REDRESSEMENT DES NEZ APLATIS
Quand il s'agit de nez aplati, le redressement ne peut guère s'obtenir que par des appareils à cause de la distance qui sépare le plancher des fosses nasales des os propres du nez. Il n'est donc pas étonnant que ceux qui ont été tentés avec des tiges de laminaria n'aient pas donné de bons résultats. La laminaria en effet peut bien agir sur les bords des narines, mais elle ne peut redresser la totalité du nez, qui en somme forme une cavité triangulaire assez étendue dans laquelle le corps dilatant que nous venons de signaler se perd et ne peut exercer efficacement son action.
Dans certains cas, mAme les appareils que nous venons (le décrire ne peuvent pas s'appliquer. Nous avons alors, dans ces circonstances, imaginé un système redresseur très léger, ne gênant pas la respiration, tout en ayant assez d'étendue et de force pour remplir les conditions voulues. Nous avons placé cet appareil plusieurs fois et toujours il nous a donné des résultats satisfaisants. En voici la description : une première pièce en caoutchouc
Fig. 159.
durci {fig. 159) vient se mouler sur la partie supérieure de la lèvre, et la partie inférieure du nez. A sa partie centrale se trouve un petit avancement concave dans lequel vient se loger la sous-cloison. Deux prolongements également en caoutchouc durci et fixés à cette première partie de l'appareil pénétrent dans les narines pour aller prendre un point d'appui sur le plancher nasal ; sur la partie antérieure de ces prolongements et presque à leur naissance, sont fixés deux fils d'or bien écrouis, qui, d'abord tournés en spirale, se dirigent ensuite en haut pour pénétrer dans deux petites languettes de caoutchouc. Les ressorts par les tours de spirale qu'on leur a
donnés ont pour effet de relever les languettes de caout chouc sous une tension régulière et modérée.
Cet appareil n'est applicable que pour les redressements portant sur la partie moyenne du nez.
Quand il s'agit de redresser la partie supérieure des os propres du nez, ou même le nez dans toute son étendue, nous employons l'appareil suivant {fig. 160) qui ne diffère du précédent que par la longueur, la forme et la disposition du ressort; celui-ci pourra être plus ou moins long, ce qui permettra de déterminer le redressement au point précis où siège la déformation.
Fig. 160.
Du reste, en jetant un simple coup d'œil sur la figure ci-dessus on se rend parfaitement compte du fonctionnement de l'appareil.
L'adaptation de ces appareils de redressement est toujours assez facile. Il suffit d'abaisser les ressorts sur les prolongements intra-nasaux. Ils se relèvent d'eux-mêmes dès qu'on les abandonne, en venant soulever la voûte nasale de chaque côté de la cloison, ils en amènent le
redressement par une pression légère et continue, que l'on peut toujours graduer.
Ces appareils n'ont qu'un seul inconvénient : ils sont trop visibles. D'autre part, ce défaut, est encore augmenté, lorsque la tension des ressorts est un peu forte. Dans ce cas, en effet, la partie antéro-inférieure de la pièce bascule et s'écarte de la lèvre qu'elle doit recouvrir.
En outre, dans ce mouvement, le petit avancement concave dans lequel vient se placer la sous-cloison, soulève celle-ci par suite du déplacement subi par l'appareil, et peut avoir une mauvaise influence sur la forme du nez.
Nous avons essayé de corriger de la façon suivante ce défaut, que l'on pourrait dans certains cas utiliser pour donner au lobule une forme plus arrondie.
Toute la partie antérieure de l'appareil qui était si volumineuse, a été remplacée par un fil de huit millimètres très peu visible {fig. 161-162).
Fig. 161 Fig. 162.
Il suit les contours de la partie inférieure du nez et au niveau de chaque orifice nasal, vient se fixer au moyen
d'une charnière aux deux prolongements intra-nasaux. Ceux-ci sont placés un peu plus en arrière que précédemment. Ils sont par le fait de leur fixation au moyen de charnières devenus très mobiles ; aussi le fil qui les réunit doit-il être assez résistant pour les empêcher de se porter au fond des fosses nasales. Ce fil déjà très fin, peut encore être dissimulé si on le recouvre de caoutchouc rose.
11 existe encore une autre déformation du nez qui peut être modifiée ; nous voulons parler de ces nez, presque aussi larges en haut qu'en bas.
Nous avons employé une fois l'appareil que nous allons décrire et en moins d'un an, nous avons obtenu un excellent résultat.
Fig. 163.
