SYMPTOMES
La symptomatologie de la psittacose est vague et incertaine.
Il est impossible d’en tracer le dessin et de le délimiter d’une façon nette de celui des états typhoïdes voisins; ses contours se fondent, s’estompent; et tel symptûme que l’on rencontre dans la fièvre typhoïde, par exemple, se rencontre également dans Pinfection dèterminée par les perruches, identique dans les deux maladies.
Et cependant si tel ou tel symptôme est commun aux deux affections, de l’ensemble même de la symptomatologie se dégage un cachet particulier qui justifie la crèation de la psittacose comme entité morbide.
Ce n’est pas la première fois du reste que l’on tente de détacher du syndrôme clinique, dèsignè sous le nom d'état typhoïde, une affection spéciale. Est-il nécessaire de rappeler les discussions qui eurent lieu sur l'identité ou la non-identité du typhus exanthématique et de la fièvre typhoïde ? d
Stokes, Magnus Huss, Lindwurm, etc., ne voulaient voir dans le typhus fever et dans la fièvre typhoïde que des manières d’être différentes d’une seule et même pyrexie ; entre ces deux formes, ils admettaient des cas intermédiaires se rapprochant plus où moins des types
primitifs, se fondant, se combinant les uns avec les autres, de telle sorte qu'il devenait impossible de leur trouver des caractères franchement dessinés.
D’autre part, Murchison, Trousseau, combattirent cette opinion; et, à l'heure actuelle, typhus et fièvre typhoïde sont deux affections différentes dans leur cause, dans leur nature et dans leur symptomatologie.
La bactériologie seule pourra peut-être un jour tracer des limites précises entre ces différents états typhoïdes; mais à l'heure actuelle, elle en est complétement impuissante, et, par un Curieux phénomène, on voit actuellement l'étude bactériologique de la dothiènentérie traverser une crise absolument identique à celle que traversa étude étiologique et pathogénique de cette affection avec Murchison et Budd, de 1862 à 1873. En effet, certains bactériologistes avec MM. Rodet et Roux de Lyon font de la fièvre typhoïde une maladie spontanée naissant de germes que nous portons en nous, du bactlerium coli coinmune, qui, saprophyte silencieux dans les conditions ordinaires, devient virulent par suite de grandes infractions à l'hygiène. N'est-ce pas l’ancienne théorie de Murchison rajeunie? Il est vrai de dire que d’autres bactériologistes, soutenus par la haute compètence de M. Chantemesse, affirment la spécificité du bacille d’Eberth, et rendent ainsi de nouveau victorieuse la théorie défendue par Budd sur la contagion de la fièvre typhoïde.
Cet exemple montre qu'il ne faut pas encore demander à la bactériologie la délimitation de notre Sujet, et que ’étude clinique peut seule nous guider.
Incubation. — 11 ést difficile de fixer la durée de l’in-
RC ve
cubation de la psittacose. Dans toutes les observations, on note que les victimes de la contagion ont soignè leurs perruches malades pendant toute la durée de l'infection de ces dernières. Quand a eu lieu la transmission de l'agent infectieux ? À quel moment de son évolution, l’infection de la perruche est-elle transmissible à l’homme ?
Certes, on ne peut répondre à ces questions d’une façon précise; cependant il existe, rapportée par M. Dubief, une observation qui a la valeur d’une expérience de laboratoire : M. B..., concierge d’une maison, où cinq cas de psitiacose furent observés, nettoya, le 26 janvier 1893, la cage où était morte la perruche infectée, et conserva quelques heures avec lui le cadavre de l’animal avant de le jeter. Il n’avait donc êtè en contact avec l’agent infectant que pendant quelques heures, le 26 janvier; or, ce n'est que le 4 février qu'il tomba malade. Dans ce cas typique, l’incubation fut nettement de dix jours.
Cette durèe d’incubation peut-elle être prise comme type? Est-elle applicable à toutes les observations que nous avons recueillies? Dans tous les cas que nous avons pu observer, voici comment les faits se sont succédès : la pérruche fut achetée le 14 octobre, tomba malade le 29, et mourutle 6 novembre, c’est-à-dire après neuf jours de maladie ; le jeune homme qui lui donnait à manger devint malade le 7 novembre; une jeune fille qui caressait souvent cette perruche tomba malade le 11 du même mois Dans ces cas, on ne peut déterminer d’une façon précise le moment où eut lieu la contagion ; mais la durée d’incubation de dix jours est parfaitement possible. Dans quatre autres observations de M. Dubief, on voit 7, 9, 8,
LÉ 0e
9 jours entre la mort de la perruche et les premiers phénoménes indiquant le début de linfection chez les personnes ayant subi le contact. On peut donc, en somme, dire que la durée de l’incubation oscille entre 7 PU minimum observé, et 10 jours.
