C. Jullian, Hisioire de Bordeaux
privilégiée sous le vocable «vins de Bordeaux ». Sans remonter à Ausone, il est facile de prouver par de nombreux exemples que cette affirmation est absolument erronée. Il est vrai qu’au x1ve siècle, les marchands de Bordeaux vendaient indifféremment à Londres, sous le nom de « vins de Gascogne » ou vins de Bordeaux les produits des vignobles du Bordelais et du Haut-Pays 1. Mais on pourrait multiplier les citations établissant l'existence de la région viticole du « Bordelais » au cours des xvire et xvirre siècles.
Tous les rois avaient « cogneu à l’œil l'infertilité du pays bourdellois, auquel ne croissoient aucuns fruitz que quelques vins dont les habitans faisoient argent pour faire leurs provisions de bledz?.
L'article 4 des Privilèges de la « Prevosté de Barsac» (texte rédigé en 1613), dit que les habitants de la prévôté qui possèdent des vignobles «hors ladite prévosté.. en Bourdellois...» pourront faire rentrer dans la prévôté les provisions qui leur sont nécessaires ?.
Un arrêt de la Cour ne Aides, du 5 septembre 1713, « fait inhibitions et défenses aux habitants des 4 paroisses de Preignac, Barsac,
Bommes et Sauternes de s’entre-communiquer les vins et vendanges
d’une paroisse à l’autre, sous prétexte de la permission portée par led. arrest; avec pareilles inhibitions et RO tous autres habitans des paroisses du Bordelais » 4.
Pays bordelais était synonyme de pays du du vin privilégié.
Dans la Commission d’ enquête pour la délimitation de la région Bordeaux, M. Brutails a consacré un paragraphe à cette question de l'appellation des vins de Bordeaux, au xvirie siècle ; il cite-un certain nombre de textes qui établissent bien que ces vins étaient indifféremment appelés « vins de ville » ou «vins de Bordeaux». La première dénomination tenait à ce que ces vins rentrant librement dans la ville, fournissaient à sa consommation courante. Les docu- : ments abondent qui opposent le vin du Haut-Pays au vin de ville. Mais M. Brutails s'attache plutôt à prouver que l'expression «vins
Malvezin, Histoire du commerce de Bordeaux, t. T, p. 322. Livre des Privilèges, p. 68.
Aychives historiques de la Gironde, t. XXIV, p. 58.
Arch. mun. de Bordeaux, carton 45.