‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 19 sur 72 · Syndicat national du Commerce en gros, op. cit, D · texte numérisé non relu

Syndicat national du Commerce en gros, op. cit, D

qu’ils étaient moins demandés que tels et tels vins du Bergeracois, par exemple; car, il ne faut pas l'oublier, la valeur des vins n’était nullement prise en considération quand on accordait des privilèges à une région déterminée. « Il s'agissait si bien d’un privilège sans rapport avec la qualité des vins, écrit M. Brutails, qu'en 1520 ou 1521 on assimilait aux vins de la sénéchaussée des vins recueillis en dehors de cette circonscription sur les propriétés des bourgeois de Bordeaux 1. »

Les vins du Blayais paraissent ainsi avoir été mis en dehors du Bordelais : M. le Dr Martin l’affirme. Quant à M. Brutails, il est d’un avis différent, tout au moins en ce qui concerne une partie du Blayais. « Je ne pense pas, dit-il, que Saint-Georges, Montagne, Néac, Lalande, Les Billaux, Saint-Denis-de-Piles et Sablons fussent du pays privilégié, mais Fronsac, Saiïllans, Villegouge, Galgon, Bonzac, Saint-Martin-de-Laye, Guitres, Abzac, Coutras étaient de la sénéchaussée privilégiée dont la frontière suit le cours de l'Isle jusqu’à Saint-Antoine et laissait en dedans Saint-Christophe, Les Églisottes, Chamadelle, Lagorce, Lapouyade, Laruscade et Saint- Savin-de-Blaye. Car le Blayais était rattaché au Bordelais, au moins jusqu’à la hauteur de l’estey de Freneau, à l’ouest-nord-ouest d’Anglade?, » '

Lorsque s’est agitée, à la suite de la loi du 5 août 1908, la question de savoir quelle région avait droit à l’appellation « Bordeaux » en vertu des usages locaux, loyaux et constants, une discussion fort instructive s’éleva entre les archivistes des trois départements intéressés, Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, ces deux derniers s’efforçant de démontrer que les vins de leur circonscription — ou tout au moins d’une partie de cette circonscription — avaient bénéficié d'un régime de faveur, tant au point de vue du droit de descente qu’en ce qui concerne le privilège de la barrique.

Les défenseurs de la Dordogne, MM. Auguste Dumas (archiviste départemental, aujourd’hui professeur à la Faculté de droit d’Aix)?,

1. Brutails, Rapport à la Commission d'enquête pour la délimitation de la région « Bordeaux ».

2. Brutaïls, Rapport de la Sous-Commission de délimitation des vins de Bordeaux, p. 5.

3. Auguste Dumas et Henry Verdié, Le département de la Dordogne et la délimitation de la région des vins de Bordeaux.

et Henry Verdié, professeur d'agriculture à Périgueux, ont présenté un rapport qui renferme des aperçus historiques intéressants mais dont nous ne pouvons approuver toutes les conclusions; ils ont été les excellents avocats d’une cause diffcile. Comme ils le font très justement remarquer d’ailleurs, leur tâche était fort ingrate par ce fait que «les documents abondent concernant les privilèges et qu'au contraire les archives sont très pauvres quand il s’agit d'étudier les usages non consacrés par des privilèges ». Ils se sont efforcés de démontrer que « dès une époque ancienne, les vins de Bergerac et de la Nouvelle-Conguête ont tendu, en dépit des efforts de Bordeaux et de ses filleules, à se rapprocher du régime applicable aux vins de Bordeaux et ont réussi sur plus d’un point à battre en brèche ces fameux privilèges que d’autres vins subissaient dans toute leur rigueur ». \

Qu'était-ce donc que cette «Nouvelle-Conquête»? D’après MM. A. Dumas et Verdié, il faut entendre par là le petit pays qui s’étendait sur les deux rives de la Dordogne et dont Sainte-Foy-la-Grande — aujourd'hui chef-lieu de canton de la Gironde — était la capitale. Il comprenait un ensemble de communautés qui avaient obtenu individuellement des avantages particuliers pour l'entrée de leurs marchandises à Bordeaux, à la suite d’une série d'accords conclus au début du xvIe siècle et conçus en termes identiques [accords avec Gensac (30 avril 1502), avec Sainte- Foy (24 juillet 1503)] 1. La liste de ces communautés a varié parallèlement à celle des pays privilégiés.

