CHAPITRE PREMIER
Historique.
I nous faut arriver jusqu’ en 1851 pour voir un auteur parler des relations que l'encéphalopathie saturnine peut avoir avec la paralysie générale. Déjà, il est vrai, Tanquerel des Planches (Maladies du plomb, 1839), avait noté que sur une centaine de malades atteints d’ encéphalopathie saturnineil y avait eu 15 fois de l'embarras de la parole, mais il n’avait pas songé à rapprocher ces formes de l’encéphalopathie saturnine de la paralysie générale. Delasiauve le premier, montra que chez certains saturnins les symptômes observés ressemblaient à ceux qu’on note chez les paralytiques généraux, et ce fut lui qui créa le nom de pseudo-paralysie générale saturnine. Mais plus tard il revint en partie sur son idée et il admit une véritable paralysie générale saturnine.
En 1853, M. J. Falret, dans sa thèse inaugurale sur la folie paralytique, rapporte une observation de pseudo-paralysie générale saturnine. Il admet que l’empoisonnement saturnin est une cause de paralysie générale, mais : « s’il est possible d’admettre, dit-il, que des individus ayant longtemps employé les préparations saturnines, se trouvent atteints ultérieurement de folie paralytique ; il ne faut pas, ce nous semble, confondre ces faits très exceptionnels, s’ils existent, avec les faits de la véritable paralysie générale dans lesquels la différence totale des symptômes et de la marche se trouve réunie à la différence de la cause pour constituer une espèce spéciale ». En un mot pour lui la paralysie générale saturnine présente avec la paralysie générale ordinaire des différences très notables, mais peu connues.
En 1857, la question fit des progrès avec le mémoire de M. Devouges, qui publia six observations et qui admit l'existence d’une paralysie générale saturnine analogue à la paralysie générale ordinaire, sauf quelques différences des plus minimes.
Trois ans plus tard, Bourdesol (Parallèle entre la paralysie générale des aliénés et la paralysie générale d’origine saturnine, Th., Paris, 1860)nefit querapporter lessix observations de Devouges, sans rien ajouter aux conclusions déjà émises par cet auteur.
M. Marcé (Traité pratique des maladies mentales, 1862) ne fait pas une espèce distincte de laparalysie générale saturnine : « Tout au plus, dit-il, serait-il permis d’insistersur la fréquence plus grande des troubles de la sensibilité au début de l’affection etsur la rareté relative des antécédents héréditaires ».
C’est aussi l'opinion de M. Renault, qui dans sa thèse d’agrégation sur l’intoxication saturnine chronique (Paris, 1875) s’exprime ainsi : « Il y a peu de chose à dire de cette forme saturnine de la paralysie générale, Devouges, Marcé, M. Falret et les autres aliénistes ne lui reconnaissent aucune particularité différentielle digne d’être notée ; ils ont établi surtout cette forme par l’anamnèse, par l'existence du liséré saturnin et de la cachexie plombique, si caractéristique pour les cérusiers ». D’autre part il fait remarquer que beaucoup de saturnins sont buveurs, de sorte que les effets des deux intoxications se composent.
Lagardelle (Considérations sur l’étiologie de la paralysie générale, Th., Paris, 1865) se contente dedire que les ouvriers qui travaillent dans le plomb peuvent offrir quelques symptômes analogues à ceux de la paralysie générale, mais que cette paralysie saturnine diffère considérablement de la paralysie générale ordinaire.
M. A. Voisin, dans son Traité de la paralysie générale des aliénés (1879), nia l'existence de la paralysie générale saturnine ; c’est à peine si elle mérite le nom de pseudo-paralysie générale que lui donna Delasiauve. Malheureusement il ne consacre que quelques lignes à cette question et il se contente de dire : « L’encéphalopathie saturnine pourrait aussi, mais
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bien plus rarement, être confondue avec la paralysie générale des aliénés au début; l'évolution des symptômes varie dans les deux affections, de sorte qu’un examen attentif, aidé par la connaissance des antécédents, permettra toujours d'arriver au diagnostic ».
La même année parut dans les Annales médico-psychologiques une observation de M. Doutrebente.
En 1880, parut un mémoire très important de M. Régis (Annales médico-psychologiques), qui résume l’état de’ la question, donne les différentes opinions émises parles auteurs qui l'ont précédé et arrive aux conclusions suivantes : « 1° la paralysie générale saturnine n’existe pas ; 2° l’'encéphalopathie saturnine peut, dans certains cas il est vrai, emprunter le masque de la paralysie générale, mais il faut bien se garder de la confondre avec cette affection ; car les symptômes de paralysie générale qui surviennent dans ces cas ne sont que des manifestations le plus souvent passagères de l’intoxication plombique, au même titre que tous les autres symptômes de l’intoxication ».
Signalons la thèse de M. Meyer (Pseudo-paralysie générale d'origine saturnine. Paris, 1881), qui rapporte quatre observations nouvelles ; la thèse de M. Sesselmann (De l’encéphalopathie chronique d'origine saturnine. Thèse Nancy, 1879). Cet auteurrapporte la plupart des observations de paralysie générale saturnine publiées avant luiet il publie une observation d’encéphalopathie saturnine, dans laquelle le malade présente quelques symptômes de la paralysie générale, mais sans que l’on doive pour cela le ranger parmi les paralytiques généraux saturnins.
En 1884,M. Blache soutint devant la Faculté de médecine de Lyon une thèse sur les pseudo-paralysies générales et publia deux observations, l’une due à M. Régis, l’autre à M. Camuset.
Dans la Gazette des hôpitaux, tout récemment(1888, p. 721), M. Rouillard, chef de clinique adjoint des maladies mentales, publia une revue sur les pseudo-paralysies générales dans laquelle il donna les principaux symptômes de la pseudo-paralysie générale saturnine.
Enfin, dans son traité classique des maladies mentales, M. le professeur Ball donne également une description de la maladie
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qui nous occupe et rapporte les opinions émises par les divers auteurs. \
Jusqu'ici nous n'avons parlé que de ce qui a été publié en France; c'est qu’à l’étranger, il y à bien peu d'auteurs qui se soient occupés de la pseudo-paralysie générale saturnine et nous ne connaissons que deux observations de cette affection publiées à l'étranger, l’une par le D' Büttger (Allg. Zeitschr.f. Psychiatrie. Ba XXVI.S.224 en 1869), l’autre par Dowse et relatée dans le Brit. med. Jour. de 1875.