sept ans s'élève à 689,541, et qu'il n'est plus que de 607,746 à l'âge de vingt-un ans.- La moyenne entre ces deux nombres donnerait pour résultat 648,678 enfants, garçons et filles, savoir : 364,164 garçons, représentant le nombre d'admissions annuelles aux écoles élémentaires: ainsi, pendant les quinze années d'études, le personnel des élèves présents dans toutes les écoles serait représenté par 5,472,960 élèves, en ne tenant pas compte du nombre des sorties survenues dans l'intervalle par suiie d'éducaiion ou d'apprentissage complet, selon la spé.ialité de profession correspondant à l'étendue de la capacité des jeunes sujets.
- La moyenne de l'entretien complet des enfants trouvés s'élève annuel-
altendii que, l'hal)ilation des parents se trouvant h proximité des écoles, le régime de l'externat sera adopte pour tous, sauf de rares exceptions.
Ce même régime sera également mis en usage, dans les mêmes conditions de proximité, pour les élèves des autres écoles de n'importe le degré et la spécialité. Or, le' nombre de ces externes ne pourra manquer d'être fort important, attendu que ces écoles seront généralement situées dans les localités ou les villes où se groupe la majeure partie delà population française.
On voit donc combien se restreint le nombre des élèves auxquels il y aura lieu d'accorder l'entretien soit partiel, soit complet, et assurément ce nond^re tendra tous les jours à se réduire à mesure que l'institution du crédit foncier étendra son influence. Mais, si Ton ne perd pas de vue les résultats économiques de la vie en commun, on admettra facilement que l'entretien même complet, après la dépense du trousseau, dépassera à peine le chiffre de 200 francs * par élève.
Quoi qu'il en soit de ces appréciations, il est actuellement impossible de traduire par un chiffre absolu l'article du budget correspondant à cette condition de gratuité.
Nous ne pouvons encore baser que sur des hypothèses plus ou moins exactes le montant de l'article relatif aux honoraires des professeurs. En supposant que le nombre s'élèverait, l'un portant l'autre, à dix par école, le personnel des professeurs serait représenté par 158,590 sujets % lesquels payés à raison de 2,000 francs l'un, qui plus qui moins, absorberaient une somme dont le montant ne serait pas moindre de 516,780,000 francs par an.
Quant au montant de l'entretien des édifices et du matériel des écoles, il faut renoncer à en donner, par les chiffres, une idée
lemenl à la somme de 82 fr. Oi c. (Voir la Stalistique de la France, publiée parle ministre du commerce, années 1821 à 1833, page 37).
1 C'est à peu près à ce chiffre qu'est abonnée la dépense de chaque élève dans les lycées.
2 Voir la note de la page 174.
même approximative, rexpérieiice seule peut aboutir à faire apprécier rimportaucc des frais auxquels donnera lieu cet entretien.
Mais que coûtera ce matériel , que coûtera rédificaiion des divers bâtiments?
Ce chapitre des dépenses ne doit pas entrer annuellement en ligne de compte dans le budget de l'éducation publique : les édifices une fois bien établis, le matériel une fois acquis, les dépenses d'entretien y figureront seules tous les ans.
Néanmoins, faut-il bien, une fois pour toutes, tenir compte des frais que nécessiteront et l'achat des terrains et les constructions de toutes sortes.
Nous allons essayer d'en donner une idée,
D'abord, nous observerons qu'il serait abusif de mettre la main à l'œuvre atin d'élever un bâtiment neuf pour chaque école; les édifices déjà destinés aux collèges communaux, aux lycées, aux écoles spéciales peuvent parfaitement être utilisés, et, à peu de frais, êlre appropriés à la nouvelle destination.
Au surplus, un grand nombre d'édifices publics qui deviendront sans objet sous le régime dont le crédit foncier est la base pourront également, moyennant des modifications peu coûteuses, convenir très-bien à l'établissement d'une école, et il y a lieu de penser que, sauf quelques édifices à construire dans les chefs-lieux de canton et ceux qui doivent devenir le siège des écoles élémentaires, la dépense en frais de construction pour les autres ne sera pas d'une très-grande importance.
