‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 17 sur 33 · OBSERVATION III (RÉSUMÉE · texte numérisé non relu

OBSERVATION III (RÉSUMÉE

ss) - DEvouGEes. Annales médico-psychologiques, 1857.

Intoxication saturnine. — Symptômes de paralysie see

Le nommé Meunier, âgé de 29 ans, peintre en bâtiments, est entré, Dit ‘la seconde fois, à l’asile de Bicètre, le 19 février 1855.

Il exerce sa profession depuis l'âge de 14 ans, et a toujours manié JE lement le blanc de céruse. |

Sa mère est morte phtisique, à l’âge de 39 ans ; son père et son oncle, -qui exercent la profession de peintres en bâtiments, ont éprouvé quelques coliques, mais ont toujours joui, du reste, d’une bonne santé. On ne trouve chez les grands parents aucune trace de maladies cérébrales. Meunier n’a “pas eu d'enfants, bien qu’il soit marié depuis trois ans. Sa femme nous “affirme que, depuis qu’elle le connaît, elle ne l’a jamais trouvé semblable aux autres hommes ; il avait quelque chose de bizarre dans le caractère ; il était très doux, mais peu communicatif, et passait souvent des heures entières à réfléchir ; il n’avait aucune fermeté dans ses opinions, et, lorsqu'il avait formé un projet, la moindre objection suffisait pour le lui faire abandonner. Lorsqu'il se maria, il avait eu déjà deux fois des coliques, et elles se renouvelèrent souvent depuis.

Deux fois il a eu des étourdissements, dus Dtobablement à une congestion cérébrale, le premier entraîna une chute d’une échelle, et un séjour de quelques semaines à l'hôpital de la Charité ; le second eut lieu pendant un repas, et n’eut pas de suites fâcheuses.

Il y a neuf mois seulement qu’il est complètement malade. Il devint alors très violent; il battait souvent sa femme et ses parents, et, dans ces moments de fureur, son exaltation était telle, qu'il écumait et grinçait des dents. Son caractère sombre s’exagéra encore, il ne parlait plus à personne. Il devint en même temps voleur, et rapportait chez lui tout ce qui lui tombait sous la main; sa femme fut souvent obligée de reporter dans les ateliers où il travaillait des objets qu'il avait soustraits à ses patrons ou à ses camarades; lorsqu’on l'interrogeait sur ces petits larcins, il répondait qu’il ne savait pas ce qu’il avait fait; et cependant sa femme affirme qu’à cette époque sa mémoire était encore intacte, et qu'il se rappelait parfaitement les choses passées.

Des idées de grandeur se manifestèrent ; il formait des projets bien audessus de ses ressources pécuniaires ; il voulait devenir le plus riche entrepreneur de Paris.

Peu à peu il devint très maladroit, au point de ne pouvoir saisir un objet

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sans le laisser tomber; les jambes seules ne paraissaient pas affaiblies.

Il était souvent assoupi, et se plaignait parfois de douleurs très violentes dans la région des reins et dans la tête.

Un tremblement presque continuel occupait tout le corps, et même les lèvres ; sa femme affirme cependant qu’à cette époque sa prononciation n’était pas encore embarrassée.

A la même époque, il fit sur sa femme plusieurs tentatives criminelles ; les deux premières, en versant, dans une fontaine où elle prenait de l’eau, du vert-de-gris et du blanc de céruse; une autre fois, en la poursuivant avec un rasoir; une dernière fois, en lui mettant dans son potage une poudre dont elle ne connaît pas la composition.

Ces tentatives échouërent toutes par suite de la surveillance active que sa femme exereait sur lui ; du reste il semblait agir machinalement et sans volonté bien arrêtée ; et, chaque fois qu’il était découvert, il demandait pardon comme un enfant.

C'est sa manie de voler qui le fit interner une première fois; arrêté pour un léger méfait, et reconnu aliéné, il fut conduit à Bicêtre, où il fit un séjour de deux mois.

Il en sortit à la fin de novembre 1854, mais il était devenu à peu près incapable de travailler; renvoyé de partout, il resta chez lui, et fut pour sa femme un objet de tourment continuel. A partir du début de sa maladie, il était devenu très lubrique, et cette excitation génitale augmenta après son premier séjour à Bicêtre,

À cette époque, il redevint violent, et c’est dans des accès de colère que sa femme s’aperçut pour la première fois que la parole s’embarrassait. Il entra une seconde fois à Bicêtre le 19 février 1855. La lésion de la parole était la suivante : il s’arrêtait tout d’un coup après avoir prononcé plusieurs syllabes, ne pouvait plus rien articuler, se taisait pendant une demi-minute, puis il recommençait à parler ou à lire ; la même chose se répétait jusqu’au moment où il était obligé de s'arrêter complètement.

Le 26 février il est, tout d’un coup, en proie à une agitation extrême; il est au lit, et malgré la camisole qui le retient, il se jette continuellement de côté et d'autre. La face est rouge, le pouls vif et plein ; il vocifère, et est souvent inondé de sueur. Cet état se prolongea plusieurs jours, et les nuits étaient aussi agitées. Le calme ne revint que le 12 mars, après plusieurs applications de ventouses, à la nuque.

Chez lui le délire des grandeurs n’est pas très marqué. Les facultés mentales sont très déprimées, et le malade est presque en démence ; il nous dit les choses les plus absurdes avec un air de profonde conviction. Il parait d'une très grande sensibilité, et pleure à propos de chagrins imaginaires. Dans d’autres moments, au contraire, il paraît d’une indifférence extrème. La mémoire paraît en partie conservée, quoique peu précise.

Sa prononciation présente un cachet assez spécial ; elle est trainante et comme chantonnée ; elle est, du reste, très intelligible, car le malade appuie sur chacune des syllabes, qui se trouvent ainsi séparées par de longs intervalles. Pendant qu’il parle, les lèvres sont agitées de légers mouvements convulsifs qui exagèrent les plis naso-labiaux ; elles sont alternativement serrées contre les arcades dentaires, et projetées en avant.

Le corps estle siège d'un tremblement manifeste dans sa totalité quand le malade marche, dans un membre seulement, quand on le lui fait étendre. La contraction musculaire se fait sans aucune énergie ; à peine serre-t-il la main. La sensibilité est très affaiblie sur loute la surface du corps. Tous les organes des sens sont intacts, les pupilles sont contractées et paraissent immobiles.

Pas de paralysie des sphincters.

La peau ne présente pas actuellement de coloration spéciale, mais elle avait noirci par places, sous l'influence des deux premiers bains sulfureux qu’il prit avant son entrée. Liséré gingival.

Traitement: Bains sulfureux. Limonade sulfurique.

8 mai. La langue est moins embarrassée, et à peine, dans ce momentci, remarque-t-on quelques troubles de la prononciation. Le bavardage est toujours très grand, et il nous parle continuellement des choses les plus insignifiantes. Il forme une foule de projets ; il doit peindre beaucoup d’églises et de monuments. ;

Juillet. L'état physique s'améliore de plus en plus ; le malade a pris beaucoup d’embonpoint ; le tremblement a diminué, l’altération de la prononciation est à peine sensible, mais les désordres intellectuels sont toujours les mêmes, il est niais, très content de l’état où il se trouve, et ne demande jamais à sortir.

Il resta dans cet état plusieurs mois, le 15 octobre, il fut transféré à la ferme Sainte-Anne.

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