OBSERVATION XVI
Thèse de MEYER.
Pseudo-paralysie générale saturnine.— État très grave. — Amélioration très notable ; guérison presque complète.
. Barberot (François), 47 ans, célibataire, peintre et né à Paris, sort du bureau central le 29 avril 1875 pour entrer à l'hospice Saint-Anne, le même jour. M. Duguet, alors médecin du bureau central, avait délivré, au sujet de ce malade, le certificat suivant :
« Je soussigné, médecin du bureau central, certifie que le sieur Barberot est atteint de délire alcoolique saturnin, accident qui lui fait troubler le repos des autres malades, le rend dangereux pour eux et nécessite sa transfération ailleurs. (Duguet.)
Entré dans le service de M. le D’ Dagonet, le 3 avril 1875, le malade est dans un tel état qu’il a été immédiatement transporté à l’infirmerie ; il est incapable de se diriger.
La mémoireet les facultés intellectuelles sont complètement éteintes. Aux questions qu’on ‘ui pose sur ses antécédents, les parents, les amis, il ne peut
nous répondre, sa parole ressemble à une-espèce de bredouillement inintelligible.
Dans la première quinzaine de séjour à l'asile, il présente des accès de délire et des hallucinations. Cet homme, d’après les renseignements pris, à des habitudes alcooliques déjà anciennes, aussi son délire ressemble au delirium tremens ; il voit devant lui des gens quile poursuivent, le provoquent, ne lui laissent aucun moment de tranquillité ; il voudrait se lever, sortir de son lit, pour échapper à leurs persécutions ; on est obligé de l’attacher, il présente des accidents saturains, a le liséré de Burton très accentué ; il est gâteux, tremblement dans tous les membres ; aux mains et sur la langue tremblement tout spécial ; il sent très bien les piqûres quoique dans le bras droit, à la région des extenseurs, il y ait une certaine inertie.
Le 14 mai. Le malade présente un grand affaiblissement ; il est affaissé, et ne peut marcher, quand on le fait quitter le lit pendant quelques instants. L'obtusion intellectuelle est arrivée à sa dernière période; il est dans la torpeur la plus complète.
Les pupilles sont très inégales ; il a des troubles profonds de la vue : quand il veut prendre un objet placé devant lui et à sa portée, il va le chercher bien à côté. L’organe de l’ouïe est lui-même atteint, il n'entend pas le battement d’une montre que l’on met à son oreille. Ses nuits sont bien mauvaises, pas de sommeil, il est souvent alors pris d'accès d’excitation maniaque, il a de la manie alcoolique. Ce triste état dure environ jusqu’au 10 juin ; à partir de ce moment il s'améliore ; le sommeil revient un peu, i goûte de quelques repas pendant la nuit. Dans les premiers jours de juillet, il marche déjà un peu, et peut rester assis sur un fauteuil sans qu'on le soutienne ; son langage commence à s’articuler d’une façon plus nette, il regarde autour de lui et semble comprendre ce qu’il veut faire. Enfin à la fin de juillet tous les symptômes graves ont à peu près disparu, le malade marche d’une façon non irréprochable, mais enfin il se soutient, en faisant quelques faux mouvements, il mange et dort, et le 17 août 1875, il est assez rétabli pour quitter l’hospice Sainte-Anne après avoir été pendant bien des semaines n un état qui semblait être le prélude de son agonie.
OBSERVATION XVII Thèse de MEYER.
Pseudo-paralysie générale saturnine. — Guérison.
Tessier (Léon-Adrien), 46 ans, ouvrier plombier, marié, né à Vincennes (Seine), est présenté à la préfecture de police où, après l'avoir examiné, M. Legrand du Saulle, délivre sur son compte, le certificat suivant : « Délire
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alcoolique ; exaltation intellectuelle, illusion des sens, conceptions délirantes, orgueilleuses, rêves de fortune, embarras légers de la parole, actes extravagants, insomnie, menaces de paralysie générale. Ce malade est dans un état mental, (L. du Saulle.) »
Il est transféré à Sainte-Anne le 11 mars 1875 et entre dans le service de M. le Dr Bouchereau, qui inscrit le 12 mars le diagnostic suivant sur la pancarte du nouveau malade : « Paralysie générale, affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire, délire ambitieux ; il va construire des châteaux, des églises, rendre tous ses parents heureux, gagner une grande fortune ; hésitation de la parole, excès alcooliques ».
Certificat de quinzaine, 26 mars 1875 :
Manie ambitieuse caractérisée par des idées de grandeur et de richesses, de l'insomnie et une excitation maniaque, qui rend le malade incommode pour la tranquillité des personnes qui l'entourent. Dans le milieu d'avril, Tessier commence à s’affaisser ; sa parole commence à devenir plus difficile et moins intelligible. A la fin du mois, il est gàteux et n’a aucune souvenance des événements de sa vie ; il a de l’artropathie ; l'épaule et le coude gauche sont sensibles. Au mois de mai, son affaissement intellectuel est complet ; la parole lui est enlevée ; il est sans force. Arrivé à cette période de la maladie, il paraît à chaque instant devoir succomber. En juin il commence un peu à revenir à la santé ; il semble sortir de son état léthargique ; ses forces reviennent ; il a toujours très accentués le liséré plombique et un fort tatouage de sulfure de plomb sur la lèvre supérieure. Ses grands accès de manie ont disparu ; la parole revient petit à petit. Son état intellectuel et malériel s'améliore tous les jours, et enfin le 3 octobre 1875 il se trouve assez rétabli pour être rendu à sa famille.
OBSERVATION XVIII Thèse de MEXYER.
Pseudo-paralysie générale saturnine. — Guérison.
Didier (François), ouvrier cérusier de Clichy, 46 ans, après avoir été frappé cinq fois d'intoxication saturnine, entre dans le service de MM, Magnan et Bouchereau, pour accidents d’encéphalopathie saturnine; il en sort guéri en septembre 1879.
Il retourne travailler à Clichy; au bout d’une dizaine de jours, il quitte Paris sans prévenir sa famille et ses amis, il erre de village en village, de ville en ville sans aucun but, arrive ainsi à Lille où par son langage incohérent et ses manières excentriques il se fait arrêter ; il est transféré à l’asile d'Armentières, le 30 octobre 1879.