‹ De la Psychiatrie d'UrgenceChapitre 18 sur 21 · OT · texte numérisé non relu

OT

mente, dans des proportions rapides et considérables, l'excitation psychique et les effets de cette excitation sur le système nerveux et toutes les fonctions nutnitives.

Chez lous les excités étroitement maintenus, la température s'élève, une aulo-intoxication grave et progressive se déclare, avec état typhoïde, ataxo-adynamie, accélération cardiaque, imminence de collapsus et mort à bref délai. C’est l’application de la camisole de force qui créait les formes furieuses et presque fatalement mortelles du délire alcoolique, de la manie aiguë et de l'excitation épileptique.

Dans la plupart des cas, même si le personnel est insuffisant autour du malade, la camisole peut être remplacée par le chlorhydrate d’hyoscine, le spécifique de l'agitation pour le D' Magnan. On l’emploie en injection sous-cutanée, à la dose de 1/4 et 3/4 de milligramme, et même plus, en commençant par 1/4 de milligramme, pour tâter la susceptibilité du sujet. La sédation est rapidement obtenue et la résolution musculaire dure assez longtemps, pour faciliter, par exemple, le transfert du malade : l’hyoscine fait donc partie de l'arsenal de la thérapeutique d'urgence.

Cet arsenal thérapeutique est très restreint ; les médicaments sont, en psychiâtrie, d'ordre beaucoup plus général que spécial, avec ce fait particulier : l'urgence réquente de la médication hypodermique.

Autrement importants sont les {rois modes de traitement suivants : l'isolement, l’alitement et l'hydrothéraple.

Il est bon d'ouvrir une parenthèse et de dire pourquoi nous traitons de ce chapitre en psychiälrie d'urgence,

Er HOT

C’est que la psychiâtrie d'urgence ne se borne pas au transfert du malade dans un asile ou une maison de santé, et c'est ici le lieu de rappeler l’heureuse distinction établie par Régis, entre les délirants d'asile d'une part, et les délirants d'hôpital d'autre part. Sur les premiers nous aurons à revenir, à propos de la conduite à tenir en cas d’internement. Quant aux délirants d'hôpital qu'il suffit d'isoler, ce sont les pseudo-aliénés, atteints de troubles psychiques transitoires, secondaires à des infections, des intoxicalions, des traumatismes physiques ou moraux. Ces réactions psychopathiques, le plus souvent de nature confusionnelle, sont en général peu durables, subordonnées à la cause somatique qui les détermine et justiciables d’un traitement médical qu’on peut instituer en dehors de l'asile.

« Dans les hôpitaux actuels — écrit le D' Dupré — :1l existe malheureusement bien peu de services d'isolement adaptés à la cure des somato-psychoses. Etant donné les préjugés du public contre l’internement et le discrédit dont pâtissent plus tard les malades qui ont passé par l'asile d’aliénés, on comprend qu'il est du devoir du médecin d’épargner, dans la mesure du possible, à son client un internement qu’on peut éviler, en recourant, dans la psychiâtrie d'urgence, et même dans beaucoup d’autres cas, à l’hospitalisation ou au traitement dans un établissement hydrothérapique ou enfin à la cure à domicile. »

MM. Séglas et Chaslin avaient déjà insisté sur les bienfaits de la cure à domucile chez les mélancoliques non anxieux et surtout les confusionnels, en dehors de

(a période aiguë de leur maladie.

C'est encore la même conduite à tenir qui s'impose, lorsque le médecin conserve quelque doute sur l'existence d'une aliénation mentale véritable.

« En principe, dans les cas d'urgence, lorsque les ressources de la famille le permettent, 1l est préférable d'attendre, en présence de symptômes d'ordre somatique, aigus ou subaigus, que l’évolution ait permis de juger leur importance relative dans le syndrome et leur rôle dans la genèse des troubles psychiques, avant de recourir à l’internement. »

Dans tous ces cas, 1l faudra donc, au domicile du malade, assurer les conditions nécessaires au traitement. Avant tout le personnel devra être suffisamment nombreux, dévoué, exercé.

