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mélancoliques, accompagnés d’idées de culpabilité et de ruine, de craintes de damnation, d'idées de suicide. Des hallucinations pénibles entretiennent cet état délirant : le sujet entend des voix qui lui défendent de manger.
Dans des cas assez rares, les troubles sensoriels, devenant très actifs, peuvent déterminer des accès d'angoisse : le malade s’agite, crie, marche jour et nuit, accomplit même, parfois, des tentatives de suicide ou d’homicide. Une coexistence assez singulière, et qui a son importance au point de vue du diagnostic, est celle d'idées de grandeur.
La s{upeur mélancolique peut aussi être observée : le malade est immobile, tantôt inerte, tantôt les membres raidis ; 1l est impossible d'obtenir de lui aucune parole : les aliments sont refusés avec obstination.
Tels sont, au cours de la paralysie générale, ces états aigus d’excitation ou de dépression, qui rentrent bien dans le cadre de la psychiâtrie d'urgence.
Rappelons enfin, pour terminer, les cas déjà signalés où l'alcoolisme réalise un syndrome paralytique fugace de diagnostic et d'interprétation difhicile.
D'après Magnan, « l’intoxication alcoolique, tantôt produit la paralysie générale, tantôt elle en simule les symptômes, tantôt au contraire elle les masque ».
On n’admet plus actuellement l’étiologie alcoolique univoque de cette affection ; mais on conçoit que la complexité du problème étiologique et clinique ait pu faire admettre l’origine alcoolique de la paralysie générale.
Nous en tenant aux cas de simulalion des symptômes, nous dirons que, sous l'influence d’un appoint alcoolique, une bouffée délirante toxique se produit, et, avec elle se
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développe souvent un délire polymorphe (ambitieux, mystique, hypocondriaque, de persécution), délire incohérent et mobile. Quelques malades présentent une certaine gêne de la parole, de l'inégalité pupillaire. D'autre part on apprend parfois qu'ils ont élé arrêtés ne pouvant payer un fiacre, une dépense de restaurant : tous ces faits donnent l’idée d’une paralysie générale. Comme l'amélioration est obtenue après quelque temps de séjour à l'asile, on dit encore « pseudo-paralysie générale », landis qu'il s’agit en réalité de dégénérescence mentale, mise en activité par un stimulant alcoo-
lique.
Après l'étude de la paralysie générale, nous pouvons ranger dans les cas chroniques, une étude non moins intéressante, celle des délires de persécution. Au point de vue psychiätrie d'urgence, nous pourrions nous contenter de décrire le délire de la persécution comme l'a fait Lasègue lui-même, cependant ce serait, à notre avis, faire un retour en arrière : 1l n’y a pas un délire de persécution, 1l y a des délires de persécution. Notamment on a l'habitude d’opposer le délire de persécution, phase du délire chronique à évolution systématique de Magnan, au délire de persécution, délire systématisé des dégénérés héréditaires ; d’une part le persécuté halluciné, d'autre part le persécuteur raisonnant ou persécuté-persécuteur. Dans le premier cas le délire est évolutif et tardif, l'individu est normal jusqu'au début de l'affection ; dans le second cas le délire est précoce et d'emblée, l'individu est un hérédo-dégénéré.
