‹ De la Psychiatrie d'UrgenceChapitre 14 sur 21 · EN · texte numérisé non relu

EN

violences contre les individus ; mais ils se livrent aussi à des dégradations contre les propriétés des personnes dont ils croient avoir à se plaindre ; parfois ils incendient leurs demeures et leurs récoltes.

Il n'est pas rare, en dernier lieu, de voir les persécutés, traqués de tous côtés, ne pouvant rester nulle part, incapables de subvenir à leurs besoins par le travail, se faire arrêter pour vol ou vagabondage.

De toute cette étude 1l ressort que, pour le persécuté, l'internement s'impose ; or, chez le persécuté, la séquestration est habituellement suivie d’une rémission ; elle a en outre le double avantage de placer le délirant chronique et le persécuté-persécuteur à l'abri des causes d’excitation qu'ils rencontrent au dehors et de mettre obstacle à leurs agressions. Elle constitue ainsi une mesure qui sauvegarde à la fois leur propre intérêt et assure la sécurité publique.

Dans l’étude clinique des cas à évolution chronique de la psychiâtrie d'urgence, nous devrions exposer, à la suite de la paralysie générale et des délires systématisés, les différentes variétés de démence.

Qu'il nous suflise de citer ici la plus fréquente et la plus caractéristique de toutes : la démence sénile.

Dans les démences en général, et dans la démence sénile en particulier, fréquents sont les cas de vagabondage pathologique, avec ou sans mendicité, consécutifs à des fugues ou à des ictus amnésiques. Ces ictus amnésiques ne frappent pas seulement les déments séniles, mais beaucoup de déments organiques au début de leur affection, de paralytiques généraux, quelquefois des intoxiqués où des épileptiques. Ils laissent tout à coup le ma-

PP LERR 2e

lade, sur la voie publique, désemparé, incapable de donner le moindre renseignement sur son identité, véritable épave de la société, livrée aux dangers de la vie active.

On doit rapprocher de ces ictus amnésiques, ces amnésies verbales que sont les différentes variétés d'aphasie, notamment les aphasies sensorielles.

Ces ictus encéphalopathiques, très fréquents, lorsqu'ils surprennent les malades sur la voie publique, créent pour eux des situations analogues aux précédentes. Or, s'ils n'appartiennent pas à la démence sénile en particulier, ils relèvent souvent de l’artério-sclérose cérébrale, et touchent à la sénilité,

Quoi qu'il en soit, les malades ainsi frappés, amnésiques, aphasiques, agnosiques, désorientés, plus ou moins confus et anxieux, donnent à l'entourage l'impression d’aliénés et, de fait, 1l est de toute nécessité pour eux de leur prêter assistance et de les isoler, momentanément, du monde extérieur. Mais, au bout de quelques heures ou de quelques jours, le malade retrouve tout ou partie des souvenirs perdus, son nom, son adresse, et lorsque, en prévision du retour de ces ictus amnésiques, une surveillance active peut être exercée par la fanulle ou l’entourage, l’internement n’est pas nécessaire.

Chez les déments enfin, il faut signaler : les fen{atives d'incendie, dues à l’'égarement et au désordre des actes ; les fentatives de vol, mais surtout les aflentats aux mœurs, et, en particulier, chez les déments séniles, les outrages publics à la pudeur par exhibilionisme.

Telle est l'étude des cas chroniques de la psychiâtrie d'urgence, cas où pullulent les épisodes médico-légaux ;

jointe à l'étude, si souvent dramatique, des cas aigus, cela fait une somme d'éventualités nombreuses et variées où, dans l'intérêt pressant du malade et de son entourage, s'impose la nécessité d’un diagnostic et d’un pronostic rapides. De cet examen, en eftet, doivent découler fré-

quemment une décision administrative et toujours une thérapeutique d'urgence.

Page 1