"Début. — Dans les cas les plus typiques, le mode de, début est très particulier. Beaucoup de personnes ont FPhabitude de donner à manger à leur perruche de bouche à bec; dans ces cas, le premier symptôme est un aecident local, variable, il est vraï, depuis la production dun simple œdème fagace jusqu’à lapparition d’une stomatite diphtéroïde intense. Un exemple pris dans le mémoire de M. Dubief vient à l'appui de ces assertions :
Mme M.…., 48 ans, acheta une perruche qui mourut le 25 janvier 1893. Le 3t janvier, Mme M... s’aperçut que la partie inférieure de sa figure était légérement enflèe au pourtour de la bouche, elle crut à un coup d’air. Cétte enflure disparut deux jours après, mais en même temps se développait une courbature généralisée : bref, l’infection se manifestait.
M. Dujardin-Beaumetz cite en outre un cas où ces accidents furent beaucoup plus graves : M. H..., entra le 5 mars 1893 à Cochin pour une stomatite diphtéroïde; ce w’était cependant pas de la diphtérie, car linterne du service, M. Sottas, constata l’absence du bacille de Klebs et Loœffler, et y trouva en revanche des pneumocoques et des streptocoques; quelque temps après son entrée, M. H... présenta les symptômes d’une pneumonie infectieuse droite dont il guérit.
Enfin, dans lobservation inédite que M. Rendu a eu
D Er
l’obligeance de nous donner, on voit notés les faits suivants : une femme de 46 ans achète une perruche apportée d'Amérique et mise en dépôt rue Dutot (probablement une perruche de Marion). Cet oiseau, très jeune, ne savait pas encore manger seul, la malade lui donnait la becquée et l'oiseau prenait du bec dans sa bouche. Environ huit jours après l’achat de la perruche (deux jours avant sa mort), la malade s’aperçut qu’elle avait sur la pointe de la langue de petits boutons rouges et douloureux; peu de jours après, elle eut -une angine et un endolorissement de la région sous-maxillaire, elle éprouva en même temps une grande lassitude, une courbature intense,
qui la forcèrent à entrer à l’hôpital Necker le 4 avril 1802: €
En résumé, voici trois exemples de début par accidents locaux : enflure légère, angine, et stomatite diphtéroïde.
Mais, dans nombre d’observations, ces accidents locaux passent inaperçus ou n’existent pas. Dans ces derniers cas, il est plus difficile d'indiquer le début de la psittacose : ce début n’est pas brusque, l'infection semble au contraire s'installer sourdement par des phénomènes assez insignifiants, simulant les prodromes de la fièvre typhoïde ou une attaque d’influenza d'intensité moyenne.
Le caractère dominant du début de la maladie paraît résider surtout dans l’abattement et la prostration extrêmes où les malades sont plongès. Dans les deux cas que nous avons pu observer, voici quel fut le mode de début : Le nommé V..., 27 ans, entra à l’hôpital Necker, Je 20 novembre 1894 ; il était malade depuis 10 jours, en
GAP Een
proie à une céphalée intense, anéanti, brisé, incapable de faire le moindre effort. Sa belle-sœur, entrée également le 20 novembre, était malade depuis le 11 ; ce dimanche, 11 novembre, la malade fut prise d’un grand abattement, elle éprouva quelques nausées ; le lendemain, elle essaya de se lever, mais fut prise de vertiges. Ce jour-là apparut une céphalée intense, si vive, dit la malade, que, quand elle voulait changer sa tête de côté sur l’oreiller, elle éprouvait des douleurs tellement horribles qu’elle ne pouvait retenir des cris. Ce symptôme prédominant persista jusqu’à l'entrée de la malade à l'hôpital Necker, le 20 novembre.
En résumé, si les phénomênes locaux manquent, le début s’annonce uniquement par les symptômes : abattement, prostration, céphalèe atroce, symptômes qui s’installent d’une façon graduelle. Ces premiers accidents, peu intenses au début, semblent plutôt appartenir à une indisposition légère qu'à une maladie véritable. Puis un jour la iassitude extrême, la céphalalgie très pénible, forcent le malade à s’aliter ; la vue se trouble, les oreilles tintent, l'appétit se perd, la bouche est sèche. La diarrhée, qui chez quelques-uns a marqué le début des acCidents, n’a pas êtè observée chez d’autres ; d’autres, au contraire, ont eu de la constipation.
