I. — M, M... (62 ans) tombe malade le 2 février
C'était un homme vigoureux, sobre, et qui n’avait Jamais ètè malade : comme pour sa femme la maladie a débuté par des symptômes simulant la grippe, courba-
AN ture, toux légère, mais également prostration croissant Chaque jour. Jusqu'au S février, il ne s'était pas alité, bien que l’état de malaise augmentât sensiblement. Dans la nuit du 8 au 9 février, il est pris d’un grand frisson qui dure de deux heures et demie à trois heures. ”
Le 9 au matin, le médecin constate un peu de matité dans la moitié inférieure du poumon gauche, des ràles crépitants fins. Malgré l'abattement très prononcé, l’état général était assez bon et la maladie ne semblait que modérèment grave. Le soir de ce jour M. M... succombait.
HT. Mme Louise G... (55 ans), était couturière et travaillait en journées chez les époux M...
Elle tombe malade le 1 février dans la journée : elle retourne à son domicile (62, rue de Vaugirard) et fait demander son médecin.
Celui-ci constata également chez elle les phénomènes d’une atteinte grippale d'intensité moyenne. Début par fièvre modérée, courbature, céphalalgie, un peu de toux quinteuse, râles muqueux abondants, sans ‘point de côté, sans crachats rouillès. Au bout de quatre jours de ces phénomènes peu caractérisés, il se produit brusquement une double congestion pulmonaire qui l'emporte en vingtquatre heures.
IV. — Marguerite B.... était bonne à tout faire chez les époux M...
Elle tombe malade le 2 février et est obligée de quitter son service; elle se rend chez une de ses parentes, 41, rue Blomet, où elle a été soignée, Cette dernière malade
n’a pas eu de pneumonie; elle a seulement présenté comme tous les autres des phénomènes de courbature, d’affaiblissement général, qui l'ont mis pendant quelques jours dans une situation critique, mais elle a pu se rêta— blir et dans la dernière semaine du mois de février elle
était en convalescence.
V.— M. B... (61 ans), concierge de la maison, avait nettoyé la cage de l'oiseau ; il avait en outre conservé quelque temps avec lui le cadavre de Panimal avant de le jeter.
Il tombe malade le 4 février : la maladie débute chez lui par une série de frissons répétés, courbature générale, fièvre modérée, sans point de côté. Son état alla empirant pendant une dizaine de jours ; Pabattement était extrème et la prostratlon complète. Vers le 15 février, il y eut une lègère amélioration et le malade put prendre un peu de lait avec plaisir : cependant sa faiblesse était très grande et, à ma visite du 18 février, c’est à peine s’il avait la force de profèrer quelques paroles. À ce moment, je fus frappé de l’état d’affaissement dans lequel il était plongé, état que rien n’expliquait. Dans la poitrine on n’entendait guère que quelques râles sous-crépitants disséminés ; la peau êtait chaude et sèche ; la langue rugueuse et fuligineuse tout à fait sèche.
Il avait eu, les jours précédents, un peu de diarrhée et une diminution notable de la sécrètion urinaire. Cependant, malgré tout, son état allait s’améliorant, la fiévre était tout à fait tombée, l'appétit revenait, quand sans cause apparente, une pneumonie se déclare le 20 février,
avec frisson intense, point de côté et crachats rouillès, qui l’emporta en deux jours et demi.
Telle est l’histoire des cin personnes atteintes au n° 31 de la rue de Vaugirard : il importe de faire remarquer tout d’abord que toutes sont tombées malades en môme temps du 1° au 4 février, Sur ces cinq personnes, quatre. séjournaient dansl’appartement de M M... etavaient eu un contact direct avec l’oiseau vivant; la cinquième, le concierge de la maison, ne venait pas dans l’appartement, mais précisément C’est lui qui avait êtè chargé du nettoyage de la cage après la mort de l'animal. Il y à dans la maison un certain nombre de locataires : aucun d’eux n’a mème êté indisposé ou atteint de phénomènes ressemblant à la grippe. Chez aucun de ces malades, la maladie n’a débuté par une pneumonie franche ; chez tous il y a eu une période d'infection générale qui a précédé les aceidents pulmonaires. |
B. — 79, rue Legendre.
Deux cas... Deux morts.
Les époux B..., exerçant la profession de quincaillers, étaient récemment mariés.
Hs avaient, dans le courant de janvier, acheté une perruche dans la rue à un marchandambulant. L'oiseau était déjà malade au moment de son achat; il se mettait en boule, les plumes hérissées, les ailes pendantes, et avait de la diarrhée. La perruche avait succombè au bout de
quarante-huit heures.
Vie
Vi. — Madame B.... tenait continuellement l'oiseau sur son doigt et lui donnait à manger dans sa bouche. Quelques jours après la mort de l'oiseau (qui avait èté jeté à la boîte aux ordures), Madame B... fut prise de malaise général, d’une enflure légère de la face, d’inappétence : en raison de son mariage récent, on attribua ces phènomènes à un début de grossesse ; mais les jours suivants l'état empira. Elle eut de la diarrhée, un peu de toux légère, et pendant trois ou quatre jours on put croire à un début de fièvre typhoïde, la température allant en s’è levant progressivement. Puis la toux alla en augmentant ‘de fréquence et d'intensité, la température oscilla aux environs de 40° et, en même temps qu’un lèger point de côtè, apparaissait un petit foyer de pneumonie au sommet du poumon droit. La pneumonie envahit ensuite rapidement la base du même poumon, puis le lobe supérieur et la base du peumon gauche. DAT
Il n’y eut pes de crachats rouillés : la diarrhée persista et il y eut de l’aibumine dans les urines. Quelques jours aprés, Mme B... succombait au milieu des phénomènes infectieux les plus graes. Cette jeune femme avait toujours été bien portante et ne présentait aucune tare tuberculeuse.
VII. — Presque en même temps que sa femme, M. B... était pris de courbature généralisée et d’une petite poussée fébrile : deux Jours après le début de la pneumonie de sa femme, il était pris brusquement d’un frisson intense, d’une fièvre violente (40°) et, vingt-quatre heures après, apparaissait un point de pneumonie à la partie moyenne du poumon droit. À partir de ce moment, sur-
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vient un délire continu, parfois violent, de la diarrhée et un état typhoïde des plus prononcés; la température oscille entre 39°,5 et 40°,5. La totalité du poumon droit se prit rapidement, puis le poumon gauche, etle malade succombe le septième jour après son frisson. Il n’avait aucune tare alcoolique ni tuberculeuse.
Ici encore, le début de la maladie s’est fait presque simultanément et paraît bien devoir être rattaché au contact de la perruche : la maladie de M. B... se rapproche beaucoup de la description classique de la pneumonie infecticuse, mais en raison même de la simultanéité des deux cas on ne doit pas hésiter, selon moi, à leur donner une origine commune. Quant aux phénomènes observés chez Mme Ps ils se rapprochent très nettement de ceux que j'ai constatés dans le foyer de la rue de Vaugirard.