‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 18 sur 122 · DÉNOMINATIONS DES PROSTITUÉES ET DES PROSTITUÉS · texte numérisé non relu

DÉNOMINATIONS DES PROSTITUÉES ET DES PROSTITUÉS

4Chez les Romains, les prostituées portaient un grand nombre de noms, les uns génériques :

Quæstuâriæ ou Quæstuosæ, de quœstus, gain, commerce. ’

Quœstuaria mulier, désignation générale. (Ulp. , Dig., XXIII, 2, 43.)

« Lenocinium facit qui quœstuaria mancipia habet. »

(Ulp., Dig., III, 2, 3).

« Celui qui prostitue des esclaves est un proxénète. »

« Quæ sit quœstuosa, quæ alat corpus corpore. » (Plaut., Mil., 785.)

« Qu’elle soit prostituée, qu’elle nourrisse son corps par son corps. »

Meretriges, de merere, gagner.

« Quæ aprostando æra mer et. » (Forcell., lexic. tôt. lai. Meretrix.) « Qui gagne de l’argent en se prostituant. »

« Stat meretrix certo cuivis mercabilis ære. x (Ovid., Am., 1, 10, 21 .) « La courtisane se prête à tout venant pour un prix convenu. »

<c Ut matrona meretrici dispar erit atque.

» Discolor, infido scurræ distabit amicus. » (Hor., Epist., 1, 18, 13.)

« Autant la matrone diffère de la prostituée et s’en distingue, autant un ami diffère d’un vil flatteur. »

« Meretrix fortunati est oppidi simillima,

» Nonpotestsuamrem obtinere sine multis viris. x (Plaut, Cist., 83.)

«Une courtisane est comme une ville florissante; elle ne prospère qu’autant qu’elle a beaucoup d’hommes. »

Meretrix avait son diminutif meretricula :

« Suam non cnim ille meretriculis

» Muniendis rem coegit, verum parcimonia » Duritieque » (Plaut., Trucul., 280.)

« Ce n’est pas en entretenant des fillettes qu’il a amassé son bien, mais à force d’épargnes et de privations. »

Merere, dans le sens de se prostituer, s’appliquait aux deux sexes :

« A lenone domino ad merendum coactus. » (Plaut.)

« Contraint de se prostituer par le proxénète son maître. »

Togatæ, de ioga, toge.

» Nonius tradit meretrices apud vetercs succinctiore veste usas esse, postea togam adhibuerunt. » (Forcell., lexic. Togo,.)

« Nonius rapporte que les prostituées ont d’abord porté des vêtements plus courts que les femmes honnêtes; plus tard, elles se revêtirent de la toge. »

« Sumpsisti virilem togam, quam statim muliebrem reddidisti. » (Cic., Philip., II.)

« Tu as pris la toge virile que tu as rendue féminine. »

« Quid inter

» Est in matrona, ancilla, pecces-nc togala? »

(Hor., Sat., I, 2, 63.)

« Pécher avec une matrone, une esclave ou une prostituée, qu’importe? »

« Nec magis huic

» tenerum est fémur aut crus

» Rectius, atque etiam melius persæpe togatæ est. »

(II or., Sat., I, 2, 81).

« Elle (la matrone) n’a pas la cuisse plus douce ni la jambe mieux faite; on trouve souvent mieux chez la prostituée. »

La toge était imposée aux femmes convaincues d’adultère, afin qu’on pût les distinguer des chastes matrones qui étaient vêtues d’une longue tunique : stola. (V. Mart. Panckoucke, Not. de Verger, t. I, p. 373.) Ainsi, les femmes adultères étaient assimilées aux prostituées.

« Thelin viderat in togam spadonem ;

x Damnatarn, Numa dixit, esse mœclxam. » (Mart., X, 52.)

« Un jour, Numa rencontre le castrat Thélis en toge; c’est, dit-il, une adultère qui subit sa condamnation. »

s — Coccina famosæ donas et ianthina mœchœ » Vis dare quœ meruit munera? Milte togam. » (Mart., II, 39.)

