‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 15 sur 72 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Protection des Vins de Bordeaux sous l'Ancien Régime.

Pline l'Ancien a consacré dans son Histoire naturelle un chapitre entier à la vigne et au vin; ces quelques pages sont à la fois amusantes et instructives : amusantes, car elles nous livrent les réflexions d’un homme qui paraissait aimer le bon vin et qui le présente comme la meilleure des médecines (.. per sese vina 1hsa remedia sunt), ajoutant d’ailleurs que si rien n’est plus utile pour fortifier le corps, il n'est pas non plus de plaisir plus fatal si on ne sait se garder de l'excès; instructives, car elles nous révèlent un, certain nombre de fraudes qui étaient alors d’un usage courant et qui n’ont malheureusement pas cessé de l'être au cours des siècles. Pour être justes envers nos contemporains, nous devons reconnaître cependant que si nous les retrouvons au xx° siècle, elles se sont singulièrement atténuées,

Sans remonter au temps de l’Iliade, où nous voyons Hécamède la Blonde verser à Hector un breuvage composé de vin, de farine et de fromage râpé (l’histoire ne dit pas si Hector a apprécié cette boisson), les anciens faisaient subir à leurs vins les préparations les plus variées et les plus invraisemblables. Ils y mêlaient de «la poix, du goudron, de la térébenthine, du safran, du nard, de la canelle, du poivre, des baies de myrte, des glands torréfés, des semences de pin pignon, des amandes amères, de la réglisse, etc. ». -Aussi ne faut-il pas s'étonner de ce que raconte Pline : « Ces vins

rendaient les hommes enragés et faisaient avorter les femmes, ou encore les frappaient de stérilité. »

Les vins les plus estimés étaient parfumés avec de la myrrhe. «Le mérite actuel du Falerne, écrit Pline, baisse, car on vise plus : à la quantité qu’à la qualité. » N'est-ce pas le même reproche que. nous adressions dans le chapitre précédent à certains de nos viticulteurs? Pline signale encore le mouillage et déclare que de son temps la fraude est devenue générale. «L’immoralité est telle, dit-il, qu'on ne vend plus que le nom des crus et que les vins sont frelatés dès la cuve. » Ainsi, au 1e siècle de notre ère, la tromperie sur l’origine des vins était bien connue et revêtait même une gravité exceptionnelle. |

Au Moyen-Age, il est un thème cher aux connaisseurs : celui des «invectives contre les taverniers qui mixturent le vin », les « brouilleurs de vin», comme on les appelle dans les textes de l’époque. Il y a sur ce beau sujet une « ballade joyeuse » (cf. les Complaintes des monniers aux apprentifs des taverniers dans Montaiglon, Anciennes poésies françaises, XI, p. 59 et suiv.) dans la manière de Villon 1; le poète maudit les «taverniers qui brouillent nostre VIN ». F

La sophistication des vins provenait le plus généralement d’addition de matières colorantes que l’on trouvait alors chez les drapiers : de notables médecins et autres gens experts ne manquaient pas de déclarer ces «mistions» nuisibles au corps humain. On condamnait le tavernier à l’amende et l'on faisait défoncer les muids falsifiés devant l'Hôtel de Ville; quant aux fûts, ils devaient être brûlés ?.

Un rondeau assez original, daté du milieu du xvre siècle: attaque violemment les taverniers, brouilleurs de vins, et menace de l’enfer

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