PROSTITUTION DES MALES
La prostitution des mâles n’était pas inconnue chez les Hébreux :
« Posuerunt puerum in prostibulo e t puellam vendiderunt pro vino ut » biberent. » (Joël., III, 3.)
« Ils placèrent le garçon dans une maison de prostitution ; ils vendirent a la jeune fille pour du vin, afin de boire. »
ce Et enim ausus est sub ipsa arce gymnasium constituere et oplimos » quosque ephebos in lupanar ibus ponere. » (Maciiab., II, IV, 12.)
« Car il osa construire un gymnase sous la citadelle même, et placer dans des lupanars les adolescents les plus beaux. »
Mais les lois hébraïques frappent la pédérastie de la plus énergique réprobation et la répriment par les châtiments les plus terribles :
(V. la destruction de Sodôme et deGomorrhe. [Gen., XIX, 24, etc.)
« Qui dormierit cum masculo coïtu femineo uterque operatus est nefas, » morte moriantur : sit sanguis corum super cos. (Lev., XX, 13.)
« Si un homme dort avec un mâle et s’unit à lui comme avec une femme, l’un et l’autre commet une infâmie; qu’ils soient punis de mort, et que leur sang retombe sur eux. »
« Omnis anima, quæ fcccrit de abominationibus bis quippiam, peribit » de medio populi sui. » (Lev., XVIII, 22, 29.)
ce Quiconque aura commis quelque abomination de cette nature sera retranché du milieu du peuple. »
« Percutiat te Dominus ulcéré Ægypti, et partem corporis, per quam » stcrcora egeruntur, scabic quoque et pruriginc : ita ut curari nequeas. » (. Deut XXVIII, 27.)J
« Le Seigneur vous frappera de l’ulcère d’Égypte, et la partie de votre
corps qui sert à l’évacuation des excréments sera affectée de gale et de démangeaisons incurables. »
(V. aussi Cor., I, VJ, 10).
L’infâme prostitution des mâles (*) et des castrats était pratiquée publiquement chez les Romains :
<c Tument tibi quum inguina, num, si
» Ancilla aut verna est procsto puer, impetus in quem » Continuo fiat, malis tintigine rumpi?
> Non ego; manque parabilem amo Venerem facilemque. »
(Hor., Sat., 1, 2, 116).
'c Intrasti quoties inscriptæ limina cellæ
» Seu puer arrisit , sive.puella tibi. » (Mart., XI, 46.)
« Tanquam parva foret sexus injuria nostri,
» Fœdandos populo proslituisse mares,
» Jam cunæ lenonis erant, ut ab ubere raptus » Sordida vagitu posceret œra puer » Immatura dabant infandas corpora pænas. » (Mart., IX, 9.)
« illud
x Nonne putas melius, quod tecum pusio dormit,
» Pusio, qui noctu non litigat, exigit a te
» Nulla jacens illic munuscula, nec queritur quod
» Et lateri parcas, nec, quantum jussit, anheles?» (Juv., VI, 34).
« Edicto prohibuit Domitianus, pueros intra septimum annum prostitui. » (Suet., Domit., VIII.)
« Domitien défendit par un édit que les garçons fussent prostitués avant leur septième année. »
Elle avait un vocabulaire très varié :
Meritorii pueri.
‘ Pueri ingenuicum meriloriis versabantur. » (Cic., PM., 11, 14.)
" Les fils de famille fréquentaient les prostitués. »
* C,NÆDi ct p™i. * (Juv., Sat., IX, tota.)
(') La prostitution des mâles a lieu encore aujourd’hui publiquement à Constantinople et dans les memes maisons que la prostitution des femmes. Elle est très commune chez presque tous les peuples orientaux.
« Et liabct tristis quoque turba cynœdos. »
(Mart., VII, 58, 9.)
« Même clans l’assemblée la plus austère, il y a des cyncdes. »
« Ultimo cinœdus supervenit, singuloque succinctus modo, extortis nos clunibus cecidit, modo basiis olidissimis inquinavit. » (Petron., Satyric., XXI.)
<c Pædicones
7) Pocdicabo vos et inrumabo
» Aureli pathicc et cinœde Furi. » (Cat., XVI.)
Pusio, Concubinus et Catamitus (surnom de Ganymède), sont pris dans le sens de pathicus, mignon.
La rue des Toscans, vicus tuscus, était habitée par les cinædes :
ce In tusco vico, ibi sunt homines, qui ipsi sese venditant. »
(Plaut., Curcul., 490.)
« Les hommes qui font métier de leurs corps habitent la rue des Toscans. »
Les textes suivants prouvent que cette prostitution avait deux formes, l’une passive :
« Nunquam pathicus tibi décrit amicus
» Stantibus et salvis bis collibus. » (Juv., IX, 130.)
(V. aussi Juv., II, 9, ‘21; VI, 34).
L’autre active :
« Si pascitur inguine venter. » (Juv., IX, 136.)
« Numera : Sestertia quinque
» Omnibus in rebus. Numcrentur deinde labores :
« An facile et pronum est agerc inlra viscera penem » Legitimum, atquc illic hesternæ occurrcre cænœ. » (Juv., IX, 41.)
<( Infelix venter spectat convivia culi
» Et semper miser hic esurit, ille vorat. » (Mart., 2, 51.)
Les vices contre nature étaient considérés comme le résultat de la vengeance de Vénus :
« Mollis erat, facilisque viris Pæantius héros » Vulnera sic Paridis dicitur nlla Venus. » (Mart., II, 84.)
« Si dî mihi parcere voilent
ï Naturale malum saltem et de more dédissent.
(Ovin., Mdam., IX, 727).
« Si les dieux avaient voulu m’épargner, ils m’auraient envoyé un mal naturel et ordinaire. »
On les considérait aussi comme une maladie fatale :
« Hune ego falis
» ImputOj qui vultu morbum incessuquc fatetur. » (Juv., H, 16.)
a J’impute aux destins sa maladie qu’il avoue par l’expression de son visage et par sa démarche. »
Les poètes latins : Horace, Tibulle, Catulle, Martial, etc., poursuivent de leurs invectives les passions contre nature, et pourtant ils se plaisent à chanter l’amour cinædique; ils méritent la cynique apostrophe de Juvénal :
« Sed pejores qui talia verbis
» llcrculis invadunt, et de virtute locuti » Clunem agitant. » (Juv., II, 19.)
(V. aussi Paul., ad Rom., I, 27).
Les Marseillais avaient, du vivant de Plaute, une réputation proverbiale : Navigato in Massiham, va-t-en à Marseille, avait un sens obscène et injurieux :
« Ubi tu es, qui colere mores Massilienscis postulas?
» Nunc tu si velis me subicitare, proba est occasio. »
(Plaut., Casin., 774).
Si l’on considère que le personnage adresse la proposition au public, on peut se faire une idée de la délicatesse et du goût des plaisanteries qui égayaient le peuple-roi.
Mais, du temps de Tacite, la ville de Marseille n’était plus signalée pour la dépravation de ses moeurs; bien au contraire :
* Massiliam locum Græca comitatc et provinciali parcimonia
mixtum ac benc compositum. » (Tac., Agric., IV.)
« Marseille, ville où règne un mélange et une heureuse combinaison de la politesse des Grecs et de la simplicité provinciale. »