‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 20 sur 72 · Dumas et Verdié, op. cit · texte numérisé non relu

Dumas et Verdié, op. cit

- ÿ / ‘ PROTECTION DES VINS DE BORDEAUX SOUS L'ANCIEN RÉGIME 47

17 avril 1508, entre les délégués de Libourne et ceux de Bergerac; elle reconnaissait à Bergerac le droit de descendre ses vins «en tous temps et saison devant À ville de Libourne ».

Une lutte éclata alors entre Bordeaux et Bergerac. Une enquête fut ordonnée par le roi. Bergerac affirmait la possession constante du droit de descente par la Dordogne en tout temps et alléguait à l'appui de sa thèse les dépenses considérables qu’elle avait faites

- pour rendre la rivière navigable. Des lettres patentes de François [er (Août 1520), reconnurent le droit de Bergerac et des pays de Nouvelle-Conquête « de descendre en toute saison », en évitant de laisser passer des vins du Haut-Pays. Le Parlement refusa d'enregistrer ces lettres patentes.

… Une Commission du Conseil du 22 août 1558 reconnut de nouveau le droit de Bergerac et interdit au Parlement de connaître de l’affaire.

Bordeaux n'accepta pas cette décision. Les discussions continuè-

rent pendant tout.le cours du xvrir® siècle.

M. Brutails, s'appuyant sur le même texte : que MM. Dumas et Verdié, pense que les vins de Bergerac n'étaient pas admis dans tous les ports de la sénéchaussée indistinctement; que seuls les ports de la Dordogne et de la Gironde leur étaient ouverts, nullement ceux de la Garonne.

Il cite à son tour des textes du xvIre et du xvirIe siècle qui placent Bergerac dans le Haut-Pays. M. le Dr G. Martin partage cet avis et estime qu'il y avait un Haut-Pays sur la Dordogne comme sur la Garonne.

A la vérité, les textes invoqués par MM. Brutails et Martin ne - nous paraissent pas entièrement concluants. Le premier de ces deux auteurs se réfère à un in-folio que possède la Bibliothèque de la Faculté des Lettres de Bordeaux, Etat des droils qui se percoivent aux bureaux d'entrée et de sortie à Bordeaux: aux pages 278, 270, le «vin de Bergerac est visé comime vin de haut ». Le texte est assez clair, nous devons le reconnaître, mais il est regrettable que cet

Las Mener et conduire en tous temps et saisons, tant en montant qu’en descendant, leurs bleds, vins, poissons, fers et toutes autres marchandises par lad. tivière de Dordoigne aux ports des villes de Libourne, Bourg, Blaye et autres situés sur lad. rivière. » (Arrêt du Conseil de 1604, publié par M. Jouanel, Les vins de Bergerac et la délimitation de la végion des vins de Bordeaux, p. 24)

ouvrage ne porte aucune indication de date. De nombreux documents semblent, au contraire, démontrer que les vins de Bergerac sans bénéficier de tous les avantages des vins de la sénéchaussée privilégiée, ont eu un régime différent de ceux du Haut-Pays. Les Statuts de la ville de Bordeaux, rédigés au xvit siècle, distinguent deux catégories de «vins prohibés »:

1° Les vins du Haut-Pays, outre ceux de la Chalosse et de l’Armagnac, tous ceux qui avaient «cru par dessus Sainte-Croix-du- Mont et Saint-Macaire 1 », notamment ceux du Languedoc, du Quercy, de l’Agenais et du Bazadais. Tous ces vins étaient marqués lorsqu'ils arrivaient à Bordeaux pour être mis en entrepôt de la double marque de la ville (ce qui permettait aussi de les distinguer des vins de la sénéchaussée).

2° Les autres vins que du Haut-Pays; c’étaient les vins du pays de Nouvelle Conquête (La Mothe-Montravel et Sainte-Foy, les vins de la châtellenie de Montcuq ou de Bergerac ?.)

