COMPRISES DANS LA STATISTIQUE DES VÉNÉRIENS
Bordeaux. — La diminution du nombre des vénériens est très rapide. L’influence du Dispensaire (réorganisé à partir du 1er janvier 1859) se fait sentir de la manière la plus frappante. Cependant, une amélioration nouvelle doit être considérée comme possible. Les résultats obtenus à Paris indiquent le but à atteindre.
Nancy. — M. le Dr Dieu, pharmacien en chef à l’hôpital militaire de Metz, m’a transmis l’important document que je rapporte. Le chiffre des vénériens entrés à l’hôpital militaire de Nancy m’avait d’abord semblé incroyable; j’ai prié M. Dieu de le contrôler sévèrement; c’est ce qu’il a bien voulu faire, et il m’a adressé par deux fois des états détaillés et authentiques comprenant l’effectif de la garnison et le chiffre des vénériens entrés à l’hôpital. Il est donc certain que la garnison de Nancy a envoyé à l’ hôpital 50 vénériens pour iOO hommes cl’ effectif en 1860.
Mais il faut remarquer que la durée moyenne du traitement pendant cette même année se réduit à 18 jours, tandis quelle était de 33,0 jours en 1859. Il est donc certain que beaucoup d’hommes affectés légèrement ont été envoyés à l’hôpital en 1800; mais, en accordant que cette observation explique la moitié des entrées (ce qui semble peu admissible), il n’en reste pas moins évident qu’il y a eu à Nancy une recrudescence épidémique très sérieuse, et qu’il serait urgent de s’enquérir des conditions dans lesquelles s’exécute dans cette ville le service du Dispensaire et du Bureau des mœurs (1).
(’) Outre les vénériens de la garnison, l’Hôpital Militaire de Nancy a reçu, en 1859, 233, et en 18G0, 310 vénériens évacués du camp de Châlons et d’autres places; il est bien entendu que ces vénériens n’ont pas ôté compris dans la statistique, mais les durées moyennes de traitement que je rapporte ont été calculées sur le total annuel des journées de vénériens sans distinction d’origine. Ce total s’est élevé à 21,813 pour 1 859, et à 21 ,971 pour 1860; c’est de ce chiffre que j’ai extrait, par le calcul, le total des journées attribuées aux 410 vénériens fournis parla garnison en 1859, et aux 901 vénériens fournis par elle en 1860.
Lille. — Diminution progressive moins rapide quà Bordeaux. De notables améliorations sont possibles.
Rennes. — Diminution considérable; mais il est à croire que Rennes pourrait atteindre les mêmes résultats que Strasbourg ou Metz ou Cambrai, sans parler de Paris.
Lyon. — L’infection vénérienne s’est notablement accrue dans cette ville depuis 1858; les mesures préventives contre l’infection vénérienne n’y obtiennent pas, à beaucoup près, les résultats favorables que nous constatons à Bordeaux, à Strasbourg, à Metz, à Paris (]).
Calais. — Diminution progressive remarquable.
Sedan. — Les résultats obtenus sont moins satisfaisants qu’à Calais et que dans beaucoup d’autres villes.
Valenciennes et Condé. — Une diminution des plus remarquables s’est manifestée subitement en 1859, et s’est maintenue sans nouveaux progrès en 1860.
Ajaccio. — Diminution très remarquable.
Marseille. — Augmentation; mais le service a été réorganisé à partir du commencement de l’année 1861. J’ai dû renoncer à la statistique de 1859, à cause des nombreux
(‘) M. Potton estime que le nombre des soldats vénériens s’élevait, à Lyon, à 15 0/0 de l’effectif en 1856. (V. Parent-Duchatelet, o uv. cit ., t. II, p. 456.)
passages de troupes, qui ont rendu impossible à obtenir positivement le rapport des entrées à l’effectif moyen.
Sarreguemines. — Il paraît que le service sanitaire est très bien exécuté dans cette petite ville. Un régiment nouveau arrive en 1858; on compte dans l’année 11,12 vénériens et 428 journées pour 100 hommes d’effectif moyen : la proportion des vénériens tombe à 5,24 et celle des journées à 226, en 1859; en 1860, la proportion des vénériens n’est plus que de 3,17, et celle des journées de 127.
Toulouse. — Légère diminution. Etat presque stationnaire, qui pourrait être amélioré. (Y. Strasbourg et Metz.)
