‹ De la Psittacose: Infection spéciale déterminée par des perruchesChapitre 5 sur 17 · AIO RS · texte numérisé non relu

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toire des deux épidémies, celle de 1892 et celle de 1893. L'une et l’autre ont té le sujet de deux rapports prèsentès à M. le Préfet de Police par M. le D' Dujardin-Beaumetz.

Deux Français, Marion et Dubois, achetérent à Buenos- Ayres cinq cents perruches, en décembre 1891.

Ils comptaient les importer en France et les vendre ; mais un grand nombre de ces oiseaux mourut pendant la traversée, et, lors de l’arrivée à Paris, le 3 février 1892, il ne restait plus que deux cents perruches environ. Ces oiseaux furent d’abord transportés chez. un frère de Marion qui demeurait rue Dutot, n° 42 ; on les mit dans une cave ; mais comme la mortalité augmentait toujours, on les plaça alors dans un pavillon du voisinage appartenant à un sieur G..., tailleur, rue Regnier, n° 44. C’est là que se fit le partage, et chacun des associés eut quatre-vingt-quinze perruches pour son compte.

Marion laissa ses perruches rue Dutot, n° 42; Dubois emporta les siennes au n° 9 de la rue de la Roquette. Ainsi furent créès deux principaux foyers d’épidèmie, d’où partirent des foyers secondaires.

Preinier foyer principal: rue Dutot.

Marion tomba malade le 29 février, et fut soigné à l’hôpital Necker ; son frère fut pris de la même affection et mourut le 13 mars. ve

Le beau-pêre et la mére des Marion, à leur tour, devinrent très malades, et furent soignés à hôpital Cochin dans le service de M. Dujardin-Beaumetz. ;

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Un marchand de vins et sa femme, habitant le même : immeuble, et ayant soigné et caressé les perruches, tombérent malades également, de même que deux autres locataires. ,

A ce moment, les perfuches furent transportées chez M. G..., rue Régnier, n° 44. |

M. et Me (G.. devinrent alors malades, ainsi que leur gendre.

On remit trois perruches à M. Alb..., rue Plumet, no 7: M. et Me Alb... furent infectés.

Une dame Dec..., rue Plumet, n° 4, qui possédait aussi une perruche, tomba malade.

M. CG …, rue de Courcelles, n° 32, au Grand Montrouge,

reçoit deux perruches de M. G...: il est pris le 3 mars d’accidents infectieux. Il donne une perruche à Mme Vib..., avenue de la République, n° 36, à Montrouge : cette dame meurt le 24 mars. Le concierge de cette maison et sa femme sont contagionnés.

De son côté, M. Alb.…., demeurant rue Plumet, n° 7, remit une perruche à M. B.., demeurant rue Saint-Dominique, n° 65: Mme B..., succomba le 29 mars, M. B.. fut malade, mais guérit.

Enfin des perruches furent prises par M. et M" Buj..., rue des Francs-Bourgeois, n° 48: or, ces deux personnes tombérent malades et moururent, l’une le 31 mars, et Pautre le 1°" avril.

Résumé. — Premier foyer principal : rue Dutot; avec foyers secondaires: rue Régnier, rue Plumet, au grand Montrouge, au Gros-Caillou, et enfin dans le quartier de l’Hôtel-de-Ville,

Pour ce premier foyer épidémique. on compte vingt=

deux personnes atteintes, dont six morts.

Deuxième foyer principale rue de la Roquetle.

C’est rue de la Roquette, n° 9, que furent transportées les perruches de Dubois.

Dubois tomba malade le 2 mars, mais il guérit. Il loga successivement dans la famille Li.…., et dans la famille Ch... |

La famille Li... se composait de sept personnes; toutes tombérent malades, et furent soignées à lPhôpital Saint- Antoine ; deux d’entre elles moururent.

M. Ch.., qui donna asile à Dubois fut atteintle 9 mars; il guérit. 6

La boutique du n° 9 de la rue de la Roquette était occupée par un marchand de vins, M. Ba..., qui eut de nombreux rapports avec Dubois et avec la famille Li... et Ch. Le 10 mars, il tombe malade, et meurt le 20 du même mois; sa femme prend la même maladie le 18 mars, et | meurt le 25. Enfin une nièce qui les soignait meurt le 16 mars. |

Une perruche est donnée à M. Vass..…., rue de la Roquette, n°8 : il est infecté le 8 mars, mais guérit.

Une autre perruche avait été remise à M. Bouss.…., rue Eugène Sue, n° 4, à Montmartre :

M. Bouss.…, sa femme et sa fille furent malades,

Mme Bouss... mourut.

M. Va... rue de la Roquette, n° 8, reçut également

une perruche, fut infecté, mais guérit.

Les demoiselles Ga.…., rue des Carmes, n° 10, achètent une perruche : l’une des demoiselles succombe à la Pitié, l'autre est soignée dans le service de M. le professeur Cornil à l’Hôtel-Dieu, | En dernier lieu, M. Mau, rue Charles V, n° 23, en relation avec les Li..., est infecté et suecombe le 29.

* Résumé. — De la rue de la Roquette, n° 9, l'épidémie a gagné le n° 7, de la même rue, puis Montmartre, Charenton, et enfin le quartier de la place Maubert.

Pour ce second foyer épidémique : vingt personnes atteintes, dont huit morts.

Il faut ajouter deux cas ne se rattachant pas à ces foyers : M. et Mme Car.…., ayant achetè une perruche dont on ignore la provenance, tombent malades etmeurent à l’hôpital Saint-Antoine.

