‹ De la Psittacose: Infection spéciale déterminée par des perruchesChapitre 6 sur 17 · BACTÉRIOLOGIE · texte numérisé non relu

BACTÉRIOLOGIE

Dés l’apparition de cette maladie infectieuse nouvelle, en 1892, des études bactériologiques furent entreprises partout pour en élucider la nature. Se trouvant en prèsence d’une affection que l’on sentait devoir être isolée du cadre déjà connu, partout on rechercha le microbe spécifique. |

Les premières recherches furent infructueuses, on ne trouva guère que les microbes surajoutès des infections secondaires. M. le professeur Nocard, seul, décrivit en 1893 une bactérie spéciale, qui paraît être le microbe spécifique de l'affection qui sévit chez les perruches ; mais cette bactérie n’a pas été retrouvée chez l’homme,

Ce chapitre bactériologique ne peut donc être définitif. Mais il faut toutefois passer en revue les précédents travaux, car ils permettent déjà de faire une hypothèse très plausible et qui est la suivante : la psittacose, maladie

microbienne spécifique, prépare le terrain à une infection secondaire causée par le pneumocoque.

Cette hypothèse s'appuie surtout sur les recherches bactériologiques de M. le D" Netter, publièes par M. Gastou dans le Bulletin Médical du 30 mars 1892, et sur des recherches inédites dont M. le D' Rendu a bien voulu nous donner les résultats.

M. Gastou rechercha le microbe spécifique dans les

excrements des perruches : il y trouva des bâtonnets allongés, et surtout des diplocoques. Ces diplocoques, inoculès à la souris, l'ont fait mourir en 48 heures d’une septicémie caractérisée par la présence dans le sang et dans les organes d’un petit bâtonnet grêle ayant tous les caractères de forme et de culture du bacille de la septicèmie des souris.

Des ailes de perruches ensemencées dans des milieux multiples ont donné de longs bâtonnets, des bacilles grèles, quelques .diplocoques sans caractères n’ayant en aucune façon les réactions de coloration au Gram des pneumocoques.

En résumé, dans toutes ces recherches, la présence du microbe spécifique est restée inaperçue; mais le fait suivant est à retenir : les cultures et les inoculations aux souris, faites par M. le D' Netter avec le suc des poumons recueilli à l’autopsie des malades morts de psitta= cose, démontrérent la présence du pneumocoque encap— sulé de Talamon-Fraenckel et du pneumo-bacille de Friedlander, | |

Pendant que ces recherches s’accomplissaient dans les laboratoires de l'hôpital Saint-Antoine, M. Rendu, à l’hôpital Necker, faisait faire par son interne M. Triboulet des études analogues. Les recherches portérent sur les crachats et sur le sang d’une femme de 46 ans, atteinte de psittacose, soignée dans le service de M. Rendu, et dont nous donnons plus loin l’observation in-extlenso.

L'examen direct des crachats, les cultures faites avec ces mêmes crachats démontrérent la prèsence des staphylocoques vulgaires et du paeumocoque,

De

L'examen du sang sur lamelles et en cultures resta négatif à tous points de vue.

D’autre part, avec le sang recueilli en pipettes stérilisées, on inocula deux souris blanches. Ces deux animaux moururent; dans une souris On trouva du coli-bacille, ce qui fut un résultat purement accidentel et sans valeur; chez Vautre, on trouva un bâtonnet de nature indèterminée ? et des diplocoques non encapsulès ne rappelant guère le microcoque de Talamon.

Une dernière série de recherches fut entreprise : on inocula une souris avec des crachats de la maiade du service de M. Rendu, et une autre souris avec les crachats d’un malade du service de M. Rigal. Ces deux souris moururent en 24 heures : chez la première on trouva du coli-bacille et du staphylocoque doré ; chez la seconde, du pneumocoque pur.