Perpignan. — Notable augmentation. Le service sanitaire appelle probablement des réformes.
Bayonne. — Diminution progressive très remarquable sur un chiffre qui était déjà très bas en 1858.
Strasbourg. — Diminution progressive. Très bon service où il doit y avoir de précieux renseignements à recueillir.
Saint-Omer et Camp d’Helfaut- — Diminution importante à dater de 1859.
Thionville. — Forte augmentation survenue en 1859, probablement par suite de l’arrivée d’un corps de troupe infecté de maladies vénériennes; mais le chiffre des entrées est retombé au plus bas en 1860.
Metz. — Chiffre des entrées très faible, augmenté notablement en 1859, mais retombé au plus bas en 1800. Le service sanitaire donnerait probablement d’utiles renseignements.
Cambrai. — Diminution progressive régulière sur des chiffres très bas. Il est probable que le service sanitaire est excellent, et depuis longtemps déjà.
Bastia. — Il s’est produit à Bastia un fait très instructif. Le chiffre des entrées, qui était très faible en 1858, augmente de plus du double en 1859. D’après les renseignements qu’a bien voulu m’adresser M. Bouffar, médecin en chef à l’Hôpital Militaire de Bastia, cette augmentation est due à l’arrivée d’un régiment étranger formé en Lombardie, et dans lequel se trouvaient beaucoup de soldats infectés. Les effets de cette contagion n’ont pas entièrement disparu en 1860; car, dans le cours de cette année, les entrées à l’Hôpital sont encore beaucoup plus nombreuses qu’en 1858. H est évident que les régiments qui changent de garnison devraient subir deux visites rigoureuses, l’une au départ et l’autre à l’arrivée, afin qu’ils ne puissent, en aucun cas, propager la contagion vénérienne.
Longwy. — Diminution de moitié en 1859 sur 1858, mais augmentation en 1800 sur 1859. Je présume qu’il y a eu quelque changement de corps en 1860.
Montmedy. — Une augmentation survenue en 1859 ne s’est pas maintenue, et le chiffre des entrées est descendu au plus bas en 1800.
Bistche. — Forte augmentation, probablement due à l’arrivée d’un corps infecté.
Montpellier. • — Augmentation très marquée en 1859, évidemment causée par de nombreux passages de troupes et qui tend à disparaître en 1860. Le chiffre très faible de 1858 autorise à penser que le service sanitaire de Montpellier est satisfaisant.
Rome. — Le chiffre de 1858 était excessivement bas. Une forte augmentation progressive se manifeste à mesure que de nouveaux corps viennent renforcer la garnison. Ces corps arrivaient de Marseille et de Lyon, qui ont joué le rôle de foyers d’infection vénérienne, relativement à l’armée d’occupation. Cette opinion est appuyée par M. Mayer, médecin en chef du corps d’armée, qui a bien voulu m’adresser lui-même les documents que je rapporte.
Paris. — M. Champouillon, professeur au Yal-de-Gràce, a bien voulu me communiquer à deux reprises, et après de laborieuses recherches soigneusement contrôlées, le relevé statistique des vénériens entrés dans les hôpitaux de Paris. Le fait établi par ce document me semble d’un grand intérêt. Excepté à Briançon, où les troupes vivent confinées dans les forts à 1 ,300 mètres au-dessus du niveau de la mer, l’infection vénérienne ne serait nulle part réduite à une aussi faible proportion qu’à Paris!
Les réunions passagères de troupes, à la fin de la guerre d’Italie, ont diminué la valeur de la statistique dressée pour l’année 1859; mais les chiffres sont parfaitements nets pour les deux années 1858 et 1860.
On peut donc affirmer que le Dispensaire et le Bureau des mœurs de Paris sont arrivés à un très haut degré de perfection, et qu’ils ont réalisé un immense bienfait dont profitent à la fois l’armée et la population civile.
Quant aux économies hospitalières réalisées au profit de l’Administration de la guerre en raison de la perfection du service sanitaire de Paris, quoiqu’il soit impossible de les calculer exactement, parce que beaucoup de malades sont évacués des hôpitaux de Paris sur celui de Versailles, où ils vont achever leur traitement, on peut cependant affirmer qu’elles s’élèvent à plus de 200,000 fr. chaque année, si l’on prend pour point de comparaison la dépense exigée par les vénériens de l’armée de Lyon. En effet, l’armée de Lyon, dont l’effectif moyen était en 1860 de 15,000 hommes, a fourni dans le cours de cette année 16,32 vénériens pour 100 hommes d’effectif, tandis que l’armée de Paris, dont l’effectif moyen était de 44,000 hommes, n’a donné que 3,39 vénériens pour 100 hommes d’effectif. C’est donc une proportion cinq fois moindre appliquée à un effectif trois fois plus élevé.
