CHAPITRE IV
Recettes et dépenses du Dispensaire. — Organisation au
point de vue financier.
Le système de la rétribution facultative dont j’ai exposé le mécanisme (V. IIIe Part. , Ghap. Ier, § II) assure, sans aucune difficulté, des recettes plus que suffisantes pour couvrir les dépenses du Dispensaire, et remplace parfaitement le régime vexatoire et déshonnête de la taxe imposée aux prostituées pour les visites sanitaires qu’elles subissent.
Voici le détail en deniers de la curieuse et décisive expérience qui se poursuit à Bordeaux avec régularité et succès. Ce système, qui respecte la liberté des prostituées et qui satisfait leur amour-propre, est entré, pour ainsi dire, d’emblée dans leurs habitudes, fonctionnant dès le premier jour sans aucun embarras pour l’Administration, sans aucune réclamation de la part des administrées.
TABLEAU des recettes du Dispensaire de Salubrité de Bordeaux.
VISITES
SOMBRE
de
VISITES
RECETTES
SOMBRE
de
VISITES
RECETTES
NOMBRE
de
VISITES
RECETTES
Gratuites
Payées 75 centimes... .
Payées 2 francs
Totaux
P) En 18G2, le nombre tolal des visites s'est élevé à 22,837 et le chiffre des recettes à 17,G04 fr. 50 c.
Ainsi, dans les quatre années 1859, 1860, 1861 et 1862, une population moyenne de 523 prostituées a fourni, par contribution facultative, une recette dont la moyenne annuelle s’est élevée à 17,406 fr.
Voici le détail des dépenses annuelles du Dispensaire :
Appointements des Médecins 10,500 fr.
Caissier 600
Receveur 600
Infirmière 200
Loyer 1,000
Chauffage 200
Blanchissage et menues dépenses 150
Entretien du mobilier 100
Total 13,350 fr.
Recettes 17,406 fr.
Dépenses 13,350
Excédant des recettes 4,056 fr.
Toutes les recettes sont encaissées sur bordereaux revêtus de l’approbation préfectorale, et toutes les dépenses payées sur mandats émanant de la même autorité:
L'excédant de recettes a été dépensé de la manière suivante :
Avant la réorganisation du Dispensaire, un chef inspecteur et deux agents étaient chargés de la surveillance de la prostitution inscrite et de la prostitution clandestine; afin de rendre cette surveillance plus efficace, le personnel a été renforcé de deux agents à partir du 1er juillet 1859, et les émoluments de ces deux agents (1,200 fr. par an pour chacun) ont été payés par la caisse du Dispensaire.
Le reste des excédants de recettes a été absorbé par les achats de mobilier nécessités par la première installation du service et par des gratifications distribuées par M. le Préfet au personnel médical et administratif.
Il est évident que l’adjonction des deux agents est extrêmement utile; mais il me semble regrettable qu’on n’ait pas pu les payer sur les fonds de la police municipale, comme les trois agents primitifs.
Les recettes du Dispensaire me sembleraient devoir être attribuées au service même du Dispensaire, et non pas au service de la police. Les médecins s’attacheraient davantage à leurs fonctions, s’ils avaient l’espoir d’obtenir des droits après un certain nombre d’années de bons services, soit à une amélioration de traitement, soit à une retraite, et des ressources qui s’élèvent à plus du quart de leur traitement seraient bien plus que suffisantes pour atteindre ce résultat.
Lorsqu’on songe à l’immense intérêt hygiénique qui s’attache à la bonne exécution du service des Dispensaires, aux économies hospitalières considérables qui, sous leur influence directe, résultent de la diminution du nombre des vénériens, on s’étonne de voir que, dans beaucoup de grandes villes, ce service soit resté jusqu’à présent sans contrôle efficace comme sans encouragement, et que même, dans certaines localités, il se trouve frappe de discrédit f1). Il est vrai qu’on ignorait jusqu’à présent les moyens de démontrer positivement les services rendus par les Dispensaires; mais j’espère faire voir, dans la quatrième (*)
(*) V. PiuniER, Hist. de la Prostitut. dans la ville de Clermond- P en and, p. 116.
Partie de ce travail, que la statistique des vénériens militaires offre un critérium parfaitement sûr pour constater immédiatement l’influence des mesures sanitaires, en même temps que pour suivre pas à pas la marche de l’infection vénérienne dans les différents pays.