CHAPITRE II Anatomie pathologique
Nous allons voir maintenant quelles sont les lésions prostatiques qui, en modifiant le volume de la glande, et en réagissant sur les fonctions vésicales, rendent son ablation nécessaire ; dès maintenant, nous pouvons considérer qu'il y a trois grandes classes d’affections prostatiques justiciables d’un large traitement opératoire : l’hypertrophie, la tuberculose, le cancer.
Nous laisserons de côté ce qui a trait à la tuberculose de la prostate, non pas que nous croyons qu'il n'y ait pas là une indication suffisante.
Tout au contraire, les résultats opératoires ont été bons entre les mains de Bouilly(1), et nous citons, à propos du manuel opératoire, une ablation de prostate tuberculeuse par Doyen. Mais nous ne voulons étudier iei ni les lésions tuberculeuses de la prostate, ni les indications précoces de leur traitement.
Ce que nous voulons, c’est montrer le bien-fondé de l'opération dans l’hypertrophie et le cancer.
Pour cela établissons d’abord la priorité de la lésion prostatique sur les lésions vésicales ; deuxièmement montrons la localisation de la tumeur prostatique. On s’est habitué à considérer l'hypertrophie comme la conséquence de l’âge. la traduction prostatique de la sénilité générale ; mais il ne suffit pas que l'hypertrophie apparaisse tard pour qu’on ait le droit de dire que l’âge
() BourLLy. Prostatite tuberculeuse suppurée. Fistules périnéales. Grattage et
ablation de la prostate à la cuiller tranchante, Guérison. Pull. et mmém. Soe. de chir., Paris, 1885, p. 576,
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seul est en cause; en réalité, à un certain âge, il se produit des modifications de la prostate, comme chez la femme il se produit des fibromes de l'utérus, et la comparaison brillante, faite jadis par Velpeau, de la réaction morbide de deux organes si voisins au point de vue de leur développement, reste toujours acquise ; s’il est démontré, et nous croyons qu’on peut considérer aujourd’hui que c’est chose faite, que l’hypertrophie de la prostate est également le résultat d’une néoplasie bénigne ; on doit pouvoir pousser la comparaison plus loin et dire que comme un utérus fibromateux une prostate hypertrophiée doit être enlevée. Mais il faut distinguer les cas ; tout d’abord, la comparaison ne peut s’appliquer qu’au point de vue mécanique peut-on dire, c’est-àdire si l’on ne considère que le volume de la tumeur, l’obstacle qu'elle produit, sans tenir compte des lésions qu’elle entraine secondairement. En second lieu, à côté des hypertrophies que nous allons étudier, il y a des sortes d’hypertrophies diffuses qui ne sont que l’expression d’un état général, comme l’hypertrophie goutteuse par exemple. Ce que nous avons en vue, c’est lhypertrophie qui vient former une véritable tumeur de la prostate, comme nombre de pièces qui proviennent du Musée du professeur Guyon nous en offrent un exemple saisissant.
Quelle est là, tout d’abord, la nature des lésions. Notre maître Albarran a bien voulu nous confier le manuscrit d’un travail fait en collaboration avec Hallé sur l’anatomie-pathologique de l’hypertrophie prostatique et qui va paraître prochainement (1).
« Nous avons voulu apporter notre contingent d'observations à cette question : et nous avons fait l’étude histologique de 100 prostates hypertrophiées. Ces 100 prostates ont été recueillies au hasard de la série, à la clinique de l'hôpital Necker, chez des sujets âgés ayant présenté les signes locaux et les symptômes fonctionnels de l’hypertrophie prostatique, sujets classés cliniquement dans le groupe des prostatiques, ayant succombé à l’un quelconque des accidents du prostatisme,
(1) ALBARBAN et HALLÉ, Annales génito-urinaires, février 1900.