EMBONPOINT DES FILLES MAURESQUES
Les filles publiques indigènes ont généralement plus d'embonpoint que les filles publiques étrangères au soi africain.
Les tailles sveltes et dégagées ne sont pas recherchées par les Turcs et les Maures, qui n'estiment que les femmes qui jouissent d'un embonpoint excessif. Ils regardent ce prétendu charme comme le plus haut degré de perfection auquel puisse parvenir la beauté, et ce charme l'emporte même, jusqu'à un certain point, sur
la régularité des traits et sur les agréments de la figure dont les femmes peuvent être douées.
Cet embonpoint cependant, qui donne aux femmes des formes exubérantes et plus que potelées, les gêne dans leur marche et donne à leur allure habituelle une physionomie particulière.
D'après ce préjugé singulier, mais généralement adopté, si par une vie oisive et sédentaire, par l'usage journalier des bains chauds, par leur manière de se nourrir, les femmes acquièrent naturellement cet embonpoint si désiré, leurs souhaits les plus chers sont en partie accomplis; mais si cette obésité n'arrive pas spontanément, elles ont recours à des moyens qui passent pour avoir la propriété d'engraisser. Les mères nourrissent leurs filles de pâtes faites exprès avec les aliments les plus nourrissants ; quelquefois on leur en fait tant manger qu'elles s'en dégoûtent, mais on les y force malgré leur réclamation. L'espèce de nourriture la plus propre à produire l'embonpoint désiré est une semence que l'on connaît à Tunis sous le nom de drough. Cette graine, indépendamment de la vertu principale qui la fait rechercher, a encore celle d'aug-
menter considérablement le lait des nourrices en qualité et en quantité.
Quoi qu'il en soit il faut que les recettes qu'elles mettent en usage soient bien efficaces, car rien n'est rare comme une femme svelte; il n'y a point de terme où l'embonpoint doive s'arrêter pour plaire , et ce goût est si vif que la femme qui est le plus abondamment pourvue de cet agrément ne laisse pas que de se surcharger de vêtements de toutes espèces pour ajouter encore l'apparence à la réalité.
Quelquefois aussi on associe l'emploi répété des médicaments de la classe des confortatifs.
Une belle femme doit avoir la gorge pendantej c'est pour cela que la mère et les esclaves la tirent avec la main aussitôt qu'elle commence à paraître. Cette habitude, sans doute, et l'usage immodéré des bains chauds, flétrissent et déforment de bonne heure les seins des Mauresques de la manière la plus désagréable et la plus rebutante.
Les femmes égyptiennes , dit le savant Marcel, chez lesquelles cette mo'de d'obésité existe aussi, mangent pour y parvenir, outre certains mets pariiculiers, des aliments aussi étranges
que dégoûtants, entre autres des scarabées de la grande espèce, des lézards vivants et d'autres reptiles.
Les filles d'Alger indigènes, encore plus que les Françaises et les Espagnoles, sont naturellement nonchalantes et paresseuses.