De plus, au même moment, M. le professeur Peter enseignait que cette nouvelle maladie n’était qu’un typhus récurrent modifié par son passage sur des perruches. Il importait donc de rechercher la présence du spirochæte d’Obermeier. Les recherches dans le sang et dans l’urine restèrent négatives.

De toutes ces recherches, il résulte qu’en somme le seul microbe pathogène retrouvé fut le pneumocoque; et cependant le microbe spécifique de la psittacose existait, mais il ne fut découvert qu’un an après par M. le professeur Nocard. à

Dans la séance du 24 mars 1893, du Conseil d'hygiène publique et de salubrité du département de la Seine, M. Nocard communiqua le résultat de ses recherches

OR

bactériologiques. IL n’avait pu se procurer, morte ou vivante, une des perruches malades, mais il avait usè d’un détour très ingénieux. Les deux Français, Dubois et Marion, qui rapportérent de la République Argentine en France toute une cargaison de perruches infectieuses, conservérent les ailes des oiseaux morts pendant la traversée. M. Nocard pensa que si les perruches avaient succombé à une maladie infectieuse, ces ailes en avaient peut-être conservé le germe : il ensemença des parcelles de moelle osseuse desséchée, prélevées purement dans le canal médullaire de plusieurs humérus intacts, dans divers milieux de culture, à l’air et dans le vide. Dés le lendemain, tous les milieux ensemencés avaient donné une culture abondante d’un microbe particulier, le même pour toutes les ailes mises en expérience; ces cultures étaient pures.

Voici textuellement la description que M. Nocard donne de ce microbe : c’est une bactérie, courte, assez épaisse, à extrèmités arrondies, à la fois aérobie et anaëérobie, extrèmement mobile; cette bactérie se développe rapidement sur la plupart des milieux, solides ou liquides, utilisès en microbiologie, pourvu que la réaction du milieu soit neutre ou légérement alcaline; elle ne prend pas la couleur de Gram, elle ne liquèfie pas la gélatine, ne fait pas fermenter la lactose, ne coagule pas le lait.

Elle est pathogène, non-seulement pour la perruche, mais encore pour le pigeon, la poule, la souris, le lapin, le cobaye, etc. Inoculès dans la trachée, dans le péritoine, ou dans les veines, tous ces auimaux meurent en moins de 48 heures avec des lésions intenses de septicèmie

Morange 4

hémorrhagique ; tous les parenchymes sont congestionnés et l’on y retrouve aisément la bactérie spécifique ; elle existe aussi dans le sang, mais en très petite quantité ; néanmoins tous les ensemencements de sang sont fertiles.

Inoculée sous la peau où dans les museles, où mélangée aux aliments, la bactèrie produit des effets moins constants où moins rapides : parfois encore la mort survient en deux ou trois jours; le plus souvent les animaux sur vivent huit, dix, douze, quinze jours, puis ils meurent très amaigris, avec de la diarrhée profuse ; parfois enfin, mais rarement, ils résistent et se rétablissent lentement. Les lésions provoquées sont toujours celles d’une septicèmie hémorrbagique. intense, et tous les viscères renferment la même bactérie.

M. Nocard institua de plus l'expérience suivante : il déposa une dizaine d’ailes sèches au fond de la cage d'une perruche saine, Cette perruche devint triste, somnolente; le dix-neuvième jour de l’expérience, la bête, en boule, plumes hérissées, ailes tombantes, dormit constamment, elle eut un peu de diarrhée; le vingtième jour, on la trouva morte. L'autopsie montra des lésions identiques à celles observèes chez les animaux inoculés : congestion hémorrhagique généralisée : foie, rate et reins hypertrophiès et ramollis, renfermant à l’état de pureté la bactérie dèjà décrite.

En résumé, voici done l’êtat actuel de la question : d'une part, la présence, dans le corps des perruches, d'une bactérie nettement différenciée, produisant par inoculation chez d'autres animaux une septicèmie hèmorrhagique ; d'autre part, prèsence frèquente du pneumo-

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