Briançon. — La proportion des vénériens est plus faible à Briançon que partout ailleurs. La garnison habite des forts, et la population civile est très peu nombreuse.
Conclusions. — 1° D’après les documents que je rapporte, il est évident que les petites villes, en général, sont moins infectées de maladies vénériennes que les grandes; ainsi : Calais, Valenciennes, Ajaccio, Sarreguemines, Bayonne, Saint-Omer, Thionville, Cambrai, Longwy, Montmedy, Briançon, offrent de très faibles proportions de vénériens; et cela se conçoit aisément, car la police
des prostituées inscrites ou clandestines y est très facile. Et si l’infection vénérienne se perpétue et se multiplie dans quelques grandes villes, c’est, sans doute, à cause des difficultés qu’y rencontre la surveillance des prostituées. Mais les excellents résultats obtenus à Strasbourg, à Metz, à Bordeaux, et surtout à Paris, démontrent que ces difficultés ne sont pas insurmontables.
2° Un service sanitaire bien exécuté produit en très peu de temps une diminution considérable dans l’intensité de l’infection vénérienne. Cette diminution a été presque des 4/5 à Bordeaux en trois ans.
3° Jusqu’à ce jour, l’organisation des services sanitaires a été livrée aux appréciations locales; leur fonctionnement n’a pas été contrôlé; leurs résultats sont restés vagues ou inconnus.
4° Le contrôle incessant des services de Dispensaire est indispensable; les médecins qui en sont chargés peuvent à la longue se fatiguer, se dégoûter d’un examen répugnant toujours le même, et dont personne n’apprécie les résultats hygiéniques. Encore aujourd’hui, un grand mal peut se produire par la recrudescence de l’infection vénérienne dans une ville importante avant que les autorités en soient averties.
5° Par la statistique des vénériens militaires, il est démontré que les meilleurs règlements sanitaires sont en vigueur dans les villes suivantes : Paris, Cambrai, Metz, Strasbourg, Bayonne, Valenciennes, Calais et Bordeaux.
0° Par la comparaison de ces divers règlements, on parviendrait à formuler un règlement-type qui serait le meilleur possible.
7° Le service sanitaire appelle d’urgence un examen spécial à Nancy.
8° Le service sanitaire appelle des réformes dans les villes suivantes : Lyon, Marseille, Perpignan, Rome, Bastia et Bitsche.
9° Dans l’ensemble de la statistique des garnisons comprises dans le présent travail (abstraction faite de Nancy), on voit qu’il est entré à l’hôpital, en 1858, 7,41, et en 1 860, 7,11 vénériens pour 100 hommes d’effectif. C’est, en 1800, une diminution de 4,1 pour 100 vénériens entrés aux hôpitaux, comparativement à 1858.
10° La diminution, variable quant à sa valeur, s’est manifestée dans dix-neuf, et l’augmentation dans huit seulement des garnisons comprises dans mon travail statistique.
11° Les régiments qui changent de garnison devraient subir deux visites sanitaires, l’une au départ et l’autre à l’arrivée, afin qu’ils ne puissent en aucun cas propager la contagion vénérienne.
12° Si le Conseil supérieur d’IIygiène publique ou l’Académie de Médecine, ou le Ministre de la guerre, accordait chaque année une récompense aux médecins du Dispensaire et au chef du Bureau des mœurs de la ville où les résultats les plus avantageux auraient été obtenus, c’est à dire de la ville où le nombre des vénériens militaires entrés à l’hôpital ou à l’infirmerie, pour 100 hommes d’effectif moyen annuel, aurait été le plus faible, il en résulterait une espèce de concours permanent et une émulation qui tourneraient non -seulement à l’avantage de l’armée, mais encore à l’avantage de la population entière : la prophylaxie de l’infection vénérienne ferait alors des progrès rapides et sûrs. Un pareil concours pourrait être comparé au concours de vaccine.
§11. — Durée moyenne des traitements.
STATISTIQUE de la durée moyenne du traitement des vénériens dans trente villes de garnison. Les villes sont rangées selon la durée moyenne du traitement en 1SGO.