Cet état persiste, en s’aggravant peu à peu, durant cinq, six ou sept Jours ; cest alors que le tableau symptomatique présenté par le malade est le plus nettement dessiné. Il serait superflu de faire ici, en détail, la description de ce tableau qui par bien des points rappelle celui de la dothiènentérie à la période d'état ; il est plus
Morange 9
utile d'indiquer les différences qui, à cette période, séparent les deux infections.
L'aspect général du malade est bien celui d’un typhique, la stupeur étant en effet la note dominante. Le malade est plongé dans une demi-somnolence, sans souffrances vives. Le délire est de règle, il nous à paru avoir un caractère un peu spécial et se rapprocher de ce qu’on à décrit sous le nom de typhomanie; c’est un délire tranquille : le malade assez calme marmotte d’une façon continue, mais répond parfois d’une manière lucide aux questions qui lui sont posées. Dans les observations que nous avons pu lire, on ne note que rarement une agitation extrème : dans un Cas cependant M. Dujardin-Beaumetz observa un délire furieux qui poussa le malade au suicide.
Dans la dothiénentérie, Griesinger a pu dire que la fièvre dominait la situation, et Liebermeister ajoutait qu’elle donnait la mesure du pronostic et du traitement : ces deux aphorismes sont également vrais dans la psittacose, de même qu'on ne peut en contester l’exactitude dans de nombreuses infections. |
Mais existe-t-il quelques particularités dans l’évolution du mouvement fébrile de la psittacose ? Dans la fièvre typhoïde, le professeur Jaccoud a pu distinguer trois stades successifs correspondant aux périodes de progrès, d'état et de déclin; ce sont les trois stades des oscilla= tions ascendantes, stationnaires et descendantes. Sans pouvoir affirmer qu’il n’en est pas ainsi dans l’infection que nous étudions, nous croyons que l'invasion fébrile se fait plus franchement ; c’est ainsi que dans un cas - observé par nous, où le début de l’affection peut être fixé
— 91" — au 11 novembre 1894, la malade a le lendemain soir, 12 novembre, 39°,8 de température axillaire, On pouvait donc déjà éloigner l’hypothèse d’une fièvre typhoïde, en se rappelant la première loi de Wunderlich : toute maladie dans laquelle la température atteint 40° le soir du deuxième jour n’est pas une fièvre typhoïde.
Pendant la période d'état, la température reste élevée avec de faibles rémissions matinales.
Enfin, lorsque la convalescence se prépare, la chute de la température se fait en deux ou trois jours ; les maxima baissent en même temps que les minima; et même, dans lies observations que nous avons sous les yeux, les écarts entre les températures du matin et celles du soir deviennent de plus en plus faibles, à mesure que la guérison s’affirme.
I y a donc à remarquer labsence du stade des grandes oscillations, qui annoncent le déclin de la fièvre typhoïde.
Le pouls, pendant toute Pévolution de la psittacose, est fréquent : 120 pulsations dans un cas, 110 daps un autre ; aucun Caractère particulier n’est à noter.
L'urine présente un certain nombre de modifications que
l’on retrouve dans les pyrexies graves, urine peu abon-
dante, dense, d’une couleur comparable à celle du bouil-
lon de bœuf; enfin elle contient dans la majorité des cas des traces d’albumine.
Troubles d igeslifs. — L’appétit, diminué dés le début, se supprime complètement dès que la fièvre apparait, et fait défaut jusqu’au moment où la défervescence commence.
HAL CERSS Dans tous les cas relatès, l’anorexie est absolue et dure pendant toute l’évolution fébrile.
La langue est collante, visqueuse, recouverte d’un enduit épais, très blanche au centre; elle est large, étalée, et rappelle plus la langue de la grippe que la langue typhique. En aucun cas nous n’avons vu la langue fendillée, rôtie, fuligineuse, ni les lèvres revêtues d'un enduit croûteux, noiràtre. Les sécrétions buccales sont donc moins altèrèes que dans la dothiènentérie.
Troubles gastro-intestinaux. — Dans un cas seulement on à observé des troubles gastriques, il s'agissait de la malade entrèe le 20 novembre 1894 dans le service de M. Rendu; et encore ces troubles gastriques furent-ils très passagers, ils existérent seulement au début de laffection et consistérent en nausées et quelques vomissements. |
Les symptômes intestinaux sont variables RASE M. Dubief constata le plus souvent l'existence d’une diarrhée qu’il considèra comme un phénomène vulgaire de toute maladie infectieuse, en revanche tous les malades soignés à l’hôpital Necker dans le service de M. Rendu prèsentérent une constipationopiniâtre quine cèda qu'aux lavements glycérinês.
