CHAPITRE X
Décès; Chances de mort des prostituées.
TABLEAU des décès constellés parmi les prostituées inscrites à Bordeaux en 1859, 1860, 1861 et 1862.
Nombre moyen des prostituées présentes
Totaux
Morts violentes.
Assassinat
Asphyxie par le charbon (suicide).
Empoisonnent par le sublimé (id) .
Empoisonnement alcoolique
Brûlure accidentelle (inflamma-
tion des vêtements)
Contusion accidentelle à la tête. .
Totaux des morts violentes.. . .
Morts par suite de maladies.
Phthisie pulmonaire
Phthisie laryngée
Bronchite chronique
Paralysie pulmonaire
Hydrothorax
Totaux des affect., pulmonaires.
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)orl. . . .
Morts par suite de maladies.
Entérite
Choléra sporadique
Fièvre typhoïde
Affection organique de l’estomac.
Hépatite
Péritonite
Ascite
Métro-péritonite non puerpérale.
Totaux des affect, abdominales.
Hypertrophie du cœur ...
Variole
Tumeur blanche
Syphilis
Cancer de la face
Cause inconnue
Totaux des affections diverses.
Toi
rAL OÉN
ÉRAL. . .
Soit, en 1859 : 14 décès ou 9,52 pour 1 ÔO prostituées. En 1860 : 12 décès ou 2,22 pour 100 prostituées.
En 1861 : 19 décès, soit 3,70 pour 100 prostituées.
En 1862 : 9 décès, soit 1,85 pour 100 prostituées.
Age moyen des tilles décédées en 1859, 1860, 1861 et 1862 : 31,55.
D après M. Dutasta (V. ouv. cil., p. 23), en 1854, une
population moyenne de 570 prostituées a fourni 10 décès, soit 1,75 0/0.
En formant la moyenne de cinq années 1854, 1859, 1860, 1861 et 1862, sur lesquelles nous avons des renseignements exacts, nous trouvons : population moyenne,
532; moyenne annuelle des décès, 12,80, soit 2,40 pour
100 prostituées.
Or, d’après la table de mortalité due à M. Bertillon et publiée par M* Guillard (V. Presse scientif. des Deux- Mondes, 1861, t. I, p. 244), la mortalité moyenne n’est, dans la France entière, que de 0,93 pour 100 habitants à l’âge de 30 à 35 ans. La prostitution aurait donc augmenté les chances de mort à Bordeaux dans le rapport de 0,93 : 2,40, c’est à dire de 39 à 100.
On sait que les chances de mort à tous les âges sont un peu plus fortes à Bordeaux, comme dans toutes les grandes villes, que dans l’ensemble de la France; mais celle considération ne pourrait diminuer que de quelques centièmes la valeur de la différence signalée entre la mortalité des femmes âgées de 30 à 35 ans et la mortalité des prostituées.
Je n’oserais pas formuler une loi d’après des nombres . aussi faibles que ceux dont je dispose, mais ces nombres suffisent pour renverser la singulière allégation de Parent- Duchatelet, que le métier de prostituée n’est pas par luimême insalubre. Du reste, Parent-Duchatelet ne produit aucun relevé de mortalité relatif aux prostituées; il appuie son assertion sur les considérations de la fréquence et de la durée des maladies, qui laissent beaucoup de place aux appréciations contestables. (Y. ouv. cit., t. I, p. 281.)
Les maladies utérines ne paraissent pas jouer dans les
causes de mort des prostituées le rôle qu’on est porté à prévoir; mais prétendre que le métier de prostituée n’est pas insalubre, c’est prétendre que les veilles continuelles, l’ivrognerie, la gourmandise, la misère, l’oisiveté, la fatigue des organes vocaux par les cris ou les querelles, et enfin la syphilis, n’augmentent pas les chances de mort. Et je ne parle pas des influences morales fâcheuses : du déclassement social, de l’imprévoyance, qui prédisposent au suicide et aux maladies mentales, et qui exposent à la mort accidentelle.