‹ De la Pseudo-Paralysie Générale SaturnineChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE III s Symptômes · texte numérisé non relu

CHAPITRE III s Symptômes

Il est assez difficile d'établir avec toute la netteté désirable la symptomatologie de la pseudo-paralysie générale d'origine saturnine ; le petit nombre d'observations publiées jusqu’à ce jour, la brièveté de certaines d'entre elles où les principaux symptômes sont à peine indiqués, expliquent suffisamment cette difficulté. Néanmoins les divers auteurs qui se sont occupés de cette affection ont décrit trois périodes : une période de début une période dite de dépression et qui est, en quelque sorte la période d'état, et enfin une période d'amélioration, cette dernière pouvant d’ailleurs très bien faire absolument défaut.

{= Période. Période de début. — Le début de l'affection est variable. Généralement, disent les auteurs, il est brusque, ce qui n’a jamais lieu dans la paralysie générale ordinaire ; les malades, en traitement dans un hôpital pour des accidents saturnins, sont pris subitement d’un accès de délire plus ou moins intense, suivant l’acuité de l'intoxication saturnine (obs. XIV). Le premier symptôme est une excitation considérable avec délire violent. Parfois les premiers symptômes sont des attaques épileptiformes, et le début ressemble alors à celui de la pseudo-paralysie générale alcoolique (obs. IT, VIIT, XII). Dans la forme de début la plus ordinaire, les malades ont des cauchemars, des hallucinations de la vue terrifiantes (obs. I, VI, XIV); ces hallucinations qui se rencontrent très souvent, au point que certains auteurs ont dit qu’elles constituaient un symptôme à peu près constant, sont au contraire très rares dans la paralysie générale ordinaire. Ce qui frappe chez les malades atteints de pseudo-paralysie générale saturnine, dit Blache dans sa thèse sur les pseudo-paralysies générales, c'est qu'en dehors des symptômes ordinaires de la méningo-encéphalite ils offrent les signes de l'intoxication saturnine et en

particulier les cauchemars, les hallucinations de la vue, les terreurs imaginaires, les idées confuses de persécution, d’empoisonnement. Cet état est très analogue à celui que l’on observe chez les alcooliques et l'observation XIV nous montre un de ces Cas où on aurait pu croire à un accès de délire alcoolique. On à proposé d'appeler cette période de début période initiale d’excitation.

Mais à côté de ces cas, il y en a d’autres où les symptômes se rapprochent davantage de ceux de la vraie paralysie générale; le début est marqué par des modifications du caractère, il est lent, progressif (obs. II, IV, VIII, XI, XXI), les malades

Ont des conceptions orgueilleuses, ils se croient rois, empe-

reurs, ils ont des millions, etc. Nous n'’insistons pas, ce sont là les idées de grandeur si communes dans la paralysie générale (obs. IIT, IV, V, X). Parfois également les malades volent maladroitement comme les vrais paralytiques généraux (obs. ITL, IV).

Le début est donc très variable, et comme nous venons de le voir, s’il y a des cas où il ne ressemble pas à celui de la paralysie générale ordinaire, il en est d’autres où on constate la plus grande analogie.

Quoi qu’il en soit, il y a une certaine faiblesse musculaire, un certain embarras de la parole, en outre on observe un affaiblissement des facultés intellectuelles et de la mémoire. Les malades sont stupides, hébétés, ils ne répondent souvent que par oui ou par non aux questions qu'on leur adresse. Ils ont de l’insomnie, leur nuit est souvent très agitée, et il y a parfois un délire très violent, phénomène sur lequel nous avons déjà insisté.

2% Période. Période de dépression. — La première période dure peu, comme nous le verrons en étudiant la marche de la maladie, et bientôt commence la période de dépression. Les malades paraissent être arrivés au dernier degré de la déchéance physique et intellectuelle. Les uns ne peuvent se tenir debout; ils sont obligés de rester couchés ou assis et souvent il faut les maintenir dans un fauteuil, sinon ils tomberaient. Quelques -uns paraissent atteints de paraplégie complète, d’autres d’hémiplégie complète (obs. XIV); certains d'entre eux sont couverts

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d’eschares qui sont apparues soudainement ; le plus grand nombre sont gâteux. Il y a du tremblement des lèvres, de la langue (obs. XXI), parfois des membres supérieurs et inférieurs (obs. III, V); ce tremblement est souvent continuel etextrèmement prononcé.