Mais quant aux édifices destinés à loger les écoles cantonales et communales, nous reconnaissons que tout est à faire au moins pour les écoles communales, et qu'en raison des proportions à donner à ces édifices, les frais de construction doivent constituer une dépense énorme dans la totalité.
Enorme, c'est donner l'idée d'une valeur considérable, mais ce n'est pas préciser un chiffre, et nous avouerons qu'à ce sujet nos prévisions sont aussi vagues qu'elles l'ont été pour les chapitres précédents de notre budget scolaire. Du reste, faut-il s'étonner s'il en est ainsi dans une institution où tout est à créer,
jns(|irù rinslilulion même, alors que, pour régler le budget des dépenses relatif à noli'e vieil ordre social, on ne base les calculs que sur des prévisions, sauf à renvoyer à plus tard le règlement définilif *. Quoi qu'il en soit, si les dépenses de toute nature (^l'occasionnera notre système d'éducation peuvent s'élever à une somme considérable, nous avons h indiquer, pour y suffire, des ressources qui ne le sont pas moins.
Nous allons les faire connaître, en commençant par celles qui doivent faire face aux frais de construction des édifices et du
matériel des écoles.
BL'DGET DF.S RESSODRCES.
Quoique l'établissement de notre système d'éducation soit le complément nécessaire de l'institution du crédit foncier, cependant la mise en pratique n'en est pas tellement urgente qu'il n'y ait opportunité à ne procéder à l'organisation de ce crédit que lorsque tout sera préparé pour l'ouverture des écoles. 11 n'y a pas un moment à perdre pour doter la société d'un système financier dont les bienfaits doivent mettre un terme aux souffrances, et quelques mois suffisent par en opérer complètement l'organisation. Or, avant que remplacement où sera assise cbaque école soit désigné et acquis; que les édifices y soient construits dans les proportions et conditions que nous avons
1 Ou iil dans le Dictionnaire delécononàe politique, v' Budget, page 228, année 1853 : «Il est bon de remarquer que ce qu'on vient de voir n'est qu'un budget provisoire. Il est de rèyle qu'on détermine d'avance et par prévision les depen^es et les recettes d'une année. Les recettes, dont le moutani peut varier plus ou moins, selon que les affaires ont été plus ou moins actives, et les divers impôts plus ou moins productifs, sont évaluées approximativement d'après celles des années antérieures; pareillement, les dépenses sont évaluées d'a[)rès les besoins prévus; mais les résultats ne répondent jamais entièrement aux prévisions. En temps ordinaire, ils les dépassent presque toujours. Les recettes présentent toujours des excédants, parce que le produit des im[)ôts s'est accru en raison de l'accroissement général de la richesse. Les dépenses excèdent aussi les évaluations, parce qu'il survient toujours des besoins imprévus; il y a donc lieu de revenir ensuite sur les piemicres tixalions, et on y revient, en effet, par la clôture définitive de l'exercice; c'est ainsi que le budget de lSi9, qui avait été provisoirement arrêté par la loi du 3 juillet 1846, a été déliaitivemeat iixé par la loi du 8 mars 1850. »
iii{li(|iiées, et en cl;il de recevoir le mobilier et le matériel classiques; avant que riiistniction des maîtres soit largement complétée dans le sens du système d'éducation et de direction ; avant que, généralement, soient prises toutes les dispositions nécessaires pour l'ouverture des cours, un espace de temps s'écoulera qui, à notre avis, ne durera pas moins de cinc} années. Si, pendant ce laps de temps, les réformes financières desquelles doit résulter, ainsi que nous le verrons plus tard, une immense économie dans les dépenses du budget de l'Etat, n'avaient pas produit une réserve suffisante pour solder toutes les dépenses préalables, il serait facile, sans ajouter aux charges des contribuables, de disposer des ressources capables d'y suffire.
