GC
D*un autre colc, dans un temps peu éloigne, il faut Tespérer, la France n'aura pas à s'imposer ces énormes sacrifices que nécessite Ten- Iretien d'une armée de plus de 500 mille hommes, tandis que la pratique d'une bonne méthode de colonisation appliquées l'Algérie, nonseulement dégrèvera la métropole des dépenses que lui occasionne sa colonie , mais encore lui profitera par la contribution de celle-ci aux charges de l'Etat.
Ainsi, à Tépoque où serait atteinte Tère de l'association, le budget de l'Etat serait sensiblement dégrevé, et ce dégrèvement profiterait à l'agriculture.
Mais ce n'est pas tout : lorsque dominera notre système, la perception de l'impôt agricole, des droits a la charge du propriétaire sur la vente des vins et des boissons , ne coûtant rien à l'Etat ; le nombre des contestations judiciaires étant réduit des trois quarts (1) ; le régime hypothécaire n'ayant plus d'application, si ce n'est au sujet des propriétés urbaines ; l'impôt sur le sel étant aboli ; les tarifs de l'enregistrement et des domaines perdant considérablement de leur importance ; tout le personnel des fonctionnaires et des employés qui composent la magistrature , les administrations des
(i) Voir page 57,
— GT — finances, du domaine, de la douane, de la gabelle, etc., subira une réduction immense.
A la vérité , le budget des recettes perdrait beaucoup par suite de la suppression des droits d'enregistrement, de domaine ; mais ces droits doivent-ils nécessairement retombera la charge de l'agriculture? Et les rentes , le luxe , doiventils continuer à recevoir une immunité plus ou moins absolue des charges de Tétat?
Nous pensons, nous, que les dégrèvements du budget des dépenses de Tétat peuvent profiter à l'agriculture pour la moitié, ou peu s'en faut, de sa taxe actuelle (Ij ; mais, pour ne pas rester en déficit par cette appréciation , nous laisserons à ce chiffre une importance encore fort considérable , et nous l'arrêterons à 150 millions.
Pour établir le montant des frais de culture , nous avons adopté les divisions du sol de la France , d'après l'emploi auquel chaque partie est affectée , telles qu'elles ont été déterminées par le tableau contenu dans l'ouvrage de Malte- Brun déjà cité (^) , et nous avons multiplié le nombre d'hectares indiqué pour chaque nature de terrain , par le montant des frais de culture
(1) C'est une opinion assez généralement admise que celle qui fait figurer dans le budget des recettes tel qu'il avait été déterminé par le gouvernement déchu (environ 1 milliard, 600 millions,) l'impôt à la charge de l'agriculture, pour un huitième du montant de ce budget (200,000,000 francs).
(2) Voir la note de la page 18 et l'aperçu de budget.
— oscille coûte un heclaie , y compris les Irais de semences quand il y a lieu. Si nous avons bien apprécié le cliilTre de ces frais relatifs à l'unité de chaque subdivision (1) , il est certain que notre méthode doit nous avoir conduit à un résultat admissible.
Du reste , les agriculteurs versés dans la pratique reconnaîtront , en voyant le chiffre qui nous a servi de multiplicateur dans chaque opération (^) , que nous avons consciencieusement recherché les documents qui ont dû déterminer ce chiffre (5).
(1) Voir notre aperçu de budget à la fin de ce chapitre et les notes explicatives.
(2) Voir l'aperçu du budget et les notes explicatives.
(3) Parmi les renseignements que nous ont fournis des agriculteurs très-expérimentés, nous avons adopté les suivants que nous tenons d'un de nos amis, et qui nous ont paru les mieux calculés en même temps que les plus amples.
« Un domaine contenant 40 hectares de terre labourable, travaillé par trois paires de bœufs, coûte au propriétaire comme suit : »
Bœufs, charrues ou charrettes, 3000 fr., intérêt 150 fr.
