‹ De la Protection des Appellations d'Origine en Matière VinicoleChapitre 7 sur 72 · Vidal de la Blache, La France (Hachette · texte numérisé non relu

Vidal de la Blache, La France (Hachette

moyens employés pour combattre cette fraude spéciale qui a causé un si grand préjudice dans les pays producteurs des vins les plus célèbres, Bordeaux, Bourgogne, Champagne, etc.: la #romperre sur l'origine. La protection des vins de « Bordeaux » retiendra particulièrement notre attention : elle offre certainement l’exemple le plus saisissant en la matière et présente un grand intérêt au point de vue historique. Mais il ne nous sera pas possible de limiter notre travail à la seule région bordelaise; les autres régions nous fourniront souvent d'excellentes réflexions et nous verrons les mêmes désirs se faire jour dans les différents centres viticoles au moment de l'élaboration d’une législation nouvelle.

«En dépit du nom générique de «vins de Bordeaux», écrit M. Ardouin-Dumazet dans son Voyage en France 1, et des efforts plutôt regrettables du commerce pour ramener le goût, le parfum, le bouquet, l’astringence à un type immuable, rien n’est plus varié que les produits de ce pays béni des dieux, comme disaient nos pères. » Il est vrai de dire que les vins de Bordeaux se présentent sous des formes très diverses et très spéciales. Mais la formule de l'éminent géographe, outre qu'elle donne sur le rôle du commerce bordelais une appréciation tout à fait inexacte, débute par une erreur certainement involontaire qu'il importe de signaler. Elle confond deux choses bien différentes et sur lesquelles nous aurons maintes fois l’occasion de revenir :les appellations génériques et les appellations d’origine. I] y a des dénominations qui, nous l’avons dit, rappellent le procédé de fabrication ou un mode de culture et qui n'impliquent aucunement une question d’origine. La guerre n’a pas privé nos marchés des «choux de Bruxelles » qui se cultivent partout, — sauf peut-être à Bruxelles, — et il a été facile de débaptiser l’eau de Cologne et de l'appeler, par exemple, «eau de Louvain» pour satisfaire aux convenances patriotiques, sans que les amateurs de ce produit aient eu à en souffrir. Ce ne sont pas là, en effet, des appellations d'origine, au sens juridique de l'expression. Mais quand il s’agit des vins de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne, des eaux-de-vie de Cognac, les noms de Bordeaux, Bour-

1. Ardouin-Dumazet, Voyage en France : Sud-Ouest, Bordelais et Périgord (1903).

gogne, Champagne, Cognac doivent être considérés comme évoquant une idée d’origine réelle qui est la cause « déterminante » du contrat, celle que l'acheteur a eue en vue quand il ‘a accepté le prix plus élevé du produit.

Qu'entend-on d’abord par «région bordelaise» ? Le décret du 18 février 1911 répond à cette question : les vins de Bordeaux sont ceux récoltés sur le territoire du département de la Gironde, la région landaise exceptée. Ce décret exclut du droit à l'appellation «Bordeaux » un certain nombre de communes de deux départements limitrophes : La Dordogne et le Lot-et-Garonne, admises au bénéfice de cette dénomination par un décret du 2 août 1909. Nous examinerons plus tard la valeur de la décision du Conseil d’État, mais nous ne pouvions moins faire que de la signaler à cette place pour la clarté des explications qui vont suivre.

Le département de la Gironde comprenait en 1914 une superficie de 134,957 hectares plantés en vignes; nous pouvons sur ce point faire la même constatation que pour l’ensemble du vignoble français : la plantation tend à diminuer.

En 1904, la plantation girondine était de 140,586 hectares, elle a même atteint 142,213 hectares en 1907. La décroissance est donc assez sensible et mérite d’être notée.

La production a subi des variations très appréciables; sans remonter à la période phylloxérique, on constate depuis 1900 d'importantes fluctuations : des années comme 1910 et 1915, cette dernière surtout où le million d’hectolitres a été à peine dépassé (1,134,345 hectolitres), à côté d'années de grande production comme 1907 et 1914 (plus de 5 millions d’hectolitres).

« La Gironde, dit le D' Jules Guyot, dans ses études sur les vignobles de France, est depuis longtemps le premier département viticole de France, moins encore par l'étendue de ses vigno bles que pour la variété et la perfection de ses cultures, pour la bonne confection de ses vins, pour leur caractère et leurs qualités remarquables, pour le bas prix de leurs qualités inféræures et la valeur énorme de leurs qualités supérieures, enfin pour le vaste commerce de vins à l’intérieur et à l'extérieur de la France. » |

Le département de la Gironde produit beaucoup moins que le département de l'Hérault, par exemple, surtout quand on consi-

dère le chiffre de la superficie plantée en vignes : dans l'Hérault, on peut prendre comme moyenne de ces dernières années le chiffre de 180,000 hectares, mais la production en hectolitres est très supérieure à celle de la Gironde, ainsi que l'indique le tableau

ci-dessous :

Page 1