On n'a pas oublié, en effet, que l'intérêt à payer par les propriétaires fonciers s'élèvera annuellement à une somme qui, déduction faite des frais d'administration de la Banque immobilière, ne monte pas h moins de 185 millions. Or, cette somme ayant pour destination l'allégement des charges sociales, et par conséquent le bien-être général, ne peut nullement mieux atteindre le but qui lui est assigné dans un autre emploi que celui d'être consacré aux frais de construction d'édifices scolaires et d'achat de matériel classique. Ainsi, en cinq ans, fût-il impossible de disposer d'autres ressources, on aurait déjà de disponible une somme de 925 millions de francs. Il est difficile de croire que cette somme ne fût pas suffisante, surtout si l'on tient compte des bâtiments dont on pourra disposer dans les villes importantes. Toutefois, en cas d'insuffisance momentanée, une opération financière ayant pour base un crédit de 185 millions par année y suppléerait très-facilement.
Voilà donc les écoles prêtes à recevoir les maîtres et les disciples; il ne reste plus qu'à pourvoir aux frais d'enseignement, de direction et d'entretien des élèves qui ont droit à la gratuité partielle ou intégrale.
Où sont les ressources?
Il n'est pas nécessaire de remonter a 1789 pour reconnaître que chaque régime combiné différemment et selon les besoins du
temps, a modifié les moyens de gouvernement. Tout récemment encore le ministère spécial de la police a élé supprimé, alors qu'il a été reconnu que ce rouage administratiCn'étaitplus nécessaire.
Il faut donc s'attendre à ce que l'opération qui amènera la décentralisation du capital introduise de profondes modifications dans les voies gouvernementales avant même l'époque où l'influence de notre système d'éducation aura pénétré profondément dans les masses.
Tout d'abord, les attributions des conseils des prud'hommes dans chaque commune, les exigences du travail, la perspective d'un avenir par l'économie ; toutes ces causes influeront, d'une façon chaque jour plus sensible, sur ces habitudes fâcheuses de l'ouvrier pendant les jours de chômage. La paresse et la débauche deviendront d'autant plus odieuses, que les exemples s'en manifesteront chaque jour moins fréquemment, et que s'élèvera de la masse un plus grand nombre de voix pour les flétrir. Les désordres, les délits, les crimes même, que la débauche, la paresse, la misère traînent à leur suite, ne portant que de rares atteintes à la sécurité publique, les maisons de détention, de correction, les bagnes verront leur personnel diminuer successivement, jusqu'à ce qu'enfin les échos de ces vastes, froids et noirs édifices n'aient plus à répondre à un cri de souffrance et de malédiction.
Mais, si de nos institutions ne disparaît pas entièrement cet arsenal de lois policiaires, correctionnelles et criminelles, la modification peut, du moins, en être opérée de telle sorte qu'il n'y ait plus lieu à confier l'application de ces lois à une autorité spéciale. D'un autre côté, le régime hypothécaire de nos jours ne subsistera plus que dans ses dispositions les plus simples : inscriptions, radiations, privilèges, expropriation, ordres, distributions, toutes ces dispositions qui donnent lieu à tant de procédures, cesseront de fournir de l'occupation aux tribunaux.
Les contrats d'obligation, dont le régime occupe une place si importante dans notre Code civil, cesseront d'être le mode de l'emprunt.
Les actions en séparation de biens entre époux disparaîtront
avec les chances de faillite et la facilité de réparer par le travail des pertes de fortune, et, par suite, d'importantes modifications seront introduites dans les dispositions qui régissent le contrat de mariage.
Nous pourrions pousser plus loin la nomenclature des suppressions qui seront virtuellement apportées à nos lois par le régime nouveau; mais nous en avons assez dit pour faire comprendre combien sera restreint le cercle de procès soumis à l'appréciation de la justice.
En tarissant la source des procès, soit criminels, soit civils, le nouveau régime écarte donc toute cause de désordres capables de porter atteinte à la sécurité publique, car nous ne voyons pas que les intérêts privés, dans les cas de dissidences avec Tintérêtdes communes, ou queTintérétdes communes, en cas de dissidence réciproque, ne puissent facilement être réglés par une autorité composée des conseils municipaux, d'arrondissement et de département ressortissant les uns des autres.