Gages des maîtres-valets, en blé, seigle, ou millet. . . 580
Idem pour huile, bois, sel, vin ou viande 200
Perte sur les bœufs 100
Pour semences, 35 hectolitres blé à 20 fr 700
Fer, ou réparations de charrues ou charrettes. . . , . . 50
Journées de semailles 140
En supposant que les 20 hectares que l'on sème, tous les ans, sur les 40 hectares produisent 300 hectolitres de blé, il faut en déduire le 8™^ pour le travail des solatiers : 37
hectoHtres 50 centilitres, à 20 fr. l'hectolitre 750
Total 2,670 fr.
C'est ou praliOjUanl celle niélhodc toiUc ralioiinelle que nous avons trouvé que les Irais d'exploilalion des diverses natures de terrains, dont la superfice s'étend à 45,722,000 hectares (1), s'élève à la somme de quatre milliards, six. millions, deux cent - vingt - deux mille huitcents fr. Nous avons des raisons de croire cette valeur exagérée (2) ; mais nous préférons qu'on
€ C'est la moitié de 40 hectares qui coûte tous les ans 2,670 fr., d'exploitation. Le 20™® de cette somme est 133 fr. 50 centimes. » Nous tenons du même agriculteur les détails suivants relatifs à l'exploitation de la vigne.
« Exploitation de la vigne par hectare.
« Quatre réjointes pour labourer et biner 14 fr.
« Neuf journées de travail pour tailler 9
« Bêcher et biner. . , 6
« Cueillette et transports des raisins 11
« Décuvage 1 50
« Intérêts ou dégradation de la vaisselle vinaire 3
« Rabattage des futailles 6
Total 50Jr. 50 c.
Voici encore les appréciations que nous tenons de notre ami, relativement à l'exploitation des prairies et des bois. « 1° Exploitation des prairies par hectare.
«Fauchage 7 fr.
« Fanage 2
« Transport à la grange 9
18 fr.
2^ Exploitation des bois : de 18 à 2o fr. par hectare, sauf les frais d'abattage chaque douze ou quatorze ans, époque de la maturité ; mais les débris elles petits fagottages compensent ces frais.
(1) Voir l'aperçu du budget.
(2) Voir les notes 1 et 2 explicatives du budget.
nous reproche l'excès que le déficit, et Ton comprend pouniuoi.
Enfin, sans que nous puissions donner d'autres raisons que celles que nous avons déjà exposées page 04 , nous avons fixé à la somme de deux cent dix-neuf millions , cinq cent dixneuf mille francs , le montant des frais d administration (1).
Ainsi , groupant tous les éléments du budget des dépenses , savoir :
Impôt à la charge de Tagriculture 150,000,000
Frais des semences et de culture des terres. 4,006,222,800
Frais d aministration. 219,519,000
Nous trouvons un total de 4,575,741,800 Et si à celte somme nous ajoutons pour imprévu celle de 200,000,000
Nous avons un chiffre définitif qui s'élève à 4,575,741,800
Maintenant , le dividende à distribuer aux porteurs des actions , sera nécessairement la différence entre le montant du budget des recettes 16,718,076,554
Et le montant du budget des
dépenses. 4,575,741,800
Dividende. 12,142,554,754
(1) Voir l'aperçu du budget.
Voilà, certes, un riche dividende à distribuer aux intéressés.
Mais nous n'atteindrions que très-iniparfaitemenl notre but, si nous disposions de la totalité de cette somme en faveur des associés. N'oublions pas que la stabilité de Tordre social ; que les droits naturels ; que ceux qu'il tient du principe de fraternité, réclament pour le travailleur, une part aussi étendue que possible à la richesse publique; n'oublions pas que nous devons tendre à l'accroissement de cette richesse en ménageant les moyens d'affranchir le budget des dépenses sociales, d'abord, du montant de l'impôt à la charge de l'agricvdture , et ensuite, autant que possible, du montant des frais d'exploitation; n'oublions pas que nous avons, en outre , à atteindre un résultat d'une bien autre importance ! .
