À. Campaux, F. Villon, sa vie et son temps, p
.2- Information du 1% mars 1460 contre Henry Imbert, drapier, chargé d'avoir «fait coulourer et mistionner » des muids de vin vermeil de faible couleur «pour iceulx mieux vendre et faire son prouffit ». Un tavernier, Jean de Maisières, les avait acquis, «ce qu'il ne peut, ne doit, en fraudant et décepvant le peuple ». (Arch. nat., Z1 H 13.)
Affaire des jurés buffetiers de la Ville de Paris contre Guillaume Bernard au su) et de «quatre muys de vin qui ont été arrestés par lesdiz jurés lesquels prétendent estre infectz... »(Arch. nat. iX ! À 4816, fol. 13 v° ad a. 1474)-
les baïllis et les prévôts qui ne mettraient bon ordre à toutes ces fraudes 1.
Un fait domine la répression des fraudes au Moyen-Age; c’est l'impuissance du pouvoir judiciaire à découvrir la plupart des fraudes. Cela se comprend aisément : il s’agit d’un problème d'ordre scientifique. «Ne pouvant s'appuyer sur la science pour découvrir après coup, à l’aide d’un simple échantillon, les secrets de la fabrication d’un produit, les hommes du passé n’avaient qu’un moyen d'empêcher la fraude, c'était de surveiller cette fabrication dans ses moindres détails, de placer la production dans des conditions telles que cette surveillance fût facile et de tout instant 2.» Cette observation nous permettra de comprendre certaines mesures prises au cours du Moyen-Age pour la protection des vins de Guyenne. L'analyse chimique était impuissante à déjouer les mauvais calculs des «brouilleurs de vins ». Il a fallu lutter contre la fraude par des règlements extrêmement sévères, qui souvent créaient de véritables privilèges à l’égard des villes ou des régions favorisées,
La vigne est cultivée aux environs de Bordeaux depuis les temps les plus reculés. Pline l’Ancien et Columelle parlent des vins des Bituriges. Au 1ve siècle, les vins de Bordeaux sont déjà célèbres; Ausone, faisant l'éloge de sa patrie, s’écrie : « © patria, 1nsignem
Baccho.….. »
T « Brouilleurs de vins, malheureux et maulditz, Gens sans amour, faulx en faictz et en ditz Qui ne tendez qu’en dampnable avarice, Soyez certains que divine justice Vous pugnira de bien brief, je le dis.
Les vins nouveaulx vous seront interditz,
Point n’en buvez car des fois plus de dix
Dieu qui tout voit cognoist votre malice, \ Brouilleurs de vins.
Sur ces vendeurs de vivres trop hardis,
Baillitz, Prévotz, n’y soyez point tardifz,
Besongnez y, exerçant vostre office;
Ou autrement, Se n’y mettez police,
Enfer vous suyt et non pas Paradis,
Brouilleurs de vins, malheureux et maulditz. »
P. GROGNET, Toucy (Yonne).
2. E. Roux, directeur du Service des fraudes au ministère de l'Agriculture (V. Clémentel, Un drame économique, p. 54).
Nous sommes assez mal documentés sur le vignoble bordelais dans la première partie du Moyen-Age. Il est probable que nos viticulteurs apprirent des Romains l’art de cultiver la vigne et que les plantations étaient déjà importantes à la fin de l'époque carolingienne Au x1° siècle, la ville de Bordeaux est entourée de forêts en partie défrichées et les «vignobles s'étendent nombreux et fertiles tant sur les collines au pied desquelles Bordeaux est bâtie que sur les coteaux élevés qui lui font face sur la rive droite dela Garonne 1».
L'histoire économique de Bordeaux est, à partir du xr1° siècle, intimement liée à son histoire politique : la protection des vins du pays bordelais remonte ‘à la domination anglaise qui dura trois siècles (1154-1453). Ce sont d’ailleurs des raisons d’ordre politique qui décidèrent les rois d'Angleterre à accorder aux Bordelais de véritables « privilèges » pour l'écoulement de leurs vins: ils voulaient, en leur concédant d'importants avantages, s'assurer leur fidélité et leur enlever toute idée de révolte. «Nous voulons que tous les vins de nos bourgeois de Bordeaux qui proviennent des vignes de leur ville puissent circuler librement sur la rivière », avait dit le roi Jean, le 15 avril 1214? ; lui-même achetait beaucoup de vin à Bordeaux et avait su le faire apprécier dans son entourage : de grands seigneurs spéculaient, dit-on, sur ce produit qui avait acquis rapidement une grande vogue.
Par suite des privilèges qui leur étaient conférés et du débouché facile que les vins de Bordeaux trouvaient en Angleterre, les propriétaires de la région sé mirent à planter activement de la vigne. Le vignoble prit une extension considérable autour de la ville et au delà. M. Jean Barennes, archiviste-paléographe, nous apprend qu’une bonne partie de ce qui est aujourd’hui la ville de Bordeaux était plantée en vignes, au x1v® siècle 3, par exemple, l'emplacement occupé aujourd'hui par les allées de Tourny et la rue Fondaudège. On trouvait encore des vignobles tout autour des ruines romaines du Palais-Gallien, à la Croix-de-Seguey; les pentes du mont Judai-
1. Jean Barennes, Vificulture et vinification en Bordelais au Moyen-A ge. Bordeaux, 1912.