Un tel état social, loin d'avoir des antagonistes dangereux, fort, au contraire, de toutes les sympathies, sera facilement maintenu sans trouble, et au besoin, il serait énergiquement défendu, sous la direction de chaque administration locale secondée par les habitants si intéressés à prêter leur concours. Déjà, en lui-même, cet état constitue la moralité de telle sorte que les désordres privés ne peuvent que très-rarement offusquer l'honnêteté publique, et qu'ils passeront à Tétat de phénomène sous l'influence de l'éducation.
Par conséquent, la police n'est plus une mstitution indispensable, la force armée à l'intérieur devient sans objet, les intérêts locaux se règlent sans nécessité d'intervention étrangère à la circonscription départementale, les hôpitaux ne regorgent plus de gens exténués par la misère, cause de tant d'infirmités, et le ministère de l'intérieur n'est plus qu'un moyen centralisateur lorsqu'il y aura lieu à des mesures ou à des opérations qui toucheront à tous les intérêts.
Dans cette formidable position de solidarité, qu'aurions-nous à redouter des attaques du dehors? Nous le voyons bien, de
nos jours uicini', In t^^iicrre lépii^iie à Ions 1rs peuples civilisés : dans lecoiillil dont l'Orient eslle llié.Ure, et contre rininiinence dncpiel cliaqne nation se tient année, il n'en est pas une (pii n'ait repoussé ce 1)rigandage autorisé sons la dénomination de lettres de marque; pas une qui n'ait été assez aveuglée par ses intérêts particuliers pour ne pas reconnaître que cette pratique ne frappait que les sujets d'un maître seul coupable.
La guerre, jadis aveugle en ses fureurs, marche aujourd'hui avec humanité, au milieu des ruiner qu'elle ne peut éviter de faire. Les coups, à Odessa, se sont détournés, autant que possible, des têtes innocentes; ils n'ont atteint que le souverain dont la folle ambition a suscité sa sévère répression.
Les Turcs même, les Turcs, ces hommes si exclusifs dans leurs principes, et que naguère nous jugions comme implacables dans leurs vengeances, ont, eux aussi, ouvert leur cœur aux sentiments d'humanité : loin d'user de représailles contre une population qui, cédant à la contrainte, avait contre eux tourné ses armes, ils ont poussé la générosité jusqu'à soulager dans leur dénûment ces adversaires de la veille, que la retraite des Musses livrait à leur merci K
A voir l'Afrique mettre au service de la cause défendue par l'Europe et la Turquie ses soldats et ses trésors; l'Asie, s'empresser d'accourir sur le champ de bataille ; l'Amérique, aider de toutes ses sympathies ce généreux essor; les potentats de l'Europe, ou hésiter en présence des devoirs qu'imposent les alliances de famille, ou ne tenir aucun compte de la reconnaissance pour des services reçus, ne dirait-on pas que le besoin du calme tient lieu d'un pacte secret, par lequel toutes les nations du monde se sont rendues solidaires contre toute velléité d'ambitieuses conquêtes? Eh! qu'auraient-elles fait de
1 Le Moniteur dn 7 mai 1853 conlienl une dépêche de Belgrade, 3 mai^ qui apprend que les Turcs étant en marche sur Craiowa, rarchevcque de cette ville était allé à leur renconire, accompagné des principaux habitants. Les Turcs ont adressé aux Valaques une proclamation annonçant que personne ne serait poursuivi pour acte politique; que l'armée payera ses approvisionnements en argent comptant, et que 21,000 hectolitres de blé seront distribués aux paysans qui ont souffert des maux de la guerre.
plus, si iintrnité eùl réglé les intérêts de la famille liuniaine!
En ceci, ne faut-il pas reconnaître un acheminement à cet état de choses universel, dans lequel l'arbitrage des armes ne présidera plus aux destinées des nations? Que se termine, une fois, la crise qui a mis le monde en émoi, et que l'on essaye ensuite de la guerre de peuple à peuple ! Tout est prêt pour qu'aux sentiments d'hostilité succèdent les sentiments plus humains de rivalité, d'émulation : grâce aux relations que les intérêts commerciaux ont établi entre elles, Ton voit déjà poindre cette lueur de solidarité entre les nations, qui les pose, les unes par rapport aux autres, dans les conditions identiques à celles des villes hanséatiques dont l'intérêt commun consacra l'inviolabilité.