Nous croyons donc que cette somme ne doit fournir que jusques à concurence de 10 pour cent à la répartition entre les intéressés, et, certes , il n'y a pas d'entreprise commerciale qui puisse assurer un dividende aussi important.
Or, les intéressés sont les actionnaires, !• dont la mise de fonds consiste en propriétés rurales , prenant part au dividende soit par eux mêmes ; soit par leurs créanciers colloques lors de la liquidation ;
2** Ceux dont l'apport a été effectué en espèces.
Pour déterminer les dioits des premiers, nous avons calculé la valeur, en sommes liquides, des terres cultivées ou cultivables (i) à raison de 1,500 i'r. l'hectare au moment de Teslimation (^), et le calcul basé sur ce principe nous a donné pour résultat la somme de fr. 68,585,000,000
En ajoutant à cette somme le montant de celles versées en espèces fr. 800,000,000
Nous avons trouvé la somme de fr. 69,585,000,000
représentative du montant de toutes les actions.
(1) V^oir dans l'aperçu du budget l'évaluation de la superficie des terres, dans laquelle ne sont pas compris les terrains occupés par les propriétés bâties , les étangs , les tourbières, les fleuves et rivières, les canaux, les roches arides
(2) Nous pensons avoir apprécié les terres bien au-dessus de leur valeur à 1500 fr. l'hectare l'un portant l'autre. Ne perdons pas de vue, en effet, que l'opération de l'expertise trouvera ;
Terres incultes 6,000,000 hectares
Pâturages 3,502,000
Châtaigneraies 4,06000
Houblonnières 6,0000
En souffrance . 3,833,900
Total 13,801,900 hectares
qui ne seront certainement pas évalués à raison de d,500 fr. l'hectare au moment de l'estimation ; et sans compter encore les terres d'une nature ingrate , quelque bien cultivées qu'elles aient pu l'être , et une grande partie des forêts. Du reste , Malte-Brun , voir le tome 3, de son ouvrage déjà cité, page 762 ) , n'élève qu'à 53,000,000,000 fr. la valeur du sol français en culture ; diff.^rence, 15,583,000,000 fr. en faveur du budget, et de 1,558,300,000 fr. en faveur de l'excédant [ Voir page 73 ].
Calculé à raison de 10 pour cent , rinlerèt do celle somme s'élève à IV. 6,958,500,000.
Voilà la part des actionnaires.
Maintenant, voyons ce qui restera en soustrayant de la somme de fr. 12,142,554,754 montant du dividende général, le montant de la part attribuée aux actionnaires, fr. 0,958,500,000
L'exécédant s'élève encore à la somme de fr. 5,204,054,754
Mais nous devons i^ppeler qu'en sus de cet excédant nous pouvons encore disposer du montant de l'intérêt des sommes versées dans les caisses des administrateurs des finances et des sommes provenant des droits de succession, donation, transfert, etc., dont le total, pour n'être pas actuellement détorminable, n'en augmente pas moins l'importance de la somme de 5 milliards 204 millions 54 mille 754 francs d'excédant.
Avec de telles ressources entièrement disponibles que ne peut-on pas faire ? l'on peut presque dire que toute entreprise ; que toute combinaison tendant à modifier l'état d'une nation est chose possible.
Maintenant, quel devrait être l'emploi d'une tdle somme ? pourrait-on y toucher équitable-
ment pour rappliquer à uuc autre destinaliou que de raltrihucraux associés ?
Certes , quaud on a recueilli dans la richesse publique une part aussi iuïporlante que celle qui est déjà le loi des porteurs d'actions, l'on doit être disposé a se montrer généreux : d ailleurs n'y a-t-il donc pas d'anciens services à récompenser ? Thumanité , la reconnaissance ne font-elles pas une loi de pourvoir abondamment et loyalement à la vie des travailleurs parvenus à l'âge des infirmités après avoir usé leurs forces à arracher à la terre ses substances végétales pouren nourrir leurs frères ? nos vieux nourriciers n'auraient-ils donc qu'une part peutêtre insuffisante aux subsistances, lorsqu'ils ne pourraient plus se courber sur le sol pour le féconder de leurs labeurs?
