‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 27 sur 122 · ARTIFICES DE TOILETTE · texte numérisé non relu

ARTIFICES DE TOILETTE

Les recherches de toilette, les bijoux, les coiffures, les parfums remontent à l’antiquité la plus reculée :

« In die ilia auferet Dominas ornamenla calceamentorum et lunulas,

» Et torques, et molinia, et armillaset mitras,

» Et discriminalia, et periscelidas , et murenulas, et -olfactoriola, cl inaures,

» Et annules et gemmas in fronte pendentes,

» Et mutatoria, et palliola, et lintcamina et acus,

» Et spécula, et sindones, et vittas et theristra,

» Et erit pro suavi odore fœtor, et pro zoua funiculus, et pro crispanti crinc calvitium, et pro fascia pectorali calicium. » (Isai., III, 18.)

« En ce jour-là, le Seigneur leur enlèvera les ornements de leurs chaussures et leurs croissants,

» Et leurs colliers et leurs chaînes, leurs bracelets et leurs mitres,

» Leurs sarmaks, leurs anneaux de jambes, leurs attaches, leurs cassolettes et leurs boucles d’oreilles,

» Leurs bagues et leurs pierres précieuses qui pendent sur le front,

a Leurs inantelets et leurs écharpes, leurs guimpes et leurs aiguilles de tète,

» Leurs miroirs, leurs tissus de gaze, leurs bandelettes et leurs chemisettes de fin lin,

» Leur suave odeur se changera en puanteur, leur ceinture se changera en corde, leur tète frisée deviendra chauve et leur corsage sera un cilice.»

L'art de teindre ou de remplacer les cheveux était déjà parvenu à un très haut degré de perfection chez les Romains; ils connaissaient aussi la prothèse dentaire :

« Nec dénies aliter, quam serica , nocte reponas » Et jaceas centum condida pyxidibus » Nec tecurn faciès tua dormiat, innuis illo » Quod tibi prolatum est mane super cilio. » (Mart., IX, 38.)

« Le soir, tu quittes tes dents avec le reste de tes ajustements. Ta personne s’enferme , en détail, dans une foule de coffrets; ton visage ne couche pas avec toi, et ton sourcil qui m’agace est mis en en place chaque matin. »

Le brou de noix servait à teindre les cheveux :

« Coma lum mutatur, ut annos

» Dissimulet, viridi corlice lincta nucis. » (Tib., I, 9, 43.)

« Alors, pour dissimuler l’outrage des ans, on teint sa chevelure avec la verte écorce de la noix. »

(V. aussi Plin., XV, 22.)

L’usage des postiches était très répandu :

« Femina caniliem germants inficit herbis » Et nielior vero quœrilur arle color;

-» Femina procedit densissima crinibus emtis » Proque suis alios cffccit ære suos. » (Ov., Ars Am., III, 163.)

« Telle femme teint scs cheveux blancs avec des herbes de Germanie, même elle demande à l’art d’embellir la nuance naturelle; celte autre est Parée d’une chevelure luxuriante; ce sont bien scs cheveux, elle les a achetés. »

(V. aussi Plin., XXIX, XXX, 34, 46.)

« Denlibus atque comis, nec te pudet, ut cris emtis,

» Quid faciès oculo, Lælia? Non emilur. » (Mart., XII 23 )

>< Tu portes fièrement des dents et des cheveux payés comptant; mais ton œil, chère Lélie? Comment faire, on n’en vend pas.

L’invention du fard et des procédés de teinture pour les cheveux était attribuée aux bretons :

« Nunc etiam infectos dcmens imitare Britannos » Ludis et exlerno tincta nilore capul? » (Prop., II, 14, 22.)

Pourquoi follement imiter les Bretons fardés, et t’amuser à teindre tes cheveux d’une nuance étrangère? »

Les femmes de condition libre qui se prostituaient dans les lupanars se déguisaient avec des perruques blondes :

« Et nigrum flavo crinem abscondente galero

» Intravit calidum veteri centone lupanar. (Juv., VI, 119.)

<c Puis, cachant sa chevelure noire sous une perruque blonde, elle entra dans un lupanar étouffant, fermé d’un vieux rideau. »

Les perruques blondes étaient à l’usage exclusif des courtisanes.

« Arctoa de gentc comam tibi, Lesbia rnisi :

» Et scires quanto sit tua flava magis » (Mart., V, 69.)

« Je t’envoie, Lesbie, une chevelure de Germanie pour que tu saches combien la tienne est plus blonde. »

Les peaux velues des chèvres servaient à faire des perruques :

« Hædina tibi pelle contegenti

» Nudæ tempora verticemque calvæ;

» Festive tibi, Phæbe, dixit illc,

» Qui dixit caput esse calceatum. » (Mart., XII, 45.)

« Une perruque de peau de chèvre couvre tes tempes dénudées et ton crâne chauve, c’est une chaussure à la tète, mon ami Phébus, un plaisant te l’a bien dit. »

(V. aussi Mart., XIV, 50.)

La poudre était en usage chez les anciens; l’Empereur Commode se poudrait d’or :

« Capillo semper fucato et auri ramentis illuminato. » (Lamprid., in

Comrnod.)

t Les cheveux toujours pommadés et brillants de poudre d’or. »

L'empereur Gallien avait le même luxe extravagant :

« Crinibus suis auri scobem aspersit. » (Treb. Pollio, in Gall.)

.( Il couvrait ses cheveux de poudre d’or. »

(V. au sujet des perruques, Mart., llf, 43; VI, 12, 57; Suet., Calig., II; Oth., 12 ; Tertul., de Cultu femin., 7. — V. aussi Thiers, Hist. des Perruq., in- 12. Avignon, 1777.)

Les prostituées étrangères se coiffaient d’une mitre décorée de peintures :

« Ite quibus grata est pic ta lupa barbara mitra. » (Juv., III, 66.)

« Allez, vous que séduit la mitre peinte d’une prostituée barbare. »

Leur coiffure était une mitre, moins coupée que celle de nos prélats, également ornée de deux pendants, qu’elles ramenaient sur les joues. (Rosin., Ant. rom., I, V, p. 144.)

En Orient, et surtout dans plusieurs provinces de l’Asie-Mineure, la mitre était la coiffure des femmes et aussi des hommes efféminés.

(V.Virg., OEneid., IV, 216; IX, 616, et le Commentaire de C. Ruoeus. London, 1746.)

La mitre était aussi la coiffure des vieilles femmes. (Forcell., lexic. Mitra.)

k Exsequiæ fuerant rari furtiva capilli

y> Vincula, et immundo pallida mitra situ. » (Prop., IV, 5, 68.)

« Toute la pompe de ses funérailles fut quelques bandelettes volées qui avaient noué ses cheveux clairsemés, et une mitre immonde et déteinte. »

La mitre, originaire d’Orient, coiffait la figure de Bacchus :

« Cinge caput mitra : spcciem furabor Iacchi. » (Prop., IV, 2, 51.)

< Coiflez-moi d’une mitre, et je serai Bacchus. »

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