La figure 163 nous en montre le dispositif. Deux lames de caoutchouc durci, aussi larges que le comporte l'ouverture des narines, sont reliées entre elles par un ressort qui tend à les rapprocher et dans cette action tendent à pincer la sous-cloison et le vomer sur une partie de leur étendue. Sur le bord supérieur de ces lames et
dans toute loiii' longueur sont ménagés des oridcos cai'rés dans lesquels vient se loger un lîl d'or delà même forme, bien ëcroui. A Textrémité de ces iîls, qui jouent le rôle de ressorts, sont fixées deux plaques en caoutchouc, mou sur leur face interne et dur sur l'externe.
Le fil d'or qui est fixé à la lame du côté droit vient se réunir à la partie centrale de la plaque du côté gauche et inversement pour l'autre.
Cette double tension a pour effet de pincer le nez en bas à sa partie interne et en haut à sa partie externe, ce qui tend à l'amincir.
La forme des plaques externes peut varier à l'infini. On les construit toujours de telle sorte qu'elles s'adaptent parfaitement sur les parois latérales du nez. Cet appareil présente encore cet avantage qu'on peut employer les plaques externes droite ou gauche indistinctement. Supposons, par exemple, que le lobule du nez soit tordu à droite. Nous emploierons toujours les deux lames qui pincent la cloison, puisque, en somme, c'est sur elle que le ressort vient prendre son point d'appui, mais on ne se servira que de la plaque externe gauche qui est reliée par son ressort à la lame interne droite.
A l'aide de ce ressort, la partie inférieure du nez et le lobule sont attirés à gauche par la tension du ressort qui prend son point d'appui sur la partie supéro-externe du nez du même côté. On pourrait également se servir de cet appareil pour faire des tentatives de redressement sur le vomer, lorsqu'il est dévié d'un côté ou de l'autre.
En se rendant bien compte du mécanisme de cet appa-
reil, on voit qu'il peut être utilisé avantageusement dans nombre de circonstances.
Nous représentons {fig. 164) l'appareil en place.
Fig. 164
Au point de vue de son dispositif, il peut varier suivant les cas, mais le principe mécanique reste toujours le même.
Un point capital, sur lequel nous devons encore insister, c'est qu'il faut bien se garder d'exagérer la tension des ressorts. Il faut qu'elle soit réglée méthodiquement. Insignifiante au début, elle devra être augmentée progressivement et lentement parce que les parties molles et la muqueuse nasale s'habituent rapidement au contact de ce corps étranger.
On peut aussi suivant les cas, prendre une partie d'un appareil, la réunir à un autre et par cette substitution
OU une autre addition, on arrive à combattre presque toutes les difformités que peut présenter l'appendice nasal, pourvu que Ton suive les indications précédemment données.
Nous dirons en terminant que nous venons d'en faire l'application sur un malade qu'a bien voulu nous confier le D"" Cazin de Berck-sur-mer.
Il présentait un vaste lupus de la face qui avait envalii complètement le nez, en laissant une surtace cicatricielle.
On voit deux orifices qui sont rétrécis et bordés par un vestige de narines formé de tissu de cicatrice.
Nous lui appliquâmes l'appareil représenté (fig. 165) . Dès les premiers jours il fut très bien supporté et le soulèvement du nez commençait à se dessiner parfaitement.
Fig 165.
Pour accélérer ce redressement nous avons voulu remplacer le ressort existant par un autre plus fort. Dès le lendemain des douleurs se déclaraient et la muqueuse commençait à s'ulcérer. Nous replaçâmes alors le premier ressort et tout rentra dans l'ordre.
Depuis six mois que Tappareil est placé, rien n'est venu interrompre le soulèvement régulier des tissus.
Nous avons cru devoir rapporter cette observation, car elle confirme de tout point ce que nous avions dit précédemment. En effet, bien que nous ayons appliqué des appareils sur des tissus à peine guéris, la tolérance s'est parfaitement établie grâce à la réalisation par nos appareils des conditions que nous avons énumérées.
Pour dissimuler complètement les appareils redresseurs des nez, nous avons songé à utiliser le procédé qui nous a servi à la fixation sans lunettes de nos nez artificiels. Pour cela l'appareil prend un point d'appui sur les dents à l'aide d'une plaque palatine. A celles-ci sont soudées deux tiges qui pénétreront dans les fosses nasales par deux orifices percés dans le repli labio-gingival (fig. 166).
Fig. 166.
Elles seront creusées à leur extrémité d'un trou carré qui aura cinq ou six millimètres de profondeur.
La forme carrée a pour elïet d'empêcher tout mouvement de la part de la petite tige qui doit y être introduite. C'est à celle-ci que l'on soudera les ressorts destinés à maintenir les appareils de redressement.
Ceux-ci pourront varier déforme, mais la tige conservera toujours la même disposition.
Quant aux orifices qui ont été faits aux replis labiogingivaux, ils disparaîtront rapidement dès que la tige qui les traverse aura été supprimée.