L'embarras de la parole est beaucoup plus accentué qu'au début, et parfois il n'y a plus qu’un bredouillement presque impossible à comprendre et, comme nous le verrons au diagnostic différentiel entre la pseudo-paralysie générale saturnine et la paralysie générale ordinaire, ce trouble de la parole atteint souvent un degré qui ne se rencontre pas aussi souvent dans la vraie paralysie générale (obs. VIII, XIV). Laperte de la mémoire est complète, les facultés intellectuelles semblent à tout jamais perdues ; le malade, stupide, hébété, profère des mots sans suite et il offre, en un mot, le tableau d’un paralytique général arrivé à ses derniers moments. Il n’en est pas d’ailleurs ainsi dans tous les cas et parfois le malade va arriver à la période d'amélioration sans avoir présenté des phénomènes aussi graves.

Souvent, et c'est là encore une particularité sur laquelle nous insisterons davantage quand nous étudierons le diagnostic de la pseudo-paralysie générale saturnine, les pupilles restent égales (obs. XIT, XIV); parfois cependant il y a°de l’inégalité pupillaire (obs. VIII) et de nombreux troubles de la vue, mouches volantes, flammèches de feu, diplopie, etc.

Signalons enfin les troubles de la sensibilité qui sont plus fréquents et plus prononcés que dans la vraie paralysie générale et n'oublions pas qu'avec tous ces symptômes de méningoencéphalite, le malade très souvent présente la plupart des phénomènes dus à l’intoxication saturnine et que nous signalerons plus loin.

3° Période. Période d'amélioration graduelle et progression se lerminant par la guérison complète. — Cette période qui va nettement différencier la vraie paralysie générale de la pseudo-paralysie générale saturnine, arrive plus ou moins tôt suivant l'intensité de l’intoxication.

D'après Meyer, il y a parfois au commencement de cette troisième période des vertiges épileptiformes, du moins c’est

ce qu’il a constaté chez un des malades dont il rapporte l’observation (obs. XV). Au moment où, le plomb s'étant éliminé, la maladie arrive à cette période, les idées se font jour et peu à peu l'amélioration s’accentue. La paralysie diminue et en général cette diminution s’observe d’abord aux membres inférieurs. Le malade essaie quelques mouvements, bien que ne pouvant pas encore marcher; plus tard la station debout est possible et enfin à un moment donné la marche est facile. En même temps la parole, quoique toujours embarrassée, com-

mence à devenir plus distincte, on comprend beaucoup ‘plus

facilement les malades. L'intelligence, au début de cette période, est encore obscurcie, néanmoins peu à peu le malade sort de son état de torpeur. Enfin, phénomène important, s’ily a eu du gâtisme à la période précédente, ce signe disparaît.

À ce moment on constate souvent une transformation du caraCtère ; les malades jusqu’ici tranquilles dans leur lit, deviennent malveillants, il s’irritent pour les causes les plus futiles. C'est ainsi que le malade de notre observation XXI se disputait avec ses camarades, était grossier avec les infirmiers, au point que plusieurs fois on l’a menacé de le renvoyer de l'hôpital. Cette méchanceté, jointe à la marche graduelle et progressive vers la guérison, caractérise assez bien cette troisième période.

Bientôt l'amélioration devient de plus en plus sensible; la paralysie a complètement disparu, l'intelligence revient. Les uns peuvent retracer les événements de leur vie, la mémoire reparaît. Mais il y a encore du tremblement et l'écriture est encore mal tracée. Enfin il arrive un moment où les malades sont, pour ainsi dire, entièrement guéris. Tous les mouvements sont revenus, l'écriture a repris ses caractères et 1l ne reste plus que le liséré gingival et une légère teinte terreuse de la peau, symptômes qui, longtemps après la disparition des phénomènes de la pseudo-paralysie générale, indiquent que le malade a été soumis à l’intoxication saturnine. Les troubles de la parole eux-mêmes ont disparu, mais l'intelligence reste un peu affaiblie. Telle est la marche des symptômes dans la plupart des cas de pseudo-paralysie générale saturnine ; mais, nous le verrons en parlant des terminaisons de la maladie, la marche de l'affection n’est pas toujours aussi heureuse.

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