‹ De la prostitution publique et parallèle complet de la prostitution romaine et de la prostitution contemporaine, suivis d'une étude sur le dispensaire de salubrité de Bordeaux, d'une statistique des vénériens dans la garnison de Bordeaux, et d'un essai de statistique de l'infection vénérienne dans les garnisons de l'Empire françaisChapitre 9 sur 122 · NÉCESSITÉ DE LA PROSTITUTION · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DE LA PROSTITUTION

Elle protège le mariage; elle assouvit les désirs brutaux; elle rcml l’adultère

moins fréquent.

La nécessité et l’ancienneté de la prostitution sont reconnues par Cicéron :

« Si quis est, qui etiam meretriciis amoribus interdiction juvcntuti putet, est ille quidem vaille severus, ncgare non possum : sed abhorret non modo ab h u j u s seculi licentia, verum etiam a majorum consuetudine atque concessis. Quando elicim factum non est? Quando reprehensum ? Quando non permissurn? » (Cic., Orat.pro Cœl.,W.)

t Si quelqu’un pense qu’il faille défendre à la jeunesse tout commerce avec les prostituées, je ne puis nier que celui-là est très sévère; mais, en condamnant la licence de notre siècle, il condamne aussi la coutume de nos ancêtres et leurs concessions. Quand donc, en effet, s’cn est-on abstenu? Quand l’a-t-on blâmé? Quand ne l’a-t-on pas permis?

Cette opinion est un lieu commun chez les poètes :

« Non est ftagitium, mihi crede, adolescenlulum » Scortari. » (Ter., Adclph I, 2, 21.)

« Croyez-moi, ce n’est pas un crime pour un jeune homme de fréquenter les prostituées. »

D’ailleurs, la prostitution protège le mariage :

« Quidam notus homo cum exiret fornice : — Macte » Virtute eslo, inquit sententia dia Catonis,

» Nam simul ac venas inflavit tetra libido,

» Hue juvenes œquum est dcscendere, non aliénas * Permolere uxores » (Hor., Sat., I, 2, 30.)

« Un homme connu sortait un jour d’un lieu de débauche : — Courage

lui dit Caton, dans sa divine sagesse, car sitôt que l’acre luxure a gonflé leurs veines, c’est là que doivent aller les jeunes gens, au lieu de poursuivre les femmes d’autrui. »

(V. aussi Hor., Sat., Il, 7, 48.)

La prostitution assouvit des désirs brutaux, sans déshonneur, sans inquiétude, sans jalousie :

« Acris ubi me

» Natura incendit, sub clara nuda lucerna » Quæcumque exccpit turgentis verbera caudæ,

» Clunibus aut agitavit equum lasciva supinum,

» Dimisit ncque famosum , neque sollicitum ne » Dilior aut Ibrmæ melioris meiat eodem. » (Hor., Sat II, 7, 49.)

Tandis que l’adultère est périlleux :

« Quia zelus et furor viri non parcet in die vindictes. ( Prov ., VI, 34.)

* Car la jalousie et la fureur du mari ne pardonneront pas au jour de la vengeance. »

«• Ibis sub furcam prudens, dominoque furenti » Commiltcs rem omnem, et vitam et cum corpore famam. »

(Hor., Sat II, 7, 68.)

«Tu vas de propos délibéré au devant de la potence; tu exposes à la fureur du maître (du mari) ta fortune entière, ta vie, et avec ta vie ton honneur. »

(V. aussi Juv., VI, 44).

Chez les Romains, le mari que le hasard ou la ruse rendait maître de son rival, se vengeait en lui faisant payer rançon :

« Discincta tunica fugiendum est ac pede nudo,

» Ne nummi p créant » (Hor., Sat., 1, 2, 132.)

« II. faut se sauver demi-vêtu et nu-pieds, sinon, gare à la bourse. *

En lui coupant le nez ;

« Quis tibi persuasit nare abscindcre mœcho? » (Mart., 111, 85.)

« Qui t’a conseillé de couper le nez à l’amant de ta femme Y »

Le nez et les oreilles :

« Fœdasti miserum, marite, mœchum , » Et se, qui fucrant prius, requirunt » Trunci naribus auribusque vultus. » (Mart., II, 83.)

<■ Tu as cruellement défiguré ton rival; il n’a plus que des tronçons de nez et d’oreilles.

(V. aussi ViiiG. , Æneid., VI, 494.)

En le châtrant :

« Quin jandudum gestit mœcho abdomen adimere

* Ut faciam quasi puero in colla pendant crepundia. »

(Plaut., Mil. glor., 1390.)

« 11 lui tarde de trancher le bas du ventre à ce libertin, afin que je lui mette comme aux enfants un grelot qui lui pende au cou. »

(V. plus loin les textes relatifs aux phallus qu’on pendait au cou des enfants.)

7> Hune perminxerunt calones, quin etiam illud

* Aecidit, ut cuidam testes caudamque salacem (J).

» Demeteret ferrum. Jure omnes : Galba negabat. «

(Hor., Sat., 1, 2, 44.)

« Væ tibi, dum ludis, caslrabere ; jam mihi diccs » Non licet hoc : quid, quod tu facis, llylle, licet? » (Mart., II, 60.)

« Malheur à toi ! à ce jeu tu te feras châtrer; tu auras beau me dire : on n’a pas ce droit-là ; mais ce que tu fais, Hyllus, en as-tu le droit?

(V. aussi Val. Max., VI, 1.)

L’intrus, surpris en flagrant délit, pouvait être déchiré de coups, empale, tué :

« Necat hic ferra, secat ille

» Cruentis verberibus; quosdam mœchos et mugilis (2) intrat.

« 11 poignarde un rival, il le déchire à coups de fouet, il glisse le mugil dans ses entrailles. »

(V. sur ce vers le Commentaire d’AcuAiNTRE. Paris, 1810).

(') Le sel passait, chez les Romains, pour aphrodisiaque; de lit, les mots SalaxSalacitas, dérivés de Sal Salis, pour impudicitia.

(V. Mart. Panckoucke, Note de Mange ard, t. IV, p. 319).

(’) Mugilus cephalus, Mulet de mer; Poisson acanthopthcrygien, Mugiloïdc. — Aliment très estimé des anciens.

< Ali ! tum te miserum, malique fati » Quem attractis pcdibus , patente porta,

» Per carrent raphanique, mugilesque. » (Cat,, Carm., 15.)

« Ah! je te plains, malheur à toi! Les pieds écartés, l’anus béant, tu seras empalé par des raiforts ou des mugils. »

(V. aussi Hon., Sat I, 2, 133, et le Commentaire de Dubner. Paris, 1855).

Enfin, voici l’opinion de saint Augustin, touchant la nécessité de la prostitution :

« Quid sordidius, quid inanius decoris et turpitudinc plenius meretricibus, lenonibus ceterisque hoc genus pestibus dici potest? Aufer mérétrices de rebus humants , turbaveris omnia libidinibus. » (August., de Ordine; II, 12.)

« Quoi de plus sordide, de plus ignoble et de plus honteux que les prostituées, les proxénètes et les autres pestes de celte nature? Et pourtant, supprimez les prostituées, vous troublerez la société par le libertinage. »

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