Prenons, prenons dans ce vaste superflu, prenons-y de quoi constituer le bien-être de ces invalides de l'agriculture ; consacrons à ces vétérans des édifices qui réunissent les avantages du site, de l'utile et de l'agréable : que les gracieux tableaux de la nature leur inspirent des idées riantes ; que de chauds vêtements les défendent des frissons de la vieillesse ; qu'une nourriture appropriée à leur débilité restaure leurs forces chancelantes ; que la vénération la plus manifeste satisfasse aux susceptibilités de leur noble fierté ; que le bonheur enfin de
leurs vieux jours ne leur pennelle pas de tourner un œil où se peindraient des sentiments de regret \ers l'époque de leur verte jeunesse. (1)
Mais quand vous aurez satisfait aux devoirs d'humanité, de reconnaissance envers les vieillards et les infirmes , songez que le travî:^illeur actif est notre frère, et qu'indépendamment du salaire dû au travail , tout au moins le superflu de notre superflu lui revient de droit. Il a droit, en effet , de prétendre h une large part à Tabondance celui qui , tous les jours, consacre ses labeurs a en alimenter la source : et puis, s'il fallait appuyer cette justice sur d'autres principes que ceux d'une cordiale fraternité, songez aux avantages qui doivent résulter des moyens d'intéresser le travailleur à la prospérité de l'association.
A ceux qui , dans cet acte de justice , ne voudraient voir que l'efficacité de la satisfaction
(1) Est-ce que la somme de 204 millions 34 mille 7o4 fr., qui fait partie de l'excédant, jointe au montant des droits perçus sur les ventes des actions, etc., ne serait pas plus que suffisante pour des établissements de cette nature ?
Si nous ne nous occupons ni du sort des enfants, ni du sort des travailleurs atteints de maladies accidentelles, c'est que le sort des enfants regarde spécialement l'état qui ne doit pas perdre de vue leur éducation, et qui doit toujours les avoir sous la main pour surveiller leurs aptitudes; c'est que les malades ne doivent pas être enlevés à ces soins affectueux de famille qui resserrent, d'une manière si profitable pour la morale, les liens de parenté. Qu'au besoin toutefois les r«igiources ne leur manquent pas ; c'est à quoi doit veiller l'associa-
accordée à l'inléivl maliMicl , nous dirons : intéressez donc, intéressez les travailleurs; mais faites leur, au moins, une part qui ne soit pas dérisoire : abandonnez-leur donc la moitié de cette somme de cinq milliards ; qu'elle leur soit disiribuée sans exclusion des administrateurs communaux dont les fonctions ne peuvent être que pénibles, et dont l'activité et la surveillance doivent devenir si profitables a l'intérêt commun! Mais qu'un sage discernement préside à la répartition, qu'on fasse sur la somme à répartir un prélèvement destiné à des distributions supplémentaires en faveur de ceux dont l'activité , le zèle , le dévouement , la probité ne se sont jamais démentis : ce manifeste hommage de l'estime qui revient à la vertu, ne peut manquer de devenir un appât attrayant pour ceux dont les nobles élans ne sont pas le principal mobile. (1)
Ne nous arrêtons pas pour contempler, de ce point de vue , les salutaires effets de ces équitables largesses : hâtons-nous d'arriver au point culminant de notre système ; de là nous pour-
(i) Du reste, si le budget des dépenses ne tendait à diminuer tous les ans, comm e nous le ferons remarquer bientôt, la répartition de la somme de 2 milliards 500 millions de francs , à litre de remise, ne donnerait pas à chaque individu une part bien notable. En supposant dix millions de travailleurs agricoles, et une répartition égale pour tous , chacun n'aurait, pour sa part, que la somme de 250 fr. ; ceci ^pendant sans préjudice du salaire journalier.