Si nous prenons le cas de la psychose systématique
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progressive, nous voyons succéder, à la période d'incubalion ou des interprétations délirantes, la période de persécution proprement dite, avec troubles de la sensibilité générale et hallucinations auditives. Au début de cette période le délirant chronique n'est généralement pas dangereux ; 1l trouble quelquefois l’ordre public, mais n’altente pas à la sécurité des personnes ; il cherche surtout à éviter ses ennemis, devient par exemple un aliéné migrateur [Foville) et peut se faire arrêter pour vagabondage. A partir de ce moment il en est qui, las de soutenir une lutte inégale contre leurs ennemis, se désespèrent et ne voient plus de refuge que dans la mort; mais nombre d’autres s'arment et dès lors deviennent très dangereux. Ce sont souvent ces malades qui, sous le coup d’une hallucination, frappent un passant d’un coup de couteau ou de revolver. « Je ne connais pas, dit Tardieu, de fous plus abominablement dangereux que les hallucinés qui répondent par un coup de couteau à une insulte imaginaire, ou qui, de loin, déchargent une arme à feu sur un groupe où ils croient que l’on parle d'eux en termes outrageants. » D'autres fois ils désignent par leur nom les gens qui les poursuivent, ils leur font des menaces, les provoquent, les épient, se précipitent sur eux et quelquefois les tuent. ;
Selon le caractère du sujet et l'intensité des hallucinations, le délirant : chronique réagit différemment. Certains s'en tiennent longtemps aux récriminations ; d'autres attaquent de très bonne heure, au début de la deuxième période, surlout s'il existe un appoint alcoolique. Quoi qu'il en soit, lorsque le délirant chro-
nique ne se borne plus à accuser un groupe d’individus, une société quelconque, mais, allant plus loin, circonscrivant davantage, désigne nommément un personnage déterminé, son attitude change, de persécuté il devient persécuteur, et la séquestration est urgente, car de la menace à l'acte, 1l n’y a qu’un pas souvent bien vite franchi. |
À côté des perséculés hallucinés, nous allons étudier les persécutés-persécuteurs. Ces derniers sont avant tout des dégénérés héréditaires, c’est-à-dire qu'ils présentent d’une part des stigmates physiques de dégénérescence, d'autre part de véritables stigmates psychiques, connus encore sous le nom de syndromes épisodiques des héréditaires (Magnan). Ces épisodes, qu'il faut connaître, se caractérisent par l’irrésistibilité, l'angoisse concomitante, la conscience complète de l’état et la satisfaction consécutive à l'acte accompli, qu'on soit en présence d’une manie, d'une phobie, d'une impulsion ou d'une obsession. Or les délires systématisés prennent aussi chez les dégénérés des caractères spéciaux. Qu'il s'agisse d'un délire ambitieux, religieux, hypocondriaque ou de persécution, ce délire débute d'emblée, il est souvent polymorphe, de durée variable, mais ne parcourt jamais une succession de périodes déterminées. Dans d’autres cas, le délire est tout à fait analogue à une idée obsédante : il reste fixe, unique, sans tendance évolutive.
Les persécutés-persécuteurs, qui appartiennent à celte catégorie, présentent de temps à autre, des périodes d’exaltation maniaque, mais ils tirent surtout leur danger de leur lucidité même d’une part, et d'autre part, de leur persévérance et de leur ténacité inlassables.
Très pointülleux, rusés, menteurs, actifs et patients, les persécutés-persécuteurs mettent leur mémoire, leur imagination, leurs facultés syllogistiques très développées au service de leurs sentiments maladifs, de leur haine profonde, de leur soif de vengeance.
Ils veulent redresser les torts, flétrir les dénis de justice, obtenir des réparations pour les prétendus dommages portés à leur fortune, à leur honneur et à leur considération. Si, au début, leurs discours et leurs démarches semblent ne tenir que de la passion, à mesure qu'ils s’exaltent, leur désir de rentrer dans leurs droits, de satisfaire leur vengeance n’a plus de frein et domine complètement leurs sentiments, leurs conceptions et toute leur volonté ; le caractère maladif devient évident. Très prolixes, très loquaces, ils accumulent leurs prétendues preuves, parfois avec beaucoup de logique, s'appuient sur des arguments tirés de la lecture du Code, sur des faits vrais auxquels ils ajoutent des compléments imaginaires ; ils peuvent ainsi en imposer et rendre difficile la distinction du vrai et du faux.