En l’année 1893, une nouvelle épidémie fut observée rue de Vaugirard et rue Legendre.

Le 20 janvier 1893, les époux M. rue de Vaugirard, n° 34, achetérent à un marchand ambulant une perruche; cet oiseau était malade au moment de Pachat et mourait bientôt après. Les époux M... tombérent malades quelques jours plus tard, et le mari succomba. La domestique fut prise le 2 février, elle se rétablit.

Une couturière qui travaillait dans l'appartement mourut le 4 février.

Enfin le concierge de la maison succomba le 20 février. Au total : cinq malades, dont trois morts.

Au n° 79 de la rue Legendre, les époux B..., avaient

Morange 3

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acheté dans le courant de janvier une perruche à un marchand ambulant; la perruche était malade et suc= combait quarante-huit heures après : M. et M” B..., tombérent malades, et moururent bientôt avec des phénomênes typhoïdes. :

Au total : deux cas, deux morts.

Enfin en 1894, nous avons observé deux cas dont voici la filiation : M. et M" V..., habitant rue Saint-Placide, achètent une perruche le 14 octobre; cet oiseau tombe malade le 29, et meurt le 6 novembre. M. V... est atteint le 7 novembre, sa belle-sœur habitant avec lui est également malade le 11 novembre : ils entrent tous deux à l'hôpital Necker, dans le service de M. Rendu, le 20 novembre 1894. | ‘

Voici donc, relatées en détail, trois épidémies causées manifestement par des perruches malades. La contagion directe est indéniable ; et, dans la majorité des cas, elle s’est faite d’une façon particulière. Me

Mode de contamination.

Pendant-toute la maladie de la perruche, maladie qui . dure huit, dix, douze, quinze jours, cet animal se tient en boule, les plumes hérissées, les ailes tombantes, il dort constamment et ne mange pas.

Or, il est notè dans de nombreuses observations que les perruches furent. gavées de bouche à bec; et il est à remarquer que souvent dans ces cas le début s’est fait,

chez la personne infectée, par un œdème fugace limité à la face. Dans trois observations de ce genre, M. Dujardin-Beaumetz constata dans la bouche et dans la gorge de ses malades de véritables plaques diphthéroïdes,

Il est donc permis de supposer que, dans certains cas tout au moins, l’habitude de donner à manger à la perruche de bouche à bec, constitue le mode d’entrée de l'infection.

Mais ce contact n’est pas nécessaire, et le fait seul de toucher à oiseau malade est dangereux.

Dans les deux cas que nous avons observès, nous avons vu les deux modes de contact : le jeune homme donnait à manger de bouche à bec, il eut une forme grave; la jeune fille se contentait de caresser l’animal malade, son état fut beaucoup moins sérieux que celui de son beaufrère.

Faut-il voir dans ces cas une relation entre le mode de transmission de la maladie et la gravité de cette même maladie? Peut-être; car dans toute infection il faut, pour résoudre tous les problèmes, considérer le terrain et l’agent infectieux ; ce dernier doit être étudié dans sa nature, dans sa virulence, dans la quantité inoculée. Or, il est possible que linoculation directe dans la bouche, par le contact du bec de la perruche, favorise le passage d’une plus grande quantité de germes infectieux, et que

la transplantation immédiate en exalte la virulence.

Transmission directe d’homine à homme.

Ce mode de diffusion de la maladie est rare : dans les épidémies relatèes plus haut, la majorité des cas de contagion reconnait comme cause la transmission directe de l'agent contagieux de la perruche à l’homme. Cependant M. Dujardin-Beaumetz en cite quelques exemples : ainsi Mme S... a eu une perruche de Marion, et elle tombe malade: son mari n’a de contact avec aucune perruche, mais il contracte la maladie en soignant sa femme.

De même, le D' D... qui a soigné les malades de la rue Dutot, n’a jamais touché aux perruches, et cependant il est atteint d’une infection assez grave qui met sa vie en danger.

M. Dujardin-Beaumetz cite encore trois autres exemples identiques de contagion d’homme à homme.

Examinons maintenant l’étiologie de la psittacose dans son ensemble. Nous voyons d’abord une grande épidémie au mois de mars 1892, première épidémie reconnaissant pour cause l’importation en France de perruches malades. Ensuite, trois petites épidèmies de maison : en 1893, rue Legendre, et rue de Vaugirard; en 1894, rue Saint- Placide. Dans ces trois dernières épidèmies on n’a pas pu établir lorigine des perruches; elles ont ètè achetées à des marchands ambulants; et il résulte des renseignements recueillis par M. le D' Dubief qu’il est à peu près impossible de trouver chez les marchands d'oiseaux des. perruches malades. Dès qu'un de ces animaux semble péricliter, le marchand s’en débarrasse précisèment par le

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moyen de ces marchands ambulants qui trouvent facilement à écouler une marchandise avariée dans les conditions où ils opérent, ef sans que jamais l’acquéreur

puisse protester, puisque le vendeur lui est toujours inconnu.

Ces faits, d’une maniére générale, prouvent que la psittacose présente actuellement chez nous le double caractère d’épidémicitè et d’endémicité : psittacose épidémique à l’origine, en 1892; psittacose endémique en 1893, et actuellement encore fin 1894.

La psittacose rentre donc dans la loi générale des maladies infectieuses, s’installant par une épidèmie

bruyante dans un pays jusque-là indemne, et y restant à l’état endémique,

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