TOUS promener nos regards sur ce domaine démocratique, où la domination de la fraternité sera désormais la seule tyrannie possible.
Mais ce ne ser-a plus en lui imposant des sacrifices, que nous élèverons à cette hauteur le régime de Tassociation. L'intérêt bien entendu de tous ceux qui sont engagés dans l'institution exige au contraire que la somme de 2 milliards oOO millions, qui reste encore, soit soumise à une sage administration. Que cette somme soit donc traitée comme un fond de réserve S3 grossissant, chaque année , de versements successifs , et, pour qu'elle ne reste pas improductive , qu'elle serve à fonder un système de banques se ramifiant toutes à une banque centrale. Ainsi seront mises à la disposition de l'industrie et du commerce, des sommes immenses qui doivent en étendre relativement Tessor.
Une année , à peine , se sera écoulée que les intérêts produits par le fonds de réserve affranchiront, ou peu s'en faut, l'agriculture des charges de l'impôt ; et, s'il ne fallait pas s'arrêter aux limites du possible ; disons mieux : si l'industrie et le commerce trouvaient à utiliser tous les capitaux que l'agriculture mettrait à leur disposition ; dans l'espace de moins de trente-sept anrxées, ces capitaux (l) ne pourraient manquer
(1) Voir l'aperçu du budget.
Du reste qu'y aurait-Il là d'extraordinaire ? Le chiffre de
(le produire un revenu qui , calculé seulement ù b pour OiO , couvrirait largement les frais de culture et d'administration du système d'association. (\)
Dès lors , plus de versements au fond de reserve; plus de prélèvement sur les produits
91,514,836,000 fr., qui produirait en intcrôls la compensation du budget des dépenses, ne serait guère plus que le double de la valeur de tous les éléments de la fortune publique. Voici des chiffres tirés de Malte-Brun, tome déjà cité^ page 762 ;
Valeur du sol agricole 53,000,000,000
« Du capital industriel 15,000,000,000
« Maisons 4,000,000,000
« Numéraire en circulation 4,000,000,000
Total, 76,000,000,000
(1) Voie i le calcul que nous avons fait pour déterminer l'espace de temps après lequel le versement successif de la somme de 2 milliards 500 millions de francs pourrait produire un capital suffisant pour donner un intérêt annuel, qui égalât 4 milliards 575 millions 741 mille 800 fr., montant du budget des dépenses.
Nous avons d'abord trouvé le capital correspondant à un intérêt qui, à 5 pour 0[o seulement, s'élèverait à celte somme en la multipliant par 20, d'après ce principe que l'intérêt, à 5 pour OIq, n'est que la 20™^ partie du capital. Puis, nous avons divisé le produit : 91 milliards 514 millions 836 mille, par le montant des versements annuels au fonds de réserve ; soit : 2 milliards 500 millions.
Mais si nous tenonscompte de ceci : 1° que le fonds de réserve, régi comme une banque, doit donner un intérêt bien supérieur à 5 pour 0\q; 2» Que la réserve annuelle deviendra toujours de plus en plus considérable, ne s' augmentât-elle que des sommes qu'elle gagnera par l'affectation des intérêts que produira le fonds de réserve au paiement de l'impôt agricole , et subsidiairement au paiement des frais de culture et autres , il devient évident que le laps de trente-sept ans, que nous avons déterminé, se réduira d'une quantité considérable ' peut-être même à moins de vingt années.
agricoles de l'année ; disliibulion complèle du Hïonlant annuel de ce revenu : 16 milliards 718 millions 76 mille 5o4 francs, dans des proportions équitables entre les actionnaires et les travailleurs déjà si riches par suite des distributions antérieures
Que l'industrie produise donc désormais; qu'elle produise au-delà de toutes bornes s'il est possible : déjà l'accroissement de la consommation par suite du bien-être , par suite des besoins d'une population devenue plus compacte , lui aura prouvé que son activité n'a pas été pour elle une cause d'encombrement et de détresse : au surplus, le commerce, — le bras droit de l'industrie — puisant dans les vastes capitaux de la réserve, aura acquis une puissance qui lui aura déjà permis d'étendre considérablement son action ; mais lorsque cette action sera développée par Taccroissement successif de ces capitaux , le commerce pourra faire, du monde entier , le marché des produits industriels de la France !.. .