Dès lors, quel besoin d'entretenir en permanence une armée formidable ^ En tout cas, et si tant est qu'encore en Europe les peuples fussent dans la nécessité de s'opposer aux folles entreprises d'un ambitieux, les cadres conservés avec soin seraient bientôt remplis par une armée de citoyens, par temps exercés aux manœuvres militaires, d'autant plus ardents h quitter les travaux de l'atelier pour aller châtier le téméraire, que la position de chacun d'eux serait l'enjeu de cette redoutable partie -.
Si les attributions du ministère de la guerre sont réduites aux simples proportions de maintenir les cadres et les armes spéciales dont le service exige études et pratiques, celles qtii sont du ressort du ministre des affaires étrangères se restreignent aussi dans d'étroites limites.
En dehors de la crainte d'une invasion du territoire, qu'y at-il autre chose à faire que de surveiller l'exécution des traités
^ Dans les États-Unis d'Aniériqne, où cependant la population esi composée de tant d'éléments divers et si hétérogènes, nulle force armée en permanence, pas même pour protéger l'ordre à l'intérieur. (Voir, au surplus, l'opinion de M. Emile de Girardin sur l'entretien des armées en permanence, dans son ouvrage le Droit, page 128. — Voir encore du même auteur /a Po- Utique wiive^'selle, liv. II, de la Pacification universelle, page 13 etsuiv.)
* Voir dans/e Moniteur du 30 janvier 1855, page 118^, col. ire, alinéa 19, l'opinion sur la réserve de rarnue, de l'auteur de VExposé des motifs de la loi sur la création d'une dotation de l'armée, etc.
rehilils au coniniercc iiUenialioiial, (jiie (rassurer la prolcctiou des inlércls et des personnes de nos compatriotes? Or, ces simples fonctions excluent les ruses diplomatiques et cet espionnage incessant qui serait injurieux, si l'usage ne l'avait dès longtemps accrédité sous des dehors et des dénominations qui voilent hypocritement la face de la méfiance.
Quant au ministère de l'agriculture et du commerce, les attributions nous en semblent sans objet, aj)rès l'opération de la décentralisation du capital. Si les capitaux abondent entre les mains de l'industrie agricole et de l'industrie commerciale , l'intervention d'un ministère spécial ne saurait servir à en dé velopper le génie ; elle n'aboutirait donc à rien , sinon , peutêtre, à en restreindre l'élan.
Dans l'essor que doit prendre le commerce, sous l'impulsion des ressources que le capital industriel met à sa disposition, il n'a besoin que de protection dans ses rapports de nation à nation. Aussi, en cas d'événements peu probables (la guerre étant désormais impossible), y aurait-il convenance à entretenir une marine militaire sur un pied capable de faire respecter partout les intérêts nationaux, car une marine militaire ne s'improvise pas.
Il n'est pas difficile de comprendre que, dans une nation où le capital serait, pour ainsi parler, aux pieds de l'industrie, les attributions du ministère des travaux publics se borneraient à des opérations bien restreintes : indication d'opportunité, surveillance dans l'exécution, centralisation de diverses opérations, tout serait là, carie gouvernement n'aurait jamais à s'immiscer, à ses frais, dans des entreprises qui fourniraient un placement favorable aux capitaux; les soumissions afflueraient de toutes parts : les attributions de ce ministre pourraient donc être dévolues en partie à celui de l'intérieur, en partie à celui des finances, et cette fusion, d'ailleurs sans inconvénient pour l'expédition des affaires, ne serait pas sans profit pour les économies sociales.
A mesure que les causes de dépenses des divers ministères se restreindraient, le ministre des finances, dont les attributions
sont si étendues de nos jours, verrait s'amoindrir son importance, et il ne faudra rien moins (jue rextinelion de la dette publique pour faire de l'administrateur du Trésor un receveur et un dispensateur des deniers publics. Toutefois, celte dette ne s'éteindra que petit à petit, et même après un laps de temps assez long, tandis que l'instruction publique prendra tout à coup de vastes proportions. Si le ministre des finances est destiné à voir s'opérer une moditication dans ses attributions, du moins conservera-t-il celles qui se rattachent à une vaste comptabilité, et enfin , quant au ministère de l'instruction publique, il est superflu de dire que ce n'est pas en les restreignant, mais en les étendant, au contraire, que doivent être réglés et ses attributions et son budget.