Quoi qu'il en soit, ils ne s'arrêtent pas à une longue période d'incubation, d’interprétations délirantes, comme les persécutés ordinaires : ils passent promptement de l’idée à l'acte. Ils s'adressent aux tribunaux, entament des procès, réclament des dommages-intérêts, écrivent des lettres, se tournent vers les journalistes, cherchent ensuite à gagner à leur cause les conseillers, les députés ; ils en viennent enfin aux écrits injurieux et aux menaces, aux cartes-postales et aux affiches, enfin aux tentatives de violence et de meurtre.
Dans certains cas, ce n'est pas le souvenir obsédant
d'une injustice subie qui poursuit le malade et arme son bras contre ceux dont il croit avoir à se plaindre ; mais c'est l'intérêt d’un parti politique, d’une classe sociale, le salut de la patrie qui le poussent au meurtre et, une fois installée l’idée qu’il peut, par la mort d'un homme, sauver tous ces grands intérêts, il va à son but avec læ même ténacilé aveugle que les sujets précédents. Tel est ce malade qui, par patriotisme, üre un coup de revolver sur un employé de l'ambassade d'Allemagne.
D'après leurs tendances maladives, les persécuteurs raisonnan{s peuvent être distingués en différents groupes, notamment les persécuteurs processifs.
À propos de ces derniers, nous allons dire quelques mots de la séquestralion volontaire chez les persécutés. S'il est vrai, en effet, que les persécutés changent volontiers de domicile, ils peuvent aussi s’enfermer, se barricader pour se protéger, au besoin se défendre contre leurs ennemis. « Certains persécutés, plus méfiants, plus terrorisés et plus violents que d’autres, non seulement s’enferment, mais se munissent de provisions de bouche, d'armes à feu et de cartouches, prêts à soutenir un siège en règle contre leurs voisins, leurs parents, la police et les gendarmes. Ils organisent ainsi, à leur domicile, un véritable « fort Chabrol » dont les exemples abondent dans la littérature judiciaire et médico-légale. Or, ces cas de fort Chabrol sont d'observation plus fréquente chez les aliénés ruraux, persécutés processifs, à délire de dépossession et de revendication, qui s'insurgent contre les décisions des tribunaux, refusent de reconnaître la chose jugée et se préparent à recevoir, à coups de fusil, les agents chargés d'exécuter la loi. » (Dupré).
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Après la catégorie des persécuteurs processifs, nous signalerons les hypocondriaques persécuteurs, qui, croyant un jour avoir été mal soignés par un médecin, en veulent à tous les médecins qu'ils rencontrent dans le cours de leur traitement et les persécutent quelquefois très activement ; citons encore les persécuteurs filiaux, croyant avoir trouvé un père, qu'ils persécutent de leur tendresse et de leurs revendications ; les amoureux persécuteurs : Teulat, l’amoureux de la princesse de B... en était un magnifique exemple.
En somme, le persécuté, qu'il appartienne à la variété des hallucinés ou à celle des raisonnants, est un ahéné essentiellement dangereux.
L'halluciné, en passant dans la rue, entend une insulte et frappe la personne qui se trouve auprès de lui à ce moment, croyant que c'est elle qui l’a injurié. Le raisonnant, qui est souvent un processif, s’en prend à toutes les personnes avec lesquelles 1l a affaire.
Ce sont aussi les persécutés raisonnants qui sont coutumiers des manifestations d'éclat, depuis les simples cris séditieux, le jet de manifestes dans l'enceinte du Parlement, les démarches à l'Elysée, les coups de feu tirés sur le passage de souverains, jusqu'aux attentats contre les personnages politiques ; leur but est d’alürer sur eux l'attention du public. :
Bien plus, et ceci a une grande importance, avec la logique de leurs propos, ils en imposent pour la raison, si bien qu'il est parfois difficile de les faire considérer comme aliénés par le public et même les magistrats ; c’est pour eux qu'on crie à la séquestration arbitraire.
Les persécutés enfin ne commettent par seulement des