L'isolement dans la maison est, malgré les apparences, plus facile à réaliser qu’à l'hôpital, où l’agglomération des malades sera longtemps le gros obstacle matériel. L'’isolement thérapeutique n’est du reste pas applicable à tous les cas : les confusionnels en particulier sont des désorientés, dont l'isolement ne fait qu’accentuer la désorientation (Séglas et Chaslin).

L’alitement, pratiqué systématiquement 1l y a une cinquantaine d’années, par Guislain, chez les maniaques et les mélancoliques, présente actuellement une vogue considérable et justifiée. Il régularise notamment les fonctions thermique et circulatoire, abaisse la courbe chez les excités, la relève chez les déprimés et ménage les ressources biologiques de l'individu. Les malades l'acceptent généralement bien, et ce n’est du reste que par la douceur ou la persuasion qu'il faut les y maintenir.

L'hydrothérapie enfin, quoique sommairement, peut être installée à domicile, avec l'enveloppement dans le drap mouillé comme excitant et le bain tiède comme calmant.

Notons l’usage parfois urgent du gavage par la sonde molle et la voie naso-pharyngienne, et nous en aurons terminé avec cet exposé des moyens thérapeutiques d’usage courant, et immédiat.

Nous n'avons pas parlé, avec intention, du traitement des affections somatiques — telles que la pneumonie — occasionnelles ou accidentelles chez nos malades ; 1l faudra toujours y penser chez des sujets souvent surmenés et incapables de se plaindre ou de répondre : c'est là que la vieille clinique du facies, de la langue, du pouls et du thermomètre reprendra ses droits.

Avant d'aborder le côté médico-légal de la conduite à tenir en fait d'urgence, c’est-à-dire l’internement, est-il besoin d'ajouter que les moyens ne manquent pas au médecin, lorsqu'il se trouve en présence des cas précédemment envisagés, c’est-à-dire permettant ou nécessilant le traitement à domicile, mais lorsque la famille s’y refuse, le plus souvent forcée par la raison pécuniaire. Chez les indigents, 1l faudra conseiller l'évacuation sur l'hôpital, d'où le malade, si l’aliénation mentale se confirme, pourra ensuite êlre facilement dirigé sur l'asile.

Pour les autres, reste l’établissement hydrothérapique. Il faut savoir cependant qu'il offre des garanties insuffisantes aux mélancoliques, et n’admet les maniaques, les délirants systématisés, qu’en violant ses propres statuts et les prescriptions légales, qui lui interdisent de recevoir

des aliénés, c’est-à-dire des malades insuffisamment

conscients de leur état, ou qui n’admettent l'isolement que contraints et forcés.

En procédant par exclusion, lorsqu'un malade ne peut être gardé ni à domicile, n1 à l'hôpital, ni dans un éta blissement hydrothérapique, il doit être dirigé sur la maison de santé ou sur l’asile et nous rentrons ainsi dans le cas de l’internement, avec toute son importance et, le plus souvent, son urgence médico-légale.

L'internement est un acte excessivement grave, non seulement vis-à-vis du malade et de sa famille, fait sur lequel nous avons insisté ; mais encore vis-à-vis du médecin dont 1l engage la responsabilité morale et matérielle. Il nous faut donc définir exactement l’aliéné, car, si l'isolement est une mesure purement médicale, s'adressant à de nombreux psychopathes, l’internement est une mesure à la fois médicale et administrative qui ne s'adresse qu'aux aliénés. Qu'est-ce donc que l’aliéné?

Dupré le définit ainsi : « L'aliéné est un sujet qui, sous une influence morbide, commet des actes étranges, non motivés pour ceux qui l’observent, dangereux pour lui-même et pour les autres, et qui, de ce fait, est justiciable des mesures de protection que lui assurent les lois, vis-à-vis de lui-même et de la société. »

Nous plaçant au point de vue pratique, nous allons passer successivement en revue les débiles, les déments, les déséquihbrés et les délirants, et voir parmi ceux-ci à qui convient le terme d'aliéné, à qui s'impose l'internement. Cette division est due au D' Dupré, qui l'appelle : la division des quatre D.

Un grand nombre de débiles sont des sujets manifestement incapables de vivre dans la société, sans

Page 1