Ainsi donc, à part les budgets des ministères de l'instruction publique, de la marine et des finances, les budgets des autres ministères seront, les uns, entièrement supprimés, les autres, soumis à des réductions qui en amoindriront considérablement l'importance au profit des frais que nécessitera l'éducation sociale.
Mais le montant des réductions compenserait-il entièrement ces frais? Nous le croyons ^
En tout cas, les ressources provenant de ces causes d'économie ne seraient pas les seules dont on pourrait disposer.
En première ligne, nous placerons la réduction successive du montant de l'intérêt de la dette publique, dont le capital sera partiellement payé chaque année- par les débiteurs de la Banque immobilière.
En seconde ligne, les impôts nouveaux ou accroissements d'impôts, article qui, dans le budget de 1850 et dans celui de 1851 figure, en prenant le terme moyen, pour une somme de 56,588,855 francs ^\
* Le hudgel rectifié de lS50(voîr y^nnuaire des longitudes, 1851. page 13), s'élève à la somme de 1,452,929,785 fr.: en examinant atteniivomenl la part faite à cliacnn des ministères sur le budget desquels nous avons signalé les économies à faire, on pourra se faire une idée approximative de l'importance du total de ces économies.
~ Voir page 46, I" partie.
* Voir le Dictionnaire de V économie politique , loco cita!o.
I"]ii (roisièmo lii^iie, les rocellrsexlraordiiiaircs, doiillc inonlaiil ligure dans les deux budgets ])ré('ilés, pour wui^ moyenne donl le eliiffre s'élève h 84,777,050 francs.
Il est incontestable, en efïet, qu'après la décentralisation du capital industriel, 1° l'exploitation des terres incultes «, les constructions nouvelles 2, rétablissement d'nn plus grand nombre de ménages doniieront lien à grand nombre de nouvelles cotes immobilières et autres; 2*^ que la consommation se manifestera au budget par une augnieutalion de recettes relatives et dont l'importance ne peut manquer d'être considérable, ne fût-elle que le double de la somme (pii,de nos jours, correspond h cet article.
A ces ressources ajoutons enlin les sommes que pourront produire et les économies à opérer sur les budgets des divers ministères, dans l'intervalle du temps qui s'écoulera entre le moment de la décentralisation du capital et celui de l'ouverture des écoles, et celles qui proviendront de la vente des objets confectionnés par les élèves. La capitalisation des premières, pendant un certain temps, ne pourrait manquer de s'élever à un chiffre considérable, car leministre de la guerre seul absorbe annuellement plus de oOO millions, tandis que le montant des secondes compenserait tout au moins les frais d'entretien du matériel de toutes les écoles.
Pour qui voudra se donner la peine de réfléchir sur l'importance des ressources dont nous venons d'indiquer les causes, il deviendra évident, comme à nous, qu'elles suffiront pour pourvoir à tous les frais d'éducation publicpie pratiquée selon nos principes.
Mais y eût-il déficit (le chiffre ne pourrait en être considérable), il y aurait toujours la ressource du montant des intérêts payés annuellement par les propriétaires fonciers, sauf à consacrer un plus grand nombre d'années au remboursement de la dette publique.
• Il ne faut pas oublier que l'étendue des terres incultes égale, à peu do cliose près, le cinquième de l'étendue du territoire français.
2 La contribution foncière s'élève, de nos jours, à la somme de 264 millions 345,193 francs.
Peut être avec des calculs plus ou moins approximalifs, parviendrait-on à établir une sorte de balance entre les recettes et les dépenses, sur les bases que nous avons présentées; mais comme les chiffres appréciatifs peuvent être admis ou rejetés, selon la disposition d'esprit de nos lecteurs, nous nous sommes contentés de signaler, en général, les deux éléments de la balance, et nous croyons que ce procédé suffira pour convaincre ceux qui douteraient que pour pratiquer la gratuité de l'éducation, comme nous l'entendons, il soit possible de disposer de ressources suffisantes.