CHAPITRE M Diagnostic
Les difficultés que présente le diagnostic de la pseudo-paralysie générale saturnine sont parfois assez grandes ; souvent, en effet, les symptômes que l’on observe ressemblent beaucoup à ceux de la vraie paralysie générale et s’il y a si peu d’observations de pseudo-paralysie, c'est que souvent on s’est cru en présence de vraies paralysies générales. En outre, n'oublions pas que l’on peut observer la démence paralytique ordinaire chez des individus atteints d'intoxication saturnine ; de ce fait qu’un malade présente des accidents saturnins, il ne s'ensuit pas que les symptômes de paralysie générale que l’on pourra observer chez lui sont sous la dépendance de l’intoxication plombique ; en d’autres termes, un saturnin peut très bien avoir comme tout autre individu une vraie paralysie générale sans que l’action du plomb soit à incriminer.
Nous aurons douc d’une part à établir le diagnostic de la pseudo-paralysie générale saturnine avec la vraie paralysie généräle, et d'autre part à indiquer les signes qui permettent de reconnaître la paralysie générale vraie compliquée d’intoxication saturnine.
Enfin nous terminerons ce chapitre en faisant le diagnostic différentiel de la pseudo-paralysie générale saturnine avec les autres pseudo-paralysies générales.
Un premier point qu'il importe de rappeler et qui mettra souvent sur la voie du diagnostic ; c’est que le saturnin atteint de pseudo-paralysie générale offre les symptômes particuliers de l’intoxication saturnine. Nous avons déjà parlé de ces signes dans l'étude symptomatologique que nous avons faite plus haut, mais nous y revenons ici en raison de leur importance
pour le diagnostic. Ces symptômes peuvent se diviser en deux groupes, les uns, d'ordre physique, consistent dans le liséré gingival, la teinte terreuse de la peau, les douleurs abdominales, les vertiges, les crampes, les fourmillements, les névralgies, les anesthésies ou hyperesthésies partielles ; les autres, d'ordre intellectuel, comprennent les hallucinations de la vue, les idées de persécution, les terreurs imaginaires.
Le mode de début est différent, du moins le plus souvent, dans les deux affections. Le début brusque appartient à la pseudo-paralysie générale saturnine ; les attaques épileptiformes que nous avons signalées, ne se rencontrent guère au début de la paralysie générale ordinaire ; quand on les observe, la maladie est déjà avancée dans son évolution.
Quant aux symptômes communs, nous allons voir que le plus souvent il y a des nuances qui permettent de reconnaître que l’on n’est pas en présence d’une vraie paralysie générale. L'inégalité pupillaire, qui existe en moyenne une fois sur trois dans cette dernière, manque souvent chez nos malades; et, quand elle existe elle est moins fugace.
Le tremblement n’est jamais une trémulence générale dans la vraie paralysie générale ; ici, au contraire, il est souvent plus généralisé ; en outre, plus intermittent, il est aussi plus prononcé, plus spasmodique et débute ie plus souvent par les mains. L’embarras de la parole est en général beaucoup plus accentué, surtout au début, au point que l’on a souvent de la peine à comprendre les malades.
Dans une de ses observations, Devouges compare cette prononciation à celle d'une personne qui sort de l’eau en claquant des dents. Les troubles de la sensibilité, rares dans la paralysie générale vraie, sont notés le plus souvent ici, et ils consistent presque uniquement en de l’anesthésie, surtout de l’anesthésie à la douleur.
Dès le début, souvent les phénomènes de paralysie arrivent à leur summum et le plus fréquemment le saturnin à son entrée est gâteux, abruti, Imcapable de se tenir debout.
Dans l'ordre intellectuel, les différences ne manquent pas non plus. Dans la paralysie générale ordinaire les troubles de l'intelligence d’abord peu marqués s’accentuent peu à peu et
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suivent une marche progressive, jusqu'au moment où le malade arrive à la démence. Dans la pseudo-paralysie générale saturnine, cette démence se montre au contraire dès le début de la maladie avec la plus grande intensité. « Comme le dit le professeur Ball, c'est la démence qui semble au premier abord dominer tout l’ensemble de la situation. »
Le délire de la paralysie générale manque souvent ; en tous cas, il est plus effacé, et rarement on rencontre des idées ambitieuses ; les malades paraissent plutôt hébétés, ils restent immobiles, ne paraissant rien comprendre et pouvant à peine dire leur nom.
Enfin on a signalé des différences dans le caractère des malades, « le plus souvent, dit Meyer, le paralytique général vrai est un être doux, bienfaisant, humain, rempli de bonté, toujours soumis et toujours disposé à distribuer au premier venu les titres et les richesses dont il dispose ». Au contraire le saturnin, dès qu'il sort de son abrutissement (et cela se voit principalement quand il va arriver à la période d'amélioration), est grossier, égoïste, méchant.
Telles sont les nuances que l’on observe dans ie divers symptômes communs aux deux maladies; néanmoins souvent le diagnostic reste hésitant, et c’est la marche de l'affection qui vient lever les doutes. En effet comme nous l’avons déjà dit, dans un cas la marche est lente, progressive, et la terminaison fatale est la mort; dans l’autre au contraire, la marche est inverse, et après un ensemble de symptômes très graves qui font craindre parfois une terminaison mortelle, les phénomènes s’amendent et la guérison s'établit, du moins dans la plupart des cas.
Quant au diagnostic, de la pseudo-paralysie générale saturnine avec la vraie paralysie générale survenant chez un saturnin en dehors de l’action du plomb, il n’a souvent pas été fait par les auteurs. Néanmoins avec un peu d'attention on pourra éviter l’erreur.
D'une part en effet le tableau symptomatique se rapprochera bien plus de celui de la vraie paralysie générale que de celui de la pseudo-paralysie, et, d'autre part, la marche des accidents montrera que la paralysie et l’intoxication saturnine sont indépendantes.
En effet, le malade étant soumis à un traitement et étant
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soustrait à l’action toxique du plomb, les symptômes d’intoxication diminueront et disparaitront même, et la paralysie générale suivra sa marche progressive et fatale vers la mort. Dans la pseudo- paralysie générale saturnine, au contraire, les symptômes de la paralysie générale et ceux de l’intoxication s’amendent en même temps et parallèlement. Nous publions ici un cas de vraie paralysie générale survenue chez un saturnin.
Dans cette observation, la marche de la maladie à été lente et graduelle et le malade est arrivé peu à peu au gâtisme.