CHAPITRE III
Étude analytique des divers procédés opératoires.
Anatomiquement, l’ablation de la prostate nous à paru faisable ; au point de vue thérapeutique elle nous a paru désirable ; il nous reste à étudier, au point de vue historique et critique en quelque sorte, dans quelle mesure les auteurs ont cherché à la pratiquer et jusqu’à quel point ils y ont réussi. Par conséquent nous laisserons volontairement de côté toutes les méthodes accessoires qui ont été entreprises contre l’hypertrophie de la prostate et également l’ensemble des prostatectomies partielles ; des travaux de Pousson (1) et de Desnos (2) ont du reste, à ce point de vue, définitivement élucidé la question.
Nous verrons que tout d’abord les chirurgiens, effrayés sans: doute par les conséquences de l’ablation de la prostate, ont commencé par ne l'enlever en quelque sorte que dans les cas désespérés. C’est un peu ce qui s’est produit pour la: majorité des opérations viscérales et nous n'avons pas lieu de nous en étonner. Aussi nous devons nous attendre à trouver dans ces premières observations des résultats déplorables. Mais petit à petit on s’est rendu compte que la gravité de l'opération tenait, aux conditions dans lesquelles elle avait été pratiquée, bien plus qu’à l'opération en elle-même ; ainsi par une saine appréciation quelques chirurgiens appliquèrent la prostatectomie, non pas
(1) Pousson (A.). Quelques considérations touchant la valeur de la prostatectomie partielle dans l’hypertrophie de la prostate. Mercredi médical, Paris, 1894, p. 629.
(2) DEsNos. Indication de la résection de la prostate chez les prostatiques. IXe Congrès de chirurgie, Paris, 1895, p. 571.
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seulement au cancer presque inopérable,mais à des hypertrophies déjà graves, mais curables,et malgré une gravité opératoire encore considérable, il en est résulté des guérisons complètes, dans certains cas ; dans d’autres, des améliorations notables.
Si donc nous venons à étudier dans ces dernières années, les opérations par lesquelles les chirurgiens ont cherché à lutter et contre l’hypertrophie de la prostate, et contre le cancer, nous verrons que dans les premières observations qu’on rencontre, il s’agit surtout d’ablation de tumeurs malignes volumineuses, souvent adhérentes, parfois ulcérées, entrainant avec elle une redoutable mortalité opératoire.
Dans les cas récents, au contraire, nous verrons des ablations raisonnées d’hypertrophie prostalique.
C'est Billroth (1) le premier qui a, semble-t-il, pratiqué la prostatectomie pour tumeur maligne. Mais, deux mois après, il y avait récidive dans la plaie, et le malade est mort quatorze mois après l’opération.
Dans une autre observation, il ne s’agit en réalité que d’une extirpation à la curette, par la voie périnéale, d’un cancer de la prostate ; sur la voie d’abord, rien de particulier. Le malade mourut de péritonite septique.
Plus tard, Demarquay (2), en France, au cours d’ablations partielles du rectum, eut occasion d'enlever la prostate. Dans un premier cas, il fit une incision périnéo-rectale, et par l’intérieur du rectum enleva un petit cancer qui intéressait la prostate; il enleva une grande partie de la glande, mais respecta la vessie et l’urètre. Le malade, après divers accidents, guérit de cet évidement glandulaire.
Dans le second, il fit plus largement les choses, il enleva à la fois la prostate, la base de la vessie et la paroi antérieure du rectum, laissant ainsi un immense cloaque ; le malade mourut
(1) BILLROTH. Chirurgische Erfahrungen. Zurich, 1860-67. Von Langensbeck's Archiv. Bd X,S8. 548.
(2) DEMARQUAY. De l’ablation partielle ou totale de l'intestin rectum avec ablation partielle ou totale de la prostate. Gazette médicale de Paris, 1873.