Tuiméfaction de la rale. — Ce symptôme commun à la plupart des maladies infectieuses doit être constant dans la psittacose : nous l’arons toujours observé.
Troubles respiraloires. — Ces troubles sont très importants dans la psittacose et préparent merveilleusement le terrain pour l’évolution ultérieure d’une pneumonie. Ce fait fut en partie cause de l’erreur qui s’accrèédita
en 1892, lors de la première épidémie, et qui consista dans la confusion de la psittacose et de la pneumoni, infectieuse. Actuellement il est possible de faire Aa part des deux affections.
Dès le début, l'attention est éveillée dans tous les cas par des accès d’une toux qui dévient rapidement quinteuse. À Pauscultation, on perçoit dans toute l’étendue des deux poumons, des râles sous-crépitants fins, indiquant qu'il existe déjà un certain degré d’hyperhémie bronchique, souvent même une bronchite franchement inflammatoire. -
Les choses peuvent en rester là : c’est le cas de notre premier malade (Obs. I). Mais souvent les phénoménes s’aggravent; à cette simple bronchite s'ajoutent des désordres broncho-pulmonaires. Outre la toux quinteuse, on observe alors des phénomènes subjectifs plus accusés, à localisations déterminées, nous voulons parler des douleurs thoraciques, des points de côté. Notre second malade nous fournit un exemple de cette forme. C’est une jeune fille de vingt ans, qui tombe malade le 11 novembre 1894; le 13 novembre elle accuse un point de côté gauche, le médecin qui la soigne trouve des ràles fins et pense à une congestion pulmonaire; le lendemain ces accidents disparaissent. Le 20 novembre, nouveau point de côté, mais à droite; là encore on constate la présence de râles sous-crépitants fins de congestion pulmonaire; ces phénomènes durent deux jours, puis disparaissent.
Tels sont les seuls symptômes subjectifs ou objectifs observès chez cette malade. Aucune expectoration,
Q 4 == 40) rs
aucune modification, soit des vibrations thoraciques, soit des signes normaux fournis par la percussion.
En résumé, on n’a vu dans ces deux cas que des signes d’une inflammation bronchique simple, où d’une inflammation bronchique compliquée d’hyperhèmie bronchopulmonaire. Donc bronchite simple, où bronchite accompagnée d’une légère congestion pulmonaire : telles sont les seules manifestations pulmonaires qui relèvent directement de l’infection causée par une perruche malade.
Mais rarement cette infection reste seule : une infection secondaire se développe, dont la symptomatologie masque dès lors le syndrôme clinique de l'infection primitive. Nous retrouverons cette question lorsque nous étudierons les complications de la psittacose.
Etat de la peau; éruptions. — De même que dans la plupart des pyrexies, la peau du malade est chaude, sèche. En général, il n’existe aucune éruption spéciale : cependant dans un Cas nous avons observé l’apparition de petites élevures rougeûtres qui firent un moment osciller le diagnostic (Obs. I). Ce fut au quinzième jour de la maladie qu'apparut cette éruption sur les côtès de l'abdomen, sur la paroi antérieure des aisselles, sur la face externe des bras et des avant-bras, et aux membres inférieurs. Cette éruption était composée de taches isolées, lègèrement élevées, disparaissant à la pression le jour de leur apparition; plus tard ces taches devinrent pétéchiales; elles persistérent quatre jours, et disparurent, Cette éruption rappelait en somme l'éruption du typhus exanthématique; et, n’eussent été les Symptômes concomitants, le diagnostie eut errè. Mais il faut dire
que ce cas est unique; et dans les autres observations que nous avons pu recueillir, aucun phénomène analogue n’est relaté.
Pronostié. — Marche. — Durée. — Terminaison. — Malgré la gravité des épidémies relatées,
En 14892 : 42 cas, 14 morts,
En 1893 : 7 cas, 5 morts, : on peut dire que la psittacose, lorsqu’il.ne se surajoulte pas une infection secondaire, doit quérir.
Et de ceci nous donnons pour preuve les sept cas observés en 1893 par M. Dubief, et les deux cas observés en 1894 dans le service de M. Rendu.
Dans Pépidèmie de 1893 : 7 cas, 5 morts; or, en lisant ces observations, on voit que la cause de la mort est toujours due à Pévolution d’une pneumonie.
