BA LU ALS
rapidement d'infection purulente. Ce sont là des cas que nous ne pouvions passer sous silence, car on peut dire que Demarquay fut un des précurseurs de la méthode, mais en vérité il ne faut pas aller chercher là d'enseignement opératoire : à l’époque où il opérait, il ne pouvait guère songer à combler les immenses pertes de substance qu'il produisait ; il se livra à des considérations théoriques sur la tolérance relative et respective des muqueuses vésicale et rectale, à l'égard de l'urine et des matières, mais il ne viendrait aujourd'hui à l’idée d'aucun chirurgien de tenter l'établissement d’un pareil cloaque.
Spanton (1), rapporte le cas d’un gros néoplasme prostatique, un sarcome dit-il. C'était une tumeur énorme, puisqu’à son avis il fallait la comparer à une tête de fœtus, engagée dans l’excavation au moment de l'accouchement. Il choisit la voie périnéale et mena à une incision prérectale ; après un décollement rectal qui fut difficile, il cherche à amener la tumeur au dehors ; mais friable,elle se rompit et il en retira un morceau gros comme le poing. Quant au reste, qui filait derrière le pubis, « il n’avait aucune sécurité, dit-il pour l’exciser; » eneffet, et c’est là l’inconvénient de la voie postérieure, on ne sait pas ce qu’on fait en avant; il laissa ainsi son opération incomplète, tamponnant pour combattre l’hémorrhagie profuse. Son malade succomba le lendemain de l’opération.
Harrison, pratiquant chez un veillard de 64 ans, une taille périnéale, pour calcul, trouva, après l'ouverture de l’urètre, une tumeur qui englobaïit le col de la vessie : « elle était grosse, ditil, comme la dernière phalange du pouce ». Il l’enleva par la taille périnéale, mais en réalité il ne pratiqua qu'une énucléation partielle au travers d’une boutonnière de l’urètre membraneux.
C'est encore une ablation de néoplasme que pratiqua Leisrinck (2). Son observation se trouve déjà citée incomplètement
(1) SPANTON. Large sarcomatons tumour of prostate gland; excision; fatal result. remarks. Lancet. London, 1882, I. 1032.
(2) LE&IsRINCK. Tumor prostata : totale extirpation der Prostata. Apobéd Für Klin. Chir. Berlin, 1882, XX VIII, p. 578.
dans la thèse de Vignard:et le lecteur la trouvera traduite, in extenso, dans nos observation; la voici résumée :
Il s’agit d’un homme âgé de 64 ans, qui présentait des phénomènes douloureux et des hémorrhagies rectales, et chez lequel Leisrinck avait portéle diagnostic de tumeur maligne de la prostate ; occupons-nous un peu de son procédé opératoire : il pratiqua une incision courbe prérectale, et put facilement décoller le rectum de la tumeur jusqu'aux limites de celle-ci; audessus de son bord supérieur, il mit facilement à nu la face postérieure dela vessie qu’il incisa délibérement (Il ne dit pas dans son observation, comment il s’assura qu’il ne pouvait pas blesser les orifices urétraux.)
Cependant, il est probable qu’il n’osa pas s’élever, car il note que de petits fragments de tumeurs étaient encore appendus à la vessie ; il les enleva secondairement avec les ciseaux de Cowper.
Puis il pratiqua la suture urétro-vésicale ; il rapporte qu’il put le faire sans trop de tiraillement. C’est un fait noté par tous les opérateurs, et sur lequel nous aurons l’occasion d’insister ; la vessie est très facilement abaissable, et on est tout aussi à l'aise pour la suture que dans une taille hypogastrique par exemple.
Il ne cherche pas à refermer et saupoudre la cavité d’iodoforme. |
Le malade meurt le 6 janvier 1882, c’est-à-dire treize jours après l'opération, d’affaiblissement progressif, dit-il.
Nous aurons l’occasion de remarquer que chaque fois qu’après l’ablation de la prostate, on laisse une large cavité anfractueuse, dans laquelle l'urine peut séjourner et s’amasser, le malade meurt rapidement, avec probablement des phénomènes de cellulite pelvienne, foudroyants par leur gravité, comme ceux qu’on rencontre parfois dans les larges ablations du rectum par la voie périnéale.
Cependant, dans le résumé de son autopsie, Leisrinck dit que
la loge prostatique ne présentait pas trace d'infection ; il est