ENSEIGNES DES LUPANARS
le Phallus en bas-reliefs.
Chez les Romains, les’maisons de prostitution étaient-elles habituellement signalées par un fanal? Rien ne prouve positivement ce fait, que tous les auteurs modernes ont répété d’après une fausse interprétation du texte de Tertullien que je vais citer. Mais on illuminait la porte et on la décorait de branches de laurier pour solenniser l’inauguration d’un établissement nouveau :
«Et procedet de janua laureala et lucernata, ut de novo consistorio libidinum publicarum. » (Tertul., ad Uxor., II, 6.)
« Elle sort de la porte ornée de branches de laurier et illuminée, comme d’une maison de prostitution nouvelle. »
Les maisons étaient décorées et illuminées lorsqu’on célébrait les mariages :
« Domus tota lauris obsita , tœdis lucida constrepebat hymæncum. »
(Apul., Melam., 4.)
(f La maison, tapissée de laurier, resplendissait de feux et retentissait des chants de l’hyménée. »
Juste-Lipse ( Elect ., 3), après avoir prouvé que, dans l’antiquité, des lanternes étaient suspendues aux portes, aux fenêtres et aux arbres, en signe d’allégresse et pour honorer les dieux, s’étonne qu’on ait profané ce signe de la joie publique pour l’inauguration des maisons de prostitution nouvelles. 11 attribue cette coutume à ce que, dans les temps reculés, les prostituées, qui ne pouvaient exercer leur métier que le soir, après la neuvième heure (Voy. — 8 — Nonariœ ), se tenaient sous les lanternes des édifices publics :
Sub clara nuda lucerna. »
« Nue, sous la lanterne. »
(Hor., Sat., II, 7, 50.)
N’est-il pas plus simple de l’attribuer à ce que les illuminations étaient d’un usage vulgaire pour toutes les solennités? Et le proxénète, en illuminant sa maison pour l’inaugurer, la faisait connaître au public; il faisait à la fois une fête et une réclame. D’ailleurs, le lupanar n’était pas aussi odieux qu’il l’est devenu chez les nations chrétiennes.
Il ne faut donc pas confondre la lampe fumeuse qui éclairait la cellule de la prostituée dont il est souvent fait mention :
Obscurisque genis turpis, fumoque lucernœ ” Fœda . » (Juv., VI, 130.)
« Et les joues livides, salie par la fumée de la lampe. »
avec le fanal dont il est ici question et qui eût signalé la porte. Il est probable que cette sorte d’enseigne n "existait point. Mais le Phallus en bas-relief au-dessus de la porte indiquait la nature du lieu (V. Musée de Naples, Edit. Ledoux, p. 28). J’ai vu au Musée de
Nismes un bas-relief antique, provenant de l’imposte de la porte de l’une des cellules ouvertes sur la galerie inférieure des arènes de cette ville. 11 représente trois Phallus d’inégales dimensions, sur lesquels une femme est debout comme sur un char. Elle tient des rênes qui semblent destinées à retenir l’un et à soutenir l’autre, tandis que le troisième est libre et abandonné à ses propres forces. C’est comme une image obscène des trois âges de la vie. (Voy. Culte du Phallus, p. 50.)
On montre encore, au môme Musée, un autre bas-relief antique provenant d’une autre imposte et qui représente plusieurs séries d’organes sexuels féminins rangés horizontalement les uns au-dessus des autres. Il est permis de croire, d’après ces specimens, que les enseignes des lieux de prostitution étaient variées. (Voy. — 32 — )