« — Tu donnes des robes d’écarlate et de pourpre à une adultère fort décriée; veux-tu lui faire un présent digne d’elle? Envoie-lui une toge. «

(V. aussi Juv., II, 90.)

Le mot mœcha, signifiant au propre adultère, est souvent pris pour prostituée, et mœchus pour cinœdus, pédéraste.

La stula était l’emblème de la chasteté des matrones :

« Quis floralia vestit, et stolatum

» Permittit meretricibus pudorem. » ' (Mart., I, 36.)

« Qui donc, en prenant le costume des jeux floraux, permet aux courtisanes d’imiter la pudeur des matrones? » (V. plus loin le rôle des prostituées dans les jeux floraux.)

(V. aussi Ovid. , Fast., IV, 134; Trist., II, 252).

Le mari qui surprenait sa femme en flagrant délit d’adultère pouvait la tuer de plein droit, mais la loi n’admettait pas la réciproque :

» Pc jure autem occidendi ita scriplum est : « In adulterio uxorcm >• tuam si deprehendisscs, sine judicio impune necares; ilia te, sive tu » adultcrare digito non auderet contingere; neque jus est. » (V. Cato., apud Aul. GelL, X, 23.)

« Voici le texte relatif au droit (du mari) de tuer (sa femme) : « Si tu surprenais ta femme en adultère, tu pourrais la tuer impunément sans jugement; si tu commettais un adultère, elle n’oserait pas te toucher du bout du doigt; elle n’en a pas le droit. »

(V. M. A. Senec., Cuntrov., IV, 24).

Les femmes adultères furent d’abord condamnées à l'amende (Tit. Liy., X, 31), à l’exil (Tit. Llv., XXV, 2); plus tard, elles furent contraintes de se faire inscrire chez les édiles comme prostituées (Tac., Ann., II, 85), ou de faire profession de proxénétisme. (Suet., Tib., 35.) Enfin, s’il faut en croire Paulus Diaconus, elles furent obligées de se livrer au premier venu au son d’une cloche dans un lupanar, et cet usage fut aboli par Théodose. (Paul. Diac., Ilist. miscell. , VIII, 2.)

(V. aussi, pour la punition de l’adultère chez tous les peuples: Polyantheæ, Genevœ vel Coloniæ, 1G39, ex typ. J. Stær.)

Scortum, de scortum, peau; soit parce que dans les temps reculés elles portaient des vêtements de peau : scortea veste indutœ ; soit que la peau exprime là femme, en prenant la partie pour le tout. (Forcell., lexic. Scortum.)

Le scholiaste de Valère Maxime tire l’étymologie de scortum, prostituée, de ce que les anciens étaient dans l’usage de s’asseoir sur des peaux, scortea, ou parce que les prostituées laissaient voir leur peau (leur gorge) que les pudiques matrones enveloppaient et cachaient soigneusement.

« Verum nescio quid febriculosi

» Scorti diligis : hoc pudet fateri. » (Catul., Vf, 4.)

« Assurément, tu aimes je ne sais quelle basse courtisane aux fiévreuses caresses; tu as honte de l’avouer. »

Scortum avait son diminutif scortillum :

« Scortillum ut mihi repente visum est

» Non sane illepidum nec invenustum. » (Cat., Carm., X, 3.)

« Tout à coup, je vois une petite prostituée tout à fait accorte et gentille. »

Scorlari, fréquenter les prostituées, scortator, libertin, dérivent de scortum.

« Ubisuntisti scortatores quisoli inviti cubant? » (Plaut., Amphy., 131.)

« Où sont-ils ces libertins qui n’aiment pas à coucher seuls? »

Dans la langue française populaire, une vieille peau qualifie inju rieusement une prostituée laide, usée.

Dans le langage médical, scrotum dérive de scortum.

C’est par erreur que certains auteurs (Virey, Dict. des Sc. méd.; Libertinage ) ont pensé que le mot pellex était employé par les Romains dans le sens de prostituée. Le mot pellex signifiait la femme vivant en co-habitation illégitime avec un homme marié.

«Pellicem autem appellabant, probrosamque hahilam, quæjuncta consuetaque esset cum eo in cujus manu mancipioque, alia matrimonii causa foret, hac antiquissima lege ostenditur, quam Numæ regis fuisse accepimus. » (Aul. Gell., IV, 3.)