Agriculture, capitaux, industrie, commerce; tout étant réuni pour marcher vers un même but, qui peut dire quelle sera la résultante de ces quatres puissances combinées , dès l'instant que leur action sera débarrassée de la résistance que lui opposent et le levier de la routine, et la chaîne qui la restreint aux limites mesurées par les calculs mesquins de l'égoisme?
Oh! appelez alors, appelez des Iravailleurs étrangers, ear l'aclivilé incessante de nos ateliers dévorerait le travailleur qui resterait à sa laclie en raison des besoins de l'entreprise ! que de fonds qui vont être absorbés par l'achat des matières premières, par la main d'œuvre ! Combien de fois, par an, le capital ne se renouvelleral-il pas! que de prolits en rapport d'un tel mouvement ! quelle large part à faire au travail ! Allez, allez! vous aurez vaincu l'anarchie! C'en est fait de voir dans nos rues , sur nos places publiques , le déplorable spectacle d'une population affamée réclamant tumultueusement ses droits à la vie ! tous pour Tord-re, pour un ordre si profitable, et malheur a l'insensé qui tenterait de le troubler!...
Mais de ces affluents de la richesse publique ne peut-il résulter rien de plus grand encore ?
Pourquoi l'industrie, le commerce , déjà en communion si intime avec l'association agricole et ses capitaux , ne concluraient-ils pas un contrat de fusion de leurs opérations respectives ? Cette fusion enfanterait un immense dividende qui, partagé en deux parties égales, satisferait , pour une part, aux droits des actions agricoles, industrielles et commerciales , et, pour l'autre, aux droits acquis au travail.
Yoilà l'égalité dans sa plus large pratique ; voilà le véritable règne de la fraternité !!!
Ah ! sans doute , il y ama encore une grande disproportion dans les fortunes ! Oui , il y aura des fortunes colossales et des fortunes modestes; mais que faire contre cette conséquence inévitable de la diversité des organisations humaines? Eh ! félicitons nous de cette disproportion ; car les fortunes considérables sont à la richesse publique ce que les montagnes sont à la fécondité du sol ! Abaissez le sommet des montagnes au niveau de la plaine , et , dès-lors , plus de glaciers , plus de sources ; plus de fleuves ; aridité complète.... Partant plus de vie.
Mais ces hauteurs ne sont pas inaccessibles : persévérance , économie , intelligence et travail ; servez-vous de ces puissants instruments pour aplanir les aspérités , pour vous ouvrir la voie qui peut vous conduire au sommet.
Ah ! ceux qui disent que le bien-être du travailleur amollira son élan ne tiennent guère compte de l'organisation humaine !
Qu'on nous dise quand l'homme aura pactisé avec Tambition? quand dira-t-il « J'en ai assez? » quoi ! ce serait lorsque les moyens de satisfaire son insatiabilité viendront le tenter en se plaçant , pour ainsi parler , à la portée de sa main^ que l'ambition consentirait à perdre une si belle partie! elle abandonnerait, avec tant de chances favorables, le chevet où repose la tête de son partenaire, et cesserait de lui montrer, dans ses
insomnies, un rival plus lortuné que lui ! ah! qu'esl une rortunc acquise auprès de celle que l'on convoite?