Au contraire, dans les deux cas de guérison, aucun symptôme pneumonique n’est venu se surajouter à lPinfection primitive. Il en est de même pour les deux observations que nous avons suivies : dans un cas, infection trés grave; dans l’autre, il est vrai, infection plus légère ; mais guérison dans ces deux cas, qui évoluérent sans complication pneumonique.
Donc, dans les cas de psittacose pure, le pronostic est relativement bénin, la guérison doit survenir.
Mais la convalescence ne s'établit que difficilement après une affection qui a profondèment anémié le malade. Pendant une durée de vingt Jours en effet,quelquefois plus, le malade a vècu aux dépensde sa propre substance ; et puisqu'on peut assez exactement évaluer la mesure de la dénutrition par la diminution totale du poids du corps à
la fin de la fièvre, nous conclurons en disant que notre premier malade (Obs. I) pesait au début de son affection 68 kilogrammes, et qu’à sa sortie de lhôpital son poids êtait tombè à 57 kilogrammes, soit une perte de 11 kilogrammes.
Complication. — La seule complication qu'il faille craindre dans l’évolution de la psittacose consiste dans l'apparition d’une infection secondaire, d’une pneumonie. 4
Cette complication est très fréquente, ainsi qu’il résulte des relations des épidémies de 1892 et de 1893; c’est cette complication seule qui à amené la mortalité considérable de ces deux épidémies.
Mais de ce qu’une pneumonie-se déclare, faut-il pour cela même porter un pronostic fatal? Évidemment ‘non, car tous les degrès de gravité peuvent exister. Dans le cas que M. Rendu a observè en 1892 (Obs. I), voici quelle est la succession des phénomènes constatés : la malade, 46 ans, fut atteinte vers le 13 mars; du 27 mars au 4 avril, elle fut en proie à une courbature intense avec anorexie, céphalalgie et fièvre ; mais elle ne prèsenta alorsaucune manifestation bien localisée, toussant peu, sans expectoration. Le 4 avril, l'examen de la poitrine fit constater une submatité légère à la base droite, et à l’auscultation on trouva des ràles sibilants dissèminès dans toute la poitrine et quelques ràles sous-crépitants fins de congestion à la base droite.
Le lendemain, expectoration de quelques crachats muqueux, un peu visqueux, etadhèrents ; à l’auscultation, on trouva du souffle à la base droite, et quelques râles fins.
naiss De plus l’examen bactériologique des crachats fit constater la présence de pneumocoques.
Dans ce cas, la greffe pneumonique êtait donc effectuée; et cependant, aprés trois jours de traitement, amélioration remarquable, et le 9 avril la malade fit sa défervescence complète et entra en convalescence.
Voici donc un exemple de psittacose avec pneumonie secondaire, et Cependant terminée par guérison ; d’autres exemples peuvent être trouvés, entr’autres les cas de Marion et d’une malade du professeur Peter (in Bulletin Médical, 1892, page 714).
Mais ces exemples sont rares ; et le plus souvent, lorsque l’infection pneumocoecique a lieu, les phénomènes se prècipitent et la mort survient, Il est facile de se convaincre de ce fait par la lecture du rapport de M. Dubief :
M. M... (62 ans), tombe malade le 2 février ; primitivement simple psittacose, courbature, toux légère, prostration; dans la nuit du 8 au 9, grand frisson qui dure de deux heures et demie à trois heures. Le 9, le médecin constate un peu de matitè dans la moitié inférieure du poumon gauche, des räles crépitants fins. Le soir de ce jour, M. M... succombe.
Mme G... (55 ans), tombe malade le 1° février ; début par fièvre, courbature, céphalalgie, etc. Au bout de quatre jours, il se produit brusquement une double congestion pulmonaire qui l’emporte en 24 heures.
MB... {61#ans), tomber malade le 4 février ; «le 20 février il est en,convalescence de sa première infection, quand brusquement, sans cause apparente, une preumonie se déclare avec frisson intense, point de côtè
Morange 6
et crachats rouillés, et l'emporte en deux jours et demi,
Même infection primitive, même pneumonie secondaire, même terminaison, chez les deux malades du n° 79 de la rue Legendre.
Ces cas résument en quelques mots les caractères pathognomoniques de la psittacose : abattement, prostration extrême, et au bout d’un temps plus ou moins long de cet état typhoide, apparition très fréquente d’une
pneumonie avec où sans frisson initial, pneumonie qui
entraine en général la mort du malade.