Suit le texte de la loi.

« Effcci pellice ut meum privarem virum. »

(Cecilius, Ap. Gell., II, 23.)

* J’ai réussi à priver mon mari de sa maîtresse. »

« Oderunt natos de pellice. » (Juv., YI, G28.)

« Elles détestent les enfants de maîtresse. »

(V. aussi Juv., YI, 273).

Nonariæ, de hora nonaria, la neuvième heure (correspondant à trois heures de l’après-midi), parce que, dans les premiers temps de Rome, elles ne pouvaient exercer leur métier que dans l’aprèsmidi, à partir de la neuvième heure, afin que la jeunesse ne fût pas détournée des exercices du matin par la possibilité de se livrer à la débauche. (Vet. schol., in Forcell. lexic. Nonarius.)

« Si Cynico barbam patulans nonaria vellat. » (Pers., I, 133.)

« Si une courtisane effrontée arrache la barbe à un Cynique. »

Les dénominations suivantes sont moins générales et paraissent s’appliquer à certaines espèces de prostituées.

Lupæ, de lapa, louve, prostituée rustique exerçant son métier dans la banlieue ou dans les bois. (Voy. — 2 — )

« Clodius ille qui secum semper scorta, semper cxoletos, semper lupas ducerct. » (Cic., pro Mil., 21.)

« Ce Clodius toujours entouré d’un cortège de lilles de joio, d’hommes perdus de débauche, de louves. »

Prostibulæ, de pro et de stabulum, devant la demeure, prostituées de bas étage attendant debout devant leur porte.

« Inter mcrelricem et proslibulam hoc interest: quod meretrix honcst'oris loci est et quæstus : nam mérétrices a merendo dicta) sunt, quod copiam suî tantummodô noctu facercnt : prostibulæ quod ante stabulum stent quæstus diurni et nocturni causa. » (Non. Marc., Y, 8.)

t( La différence entre la meretrix et la prostibula est la suivante : les meretrices sont de condition meilleure et font un métier moins abject; leur nom vient de gagner, parce qu’elles ne se livrent que la nuit; celui

de prostibulœ vient de ce qu’elles se tiennent debout devant leur demeure, * prêtes à se prostituer jour et nuit. »

Prostibile est stantem stanti savium » Darc, amicum amicæ. » (Plaut., Stick., 744.)

« Cela sent la prostitution de se donner ainsi des baisers debout dans la rue. »

Prosedæ, de pro et de sedere, s’asseoir devant, prostituées do bas étage attendant assises devant leur porte.

« An te vis inter istas versarier

» Prosedas. » (Plaut., Pœnul., 2G2.)

« Veux-tu te mêler avec ces prostituées assises au bord des rues. »

Bustuariæ, de bustum, lieu où l’on brûle les cadavres, cimetière, prostituées do bas étage : quœ inter busta prostant , qui se prostituent dans les cimetières. (Forcell., lexic. Bustum.)

s Quum te lucerna balneator exstincta « Admittat inter bustuarias mæchas. « (Mart., III, 93.)

« Que le baigneur éteignant sa lanterne t’introduise avec les coureuses de cimetières. »

Ainsi, les prostituées avaient accès dans les bains publics; le baigneur éteignait sa lanterne lorsqu’il admettait les plus ignobles.

L’empereur Alexandre Sévère voulut que les bains publics fussent éclairés pendant la nuit, et accorda les fonds nécessaires pour l’achat de l’huile. (Lamprid.)

(V. plus loin : Bains publics, — 13 — )

On trouve encore un grand nombre de dénominations pittoresques :

Suburanæ, femme du faubourg de Subure.

Summænianæ, du Summænium.

Cellariæ, de cella, cellule.

Noctilucæ, faisant de la nuit le jour.

Diobolariæ, à deux pboles.

Schæniculæ, couchant sur la paille.

Alicariæ, de alica, farine, se prostituant aux esclaves à la porte des moulins, des boulangeries. (Paul. Diac., Theod., XIII.)

Scorta erratiga, prostituées errantes, pierreuses.

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