‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 18 sur 72 · Archives de la Gironde, C · texte numérisé non relu

Archives de la Gironde, C

2. G. Dupont-Ferrier, Les offices royaux des baïillages ou sénéchaussées à la fin du Moyen-Age, D. 14.

3. Brutails, Rapport à la Commission d'enquête pour la délimitation de la région « Bordeaux ». Bordeaux, 1909, p. 17.

Selon M. Brutails, la sénéchaussée correspondait au diocèse. M. le Dr G. Martin! tire, au contraire, d’un historique sur les vins de Langon, cette conclusion que les expressions «diocèse de Bordeaux, » «sénéchaussée de Guyenne » et «pays bordelois » ne sont nullement synonymes. Les trois paroisses du Langonnais (Saint- Gervais, Saint-Pey-de-Mons et Toulenne) relevaient de la sénéchaussée de Bazas, mais les deux premières seules de l’évêché du même nom; Toulenne dépendait de Bordeaux au point de vue ecclésiastique. « Pour ce motif, dit M. G. Martin, elle était considérée comme du Bordelais. » C’est grâce à l’intervention du duc d'Épernon, très influent à la cour du roi Henri IV, que Langon fut rattachée à la sénéchaussée de Guyenne à la suite d’un procès commencé en 1600 (arrêt du r4 juin 1612). Contrairement à l'affirmation de M. Brutails, il pense que Blaignac fut placée dans le Bordelais par l'arrêt du 14 avril 1615, mais ne cessa pas d’appartenir à la sénéchaussée de Bazas. L’inverse se produisait ailleurs, par exemple dans le Blayais qui «bien qu’étant de la sénéchaussée de Guienne ne faisait pas partie du pays bordelais ».

La frontière approximative de la sénéchaussée Diiles de nous est indiquée par M. Brutails?. « Cette limite englobait le Médoc et descendait jusqu’à Biscarrosse et Parentis; elle englobait Belin, passait entre Saint-Magne et Hostens, entre Budos et Prigue, entre Villandraut et Uzeste, entre Leogeats et Roäillan, entre Sauternes et Fargues, empiétait sur le Bazadais pour comprendre Toulenne, Langon et Saïint-Pierre-de-Mons d’un autre côté. La limite suivait la Garonne jusqu'à Saint-Martin-de-Cescas, englobait Verdelais, Saint-André-du-Bois, Saint-Laurent, Saint-Martial, Saint-Félix, Castelvieil, Coirac et Saint-Genis-du-Bois, ressautait vers l’ouest en englobant Cantois-Lados et Bellebat, remontait au nord jusqu’à Grézillac; là, elle remontait la Dordogne jusqu’au nord de Cabarra, et à ce point elle coupait la sénéchaussée de Libourne, englobait Vignonet, Saint-Pey-d’Armens, Saint-Hippolyte, Saint-Christophedes-Bardes et Libourne. »

1. Dr G. Martin, Les crus des Graves, de Langon et de Barsac. Bordeaux,

2. Brutails, Rapport de la Sous-Commission de délimitation des vins de Bordeaux, p. 5.

De quelle nature étaient les avantages concédés aux Bordelais par les rois d'Angleterre? Les uns et les autres, nous l’allons voir, consistaient en véritables privilèges au profit des viticulteurs bordelais.

Une barrière existait entre la sénéchaussée de Guyenne et le Haut-Pays pour interdire toute concurrence.

Au xve siècle, ces privilèges furent confirmés par Charles VII (20 juin 1451) à titre de récompense : la capitulation de Bordeaux avait été obtenue sans coup férir.

Mais la révolte de 1452 eut comme conséquence les lettres patentes du 11 avril 1454 qui enlevaient aux Bordelais une partie de ces avantages. |

Louis XI qui favorisa beaucoup le commerce de Bordeaux et surtout l'exportation de ses vins, rendit aux Bordelais tous leurs privilèges (lettres palentes mars 1462 cé juillet, 1463) tels qu'ils existaient lors de la domination anglaise.

Louis... voulons que pareillement les vins du dict hault-païs ne. pourront estre admenez ne descenduz au dessoubs la dicte ville de Sainct- Macaire jusques après le jour de la dicte feste de Noël, ny mys en la dicte ville, ne aussi venduz en détail, selon le contenu de leurs dictz anciens privillieiges.. car les Bordelois «ont humblement remonstré le bon vouloir et ferme propos qu'ils ont de demourer à jamais noz bons, vraiz et loyaulx subjectz.

« Charles VII avait traité les Bordelais en Anglais, écrit M. Jullian dans sa très remarquable Histoire de Bordeaux; Louis XI les traita en amis. » |

. Dans le même sens, nous trouvons plusieurs lettres-patentes de Charles VIII et Henri IT.