Ce serait encore lorscjue l'homme opulent, moins préoccupé de soins matériels, aurait plus de ressources pour payer ses fantaisies ; ce serait lorsque le génie , affranchi des tortures de la faim, pourrait se livrer à tout son élan créateur; ce serait alors que le premier cesserait de désirer et le second de produire?
A l'œuvre donc , le génie ; à Tœuvre pour servir les caprices fastueux de l'opulence; à l'œuvre pour la loger dans des palais somptueux; à l'œuvre pour décorer ses lambris de peintures magiques ; à l'œuvre pour charmer par les harmonies de la poésie ses loisirs trop nombreux ; à l'œuvre pour consoler ses douleurs par la philosophie ; à Tœuvre pour arracher, par la mélodie, son âme à la torpeur !
Mais à l'œuvre encore , vous autres artistes moins brillants dans votre spécialité mais non moins appréciables par votre utilité et votre habileté; à l'œuvre! car il faut à l'homme opulent de riches tentures, des meubles douillets et décorés de gracieuses sculptures, des vêtements dont l'élégance le dispute à la finesse et à la fraîcheur des couleurs ; des parures éblouissantes pour celle qu'il aime; des carrosses légers, et qui semblent cependant être destinés à le bercer
— sapin lot qu^à le transporter ; car il lui faut ces mille petites frivolités si coûteuses ; à l'œuvre enfin toute la société pour loger, nourrir, instruire , amuser cet utile sybarite , de qui la fortune va ruisseler entre les mains des travailleurs dont le talent aura satisfait a la délicatesse de son goût exercé, et va servir a propager les œuvres du génie !
Allez ! ce n'est pas tant dans le tribut que lui paie Topulence que le génie trouve son stimulant : les œuvres qu'il lui abandonne valent bien plus pour lui que le prix qu'il en reçoit. Laissez donc le génie se débattre contre son aiguillon , et, si la gloire vient encore en acérerle dard, il n'y a pas h craindre que la victoire reste a l'indolence.
Du reste, pourquoi tant d'individus , dont la fortune est considérable, loin de s'abandonner ^ux langueurs de la mollesse, se livrent-ils à un travail qui exige assiduité tyrannique, contention fatigante d'esprit, privations , sacriûces ? Est-ce-là l'effet de l'impulsion de l'ambition et du génie ? Peut-être oui. Mais c'est aussi Telfet de cette activité soucieuse, fébrile que Dieu a départie a la nature humaine, et dont le plus noble emploi qu'on puisse faire, dans une société civilisée, c'est de la consacrer au travail.
A la vérité, a côté de ce noble élan, nous apercevons la torpeur de la paresse ; mais les di-
positions à cel élal d'iuaclion sonl lieurcusciiienl une exception clans la nation française : le travail, chez nous, est recherche, souvent même audelà des proportions du besoin. Ne confondons pas avec la i>aresse, l'inactivité des forces superflues aux besoins sociaux ; trouvons un moyen d'intéresser ces forces à un emploi convenable, et nous les verrons aussitôt secouer l'inertie.
Gardons-nous bien encore de prendre pour propension à la paresse' certaines manifestations de dégoût dans l'action du travail : pour la plupart du temps, les jeunes gens, abandonnés à eux-mêmes, se font illusion sur leur aptitude, et, souvent même, l'aptitude de ceux qui sont dirigés est-elle ou fort mal appréciée ou violemment détournée de sa spécialité. Or, que ce soit hasard ; que ce soit contrainte, une foule d'individus se trouvent, dans l'exercice de leurs professions, totalement en dehors de leur sphère ; c'est-â-dire, en contradiction manifeste avec leurs goûts et leur génie : comment est-il possible, dans de telles dispositions, d'appliquer toute son activité au travail ?
