Livre des Bouillons, fol. 110 et 111 vo, n
n'y avait pas d’entrepôts spéciaux pour les vins étrangers. Plus tard, un arrêt du 23 mai 1765 ordonna d'établir à Libourne un entrepôt pour y loger les «vins descendus d’au dessus de Coutras sur l’Isle et de Castillon sur la Dordogne ».
L'important édit d'avril 1776. sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, supprima les entrepôts de Bordeaux et de Libourne. ‘Celui de Bordeaux devait d’ailleurs renaître quelques mois après (24 novembre 1776), mais celui de Libourne avait disparu à jamais.
Le privilège de la descente, sans se rattacher directement à l'idée de protection de la marque d’origine, aboutissait cependant à
l’authentification à peu près absolue. des vins de la sénéchaussée pendant une période de l’année.
B. Privilège de la barrique.
Les vins de la sénéchaussée privilégiée ou vins de ville (ces expressions sont synonymes) avaient droit à une barrique de forme et de dimensions spéciales qui devait les différencier des vins étrangers. Nous trouvons ici la première manifestation de la protection des appellations de provenance en matière vinicole; il s'agissait bien d’une véritable marque d’origine. D'autres villes ont eu elles aussi une barrique spéciale.
La barrique bordelaise a varié suivant les époques dans sa jauge et aussi dans certains détails de fabrication. Mais à part deux très courtes périodes, en 1558 où les privilèges de Bordeaux furent supprimés pendant quelques mois et en 1776 (d'avril à novembre), la sénéchaussée a bénéficié pendant des siècles de l'usage exclusif de la barrique bordelaise. Les textes qui relatent ce droit, sont extrêmement nombreux. M. Brutails en donne une longue énumération dans son rapport à la Commission d'enquête pour la délimitation de la région « Bordeaux ». Le premier en date remonte au 24 mai 1475; il y est question de vente de pipes neuves «de la mesure de Bordeaux, couvertes d’aulan ». Un arrêt du Parlement (27 octobre 15095) autorise les Jurats de Castillon à saisir les vins de haut dont la descente est prohibée et qui sont logés dans des barriques de jauge bordelaise; un autre arrêt du 14 février 1507 autorise l'usage de la barrique bordelaise au profit des seuls habi-
tants de la sénéchaussée, à l'exclusion des gens de Bazas, La Réole, Marmande, Bergerac, Sainte-Foy, etc.
L'usage d’une barrique spéciale destinée à empêcher la confusion entre les vins de la sénéchaussée et les vins étrangers, revêtit par la suite un autre caractère : les Bordelais voulurent en tirer parti pour se constituer un véritable privilège à l'encontre des pays voisins dans leur commerce d'exportation. Leur procédé consista à augmenter la jauge de leur barrique en empêchant les concurrents de suivre cet exemple et de se servir pour le cerclage, des bois les plus résistants, en leur imposant les plus mauvais. Ceci ne se fit pas sans luttes violentes, surtout de la part de Sainte-Foy, Domme et Bergerac. Marmande et Agen furent, dit M. Brutails, des adversaires négligeables.
En 1539, la barrique de Bergerac contenait de 92 à 96 pots !; elle passa à 100 bien avant la fin du siècle?». Bordeaux, dès le début du xvrr® siècle, émit la prétention de réduire cette jauge à 05 pots; mais Bergerac triompha et garda sa jauge de 100 pots.
Bordeaux avait, à cette époque, la barrique de 106 pots et la différence ne lui paraissait pas suffisante. Presque toujours, le fret était le même pour les barriques, quelle que fût leur jauge; la sénéchaussée privilégiée avait donc un intérêt pécuniaire très appréciable à posséder les futailles les plus grandes et à réduire le plus possible celles de ses adversaires. |
D'autre part, dans certains pays, comme l’Angleterre, les droits à l'importation étaient si élevés que les acheteurs ne voulaient pas des vins logés dans des barriques trop petites.
Les vins non privilégiés payaient à la Ferme, par tonneau 30 livres de 4 barriques, de plus que les vins de la sénéchaussée.
Bordeaux s’efforça aussi d’obliger ses voisins à employer des cerclages insuffisamment résistants pour des voyages de longue durée. Ainsi, elle voulut empêcher Bergerac de cercler ses barriques avec du châtaignier et cette prétention était d'autant plus exorbitante que le châtaignier dont elle se servait, venait précisément
1. 1 pot — 2 pintes — 1 litre 862; 1 pinte — 2 chopines = 0 litre 93.