Lettres patentes du roi Charles VIII, données à Bordeaux, le 13 mars 1486 (extrait). à

Charles. pour ces causes et autres à ce... commandons et expressément enjoignons que les supplians vous entretenies et gardies en leurs dites franchises et privilèges, jouissances et usances dessus dites, touchant à la descente desdits vins du haut-païs, selon la forme et teneur du privilège donné par notre dit feu seigneur et père.

Lettres patentes du roi Henri II, du 2 août 1550.

Item, que le vin qui se cueillera au-dessus de la ville de Saint-Macaire ne pourra estre descendu au devant de la dite ville de Bourdeaux, jusques après le jour et feste de Noël, Et ne pourra ledit vin, pour quel occasion que ce soit, entrer et estre mis en ladite ville.

Les vins de Saint-Macaire et au-dessus sont indifféremment désignés sous le nom de vins du Haut-Pays ou « vins des pays rebelles »; c'étaient les pays qui n'avaient pas voulu accepter jadis la domination anglaise et s'étaient révoltés.

Henri II lui-même supprima pendant deux ans, pour des motifs d'ordre politique, les privilèges des Bordelais (de 1548 à 1550). Mais les lettres patentes d'août 1550 restèrent en vigueur jusqu'au fameux édit d'avril 1776 qui voulut établir la liberté du commerce des vins.

Au Moyen-Age, dans le Sud-Ouest de la France, chaque région viticole constituait une « vinée » à l’intérieur de laquelle ne pouvaient être consommés que les vins du cru : la vente et la consommation des vins étrangers y étaient interdites; seuls les vins de la vinée entraient librement dans les villes. Chaque année, les propriétaires de la vinée devaient faire une déclaration de récolte pour les vins recueillis sur ce territoire; on leur délivrait des billets d’entrée pour là quantité correspondante de barriques. Cette règle n'était pas spéciale au Sud-Ouest; on pourrait citer des exemples analogues dans d’autres régions viticoles de la France et en particulier dans le Midi. Une charte de la reine Jeanne I (1376) interdit à Tarascon la consommation d’autres vins que ceux du cru.

La sénéchaussée de Guyenne jouissait en outre de deux privilèges extrêmement importants dont elle‘ a profité jusqu’à la Révolution de 1789 : le privilège de la descente et le privilège de la barrique.

Le premier assurait un monopole de vente aux vins de la sénéchaussée pendant une certaine époque de l’année, détruisant ainsi toute possibilité de concurrence. Le second avait plutôt pour but d'empêcher la confusion de ces vins avec ceux du Haut-Pays et constituait une sorte de marqué d’origine; mais nous allons voir qu'il tendait lui aussi à mettre le commerce d’exportation des vins étrangers dans une situation précaire vis-à-vis du commerce des vins bordelais.

CPE

À. Privilège de la descente.

Le commerce des vins s’effectuait presque exclusivement par les rivières. Le port de Bordeaux expédiait beaucoup de vins à l’étranger, surtout en Angleterre et en Hollande. Les vins du Languedoc ne pouvaient pas venir à Bordeaux pour s’y embarquer à destination de l'étranger avant la Saint-Martin (11 novembre) et ceux de la Haute-Guyenne, de l’Agenais et du Quercy avant la Noël.

«Les vins de Gaillac et de Rabastens arrivaient à la fête de Saint-André (30 novembre), mais devaient rester en entrepôt jusqu’à la Noël, époque fixée pour leur vente. Cependant, une transaction était intervenue, le 2 décembre 1500, entre la ville de Bordeaux et les députés du Languedoc permettant la vente et le chargement de ces vins entreposés aux Chartrons. avant la Noël, “mais à la condition absolue de ne pas les expédier sur l'Angleterre 1 ». Cette dernière restriction s’expliquait par le désir des Bordelais d’écarter toute concurrence dans leur commerce avec l'Angleterre qui, nous l'avons vu, était leur meilleur client.

Les lettres patentes du oi Louis XI (mars 1461), précédemment citées, empêchaient les vins du Haut-Pays de descendre en aval de Saïnt-Macaire jusqu’à la fête de Noël. Quand les vins du Haut arrivaient à Bordeaux, ils étaient obligatoirement entreposés dans le quartier des «Chartrons» et dans des chais distincts de ceux utilisés pour les vins de la sénéchaussée.

Aiïnsi, un monopole exclusif de vente existait en faveur d2s Bordelais à l'encontre des vins du Haut, de l’époque des vendanges à la Noël. |

« Les vins de l’Entre-deux-Mers, d’une partie du Périgord et du Blayais ne pouvaient arriver au port de Bordeaux qu'après la Saint- Martin (11 novembre) ? ». Ils étaient par conséquent assimilés aux vins du Languedoc et bénéficiaient d’un léger avantage sur les vins du « Haut »; peut-être leur donnait-on ce régime de faveur parce

1, Syndicat du Commerce en gros des vins, cidres, spiritueux et liqueurs de France : Les délimitations viticoles : 1° en Guyenne du x111e au xvrie siècle; 2° dans divers vignobles depuis la loi du 5 août 1008, page 4.

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