Au xvie siècle, le Laure des Statuts de Bordeaux (1541) parle des «manants et habitans de Pujols, Rauzan, Pellegrue, Sauveterre, Castillon, Montravel, Sainte-Foy, Gensac et autres païs de la Nouvelle-Conquête », mais cette liste non limitative est par suite assez imprécise. MM. Dumas et Verdié n'hésitent pas à y comprendre «au moins à cette époque », Le Fleix et Langon. M. Brutails ? insiste sur ce point qu'il est très difficile, sinon impossible, de délimiter ce «mystérieux pays ». «On ne sait même pas, dit-il, si, au sud de la Dordogne, la Nouvelle-Conquête était contiguë à la sénéchaussée. Vers l’est, la Nouvelle-Conquête n'arrivait pas jusqu’à Bergerac : .

1. Guinodie, Histoire de Libourne, t. II, p. 455 et 458. 2. Brutaiïls, Examen critique de la thèse de la Dordogne, 1910, p. 9.

quant à dire où elle s’arrêtait, c’est chose impossible. Du côté nord, nul ne peut énumérer quelles paroisses elle comprenait; de même, au midi... »

MM. Dumas et Verdié pensent que Pellegrue et Sauveterre ne faisaient plus partie du pays de Nouvelle-Conquête au début du xvIIe siècle, car on ne les voit pas figurer dans un procès soutenu à cette époque par la Nouvelle-Conquête. M. Brutails ne trouve pas cette raison suffisante.

Un mémoire rédigé en 1773 pour lutter contre les prétentions de la sénéchaussée de Guyenne comprend dans le pays de Nouvelle- Conquête les juridictions suivantes : « Sainte-Foy, Pujols, Rozan, Gensac, Civrac, Montravel, Gurçon, Le Fleix, Montazeau, Ponchapt, Théobon, Puychagut, Villeneuve et Duras.» Fronsac et Coutras, qui avaient certainement appartenu à la Nouvelle-Conquête, ne. figurent pas dans le mémoire. Inversement, la juridiction de Duras en fait partie depuis peu (lettres patentes accordées au duc de Duras en 16617).

À l'avènement de Louis XVI, le pays de Nouvelle-Conquête comprenait : sur la rive droite de la Dordogne, les juridictions du Fleix, Ponchapt, Montazeau, Gurson et Montravel (actuellement dans le département de la Dordogne); sur la rive gauche de la Dordogne, les juridictions de Sainte-Foy, Gensac, Civrac, Rauzan, Pujols (département de la Gironde); celles de Théoban, Puychagut, Villeneuve et Duras (département du Lot-et-Garonne) 1.

Bergerac fut, dès la fin du xve siècle, le centre d’une vinée importante qui groupait autour d’elle plusieurs juridictions voisines: elles avaient réussi, selon MM. Dumas et Verdié, à se faire accorder le bénéfice, des avantages obtenus par Bergerac contre le pays bordelais. On les appelait à Bergerac les «juridictions de la descente » : La Force, Issigeac, Labarde, Gardonné et Puiguilhem avaient ainsi le droit de descente en tout temps.

Le roi Édouard III avait jadis accordé aux Libournais que les vins du pays en amont (aussi bien Saint-Émilion, Castillon que Bergerac et Sainte-Foy) ne ‘descendraient pas la Dordogne avant la Saint-Martin. Mais une transaction intervint, à Sainte-Foy, le

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