Quand l'état s'intéressera, comme il le doit, à l'éducation de ses jeunes citoyens ; lorsqu'il fera surveiller attentivement, dans l'exercice de l'activité de chacun, l'aptitude vers laquelle se porte cette activité ; lorsqu'il étendra sa sollicitude jusques à s'accorder avec les parents du jeune
sujet pour développer l'aplitucle el diriger Téducation de celui-ci dans le sens de sa spécialité, alors, il n'y aura plus de monstrueux accouplement entre la profession et l'aptitude, et, alors aussi, ne soyons plus soucieux de l'effet que pourrait produire, sur l'activité de l'individu, le développement de sa fortune.
L'on craindrait de voir s amollir le travailleur, par suite de l'influence de l'abondance , alors qu'on dispose, pour éveiller son ardeur, d'un stimulant plus puissant que l'ambition, que le démon du génie, que Tegoïsme même! Il y a, dans le cœur de l'homme, une fibre qui vibre et le fait bondir aux seuls mots dliomieiir, de gloire et depatire ; tous les jours, vous provoquez, avec ces mots magiques , ces élans sublimes qui ne tiennent aucun compte môme de la vie quand la gloire, quand le salut de la patrie sont le prix du dévouement, et ces mots seraient sans écho lorsqu'ils n'imposeraient que des sacrifices, comparativement vulgaires, pour assurer l'abondance et le bonheur de la patrie ! Ennoblissez , ennoblissez le travail, surtout le travail des champs : que l'agriculteur savant et laborieux , que l'agriculteur pratique dont l'intelligence a suppléé a la science ; que l'agriculteur dévoué marchent en tête de la légion agricole, et qu'ils entendent les populations accourues sur leur paîssage les saluer par ces acclamations inspirées
par ratlmiralion el la reconnaissance : honneur et gloire aux ouvriers de Tabondance ; honneur et gloire h ceux qui nous donnent la paix et les richesses!
Non, non ! vous n'aurez plus d'oisiveté; non, TOUS n'aurez plus de paresse; non, vous n'aurez plus de misère, celte lèpre hideuse de l'ordre social ; non, vous n'aurez plus de prostitution. Vous aurez activité stimulée par l'honneur et le profit ; vous aurez des mariages nombreux et déterminés par le penchant réciproque qui tendront a l'accroissement d'une population vivifiée par l'influence du bien-être ; vous aurez de la moralité, et ces inappréciables avantages seront l'effet d'un chiffre : doublez le revenu actuel de l'agriculture et vous le trouverez.
Mais point ou peu d'accroissement dans la fortune publique sans association.
Du reste, l'association nous offre encore des avantages non moins précieux que ceux que nous venons de signaler : procès ruineux pour de minces intérêts ; discordes de famille dans les partages ; scandaleuses saisies ; ruineuses expropriations; adjudications déplorables : tous ces sujet et tant d'autres de désunion, de trouble , de désordre disparaissent dans le système d'association.
En place : dignité de l'homme utile rétablie; unité de vue et d'action dans l'égoïsme même ;
ulililé respectée favorisée même de l'inégalité des fortunes ; facilité des transactions ; facilité d'ac. quérir un bien-être ; le mérite réel dominant le mérite exclusif de Tor ; compensation des posi^ lions ; émulation dans la rivalité ; harmonie, fraternité !
Dirons-nous quelle puissance aurait une nation dans laquelle le génie de chaque citoyen serait développé par la culture ; dont la richesse serait immense ; dont la moralité exciterait l'admiration de ses voisins; dont la population compacte, fortifiée par le travail, n'auraitqu'un même intérêt ? quel ennemi du dehors , quel ennemi du dedans assez audacieux même pour concevoir la pensée de la troubler dans la jouissance de sa prospérité ?
Dirons-nous enfin quelle influence la prospérité, le bonheur d'une telle nation n'exerceraientils pas sur les destinées de tous les peuples civilisés du monde ?
Ah ! il faudrait ici plus que la puissance du dithyrambe pour traduire, dans toute son harmonie, la poésie du chiffre qui réglerait les proportions de cette nouvelle Thèbes au sein de laquelle s'élèverait le trône impérissable de la fraternité !
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