En sens inverse, M. le Dr G. Martin cite ce document qui émane des anciens et nouveaux statuts de la ville de Bordeaux (16617, p. 196)

«Les vins du creu de Saint-Seurin-de-Mortaigne, Tallemont, Royan, Berne, Montcuq, Bellot et autres lieux au-dessus de la ville de Sainte-Foy-la- Grande qui seront menez et conduicts en la dicte ville de Bourdeaus, descendus aux Chartreux, et auparavant que pouvoir estre enchayez, seront marquez sur chacun bout de barrique de la double marque de la dicte ville. Et auparavant qu’estre enchayez, payeront à la dicte ville pour le droict de la dicte double marque, cinq sols bourdelois pour chascun tonneau. »

En réalité, les textes sont difficilement conciliables, car Bordeaux a toujours lutté contre les prétentions de ses voisins; à entendre ceux-ci, leur droit ne fait aucun doute; la sénéchaussée privilégiée, au contraire, se refuse à le reconnaître; d’où les contradictions que nous relevons sans cesse.

La jurisprudence du Parlement de Guyenne, qui fut toujours très favorable aux Bordelais, s’efforça en toutes circonstances de traiter Bergerac et la Nouvelle-Conquête comme étant du Haut-Pays. Le pouvoir royal approuva cette jurisprudence. Une lettre patente

1. Anciens et nouveaux Statuts de Bordeaux, éd. 1707, p. 193. z. Dumas et Verdié, op. cit., p. 90 à 90.

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d'Henri IIT (17 janvier 1585), citée par M. Brutails, est particulières ment significative à cet égard.

… Nous suppliant et requérant... ordonner que les dits vins du haut païs tant d’Agenois, Basadois que Périgord, ne pourront être descendus par lad. rivière de Dordogne plus bas que la ville de Libourne auparavant le jour... de Noël.

Les Jurats de Libourne et de Bordeaux se sont efforcés d'étendre à Bergerac et à la Nouvelle-Conquête le régime applicable aux vins du Haut, et le Parlement les a puissamment aidés dans cette œuvre. |

Mais Bergerac et la Nouvelle-Conquête paraissent n’avoir jamais accepté les décisions judiciaires qui les condamnaient et il nous semble exact de dire avec MM. Dumas et Verdié que leurs vins n’ont jamais été soumis au régime de la descente, que les vins du Bazadais, par exemple, subissaient dans toute leur rigueur.

Les vins du Haut-Pays ne pouvaient s’embarquer pour l'étranger qu'à Bordeaux; ils étaient entreposés aux Chartrons et s'ils n’étaient pas exportés, ils devaient après le 8 septembre, c’est-à-dire à l’époque de la nouvelle récolte, être retournés dans leur pays d’origine ou convertis en eaux-de-vie.

Les vins de la Nouvelle-Conquête pouvaient s'embarquer à Libourne ou à Bordeaux. Dans cette dernière ville ils étaient enchayés non pas aux Chartrons, mais dans les faubourgs anciens compris dans l’enceinte dès le xvre siècle et partout ailleurs dans la banlieue. Les vins de Bergerac eurent pendant un temps accès dans ces faubourgs anciens; mais ils s’en virent ensuite interdire l'entrée ainsi que tous les vins en dessus de Sainte-Foy, vers le milieu du xvi® siècle. En 1512, une révolte avait éclaté à Bordeaux, le duc de Longueville, comte de Dunois, lieutenant-général du roi en Guyenne, ayant, au mépris des règlements fait entrer dans la ville des vins du Haut-Pays, «tant le peuple estoit désireux de maintenir ses privilèges et libertez ! ». Le contrôle de Bordeaux était facile sur ce point ; aussi Bergerac resta soumis à l’obligation de déposer ses vins aux Chartrons ainsi que le Haut-Pays.

Dans les ports de la Dordogne et de la Gironde, au contraire, il

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