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panophobiques, au cours desquels le malade peut donner ou trouver la mort.
Jean F... s'imagine que Paris est en feu: « Comment pouvez-vous rester là quand toul flambe ? ». Il court d'un trait à Argenteuil : « Vous ne voyez donc pas les flammes ; ça pétille pourtant assez. »
Charles B... s'enfuit devant des gendarmes imaginaires : « Il s'agissait de gagner leurs chevaux de vitesse ; J'ai franchi je ne sais combien de haies vives ; j'ai traversé des laillis épais, impénétrables. Ça génait les gendarmes qui étaient forcés de faire un détour. Puis la galopade recommençait. » B... fut trouvé, affaissé sur la route, le corps en sang, des lambeaux de chaussures aux pieds.
L'alcoolique subaigu fuit souvent ; mais il peut se défendre ou attaquer.
Pierre C..., taciturne, dîne avec trois de ses amis. Tout à coup 1l se saisit d’un couteau à découper, bondit sur ses camarades et les frappe avec acharnement... Le lendemain il explique qu'il avait pris ses amis pour des juges, qui venaient de le condamner à mort,
Pour bien juger ce que peuvent être les réactions de l'alcoolique subaigu, 1l faut relire Lasègue. L’alcoolique subaigu, dit-il, n'a aucune des impulsions maniaques qu'entraînent les formes suraiguës de l’intoxication (délirium tremens) ; calme ou anxieux sans violences, il semble avoir conservé assez d’empire sur lui-même pour s'en tenir à des divagations : bien inexpérimenté serait le médecin qui se fierait à ces apparences. Le maniaque quel qu’il soit ou, comme on l'appelle vulgairement, l'aliéné furieux avertit par avance du danger ; chacun de
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ses gestes semble une menace et, même quand il doit rester inoffensif, il inspire aux assistan(s une terreur qui commande les précautions.
À l'inverse de l'opinion populaire, on pourrait dire que plus un aliéné conserve la raison, plus il est dangereux. Maître en quelque sorte d'une moitié de sa réflexion, il s’en sert pour mener à bonne fin des actes en conformité avec son délire. L'énergie qui lui eut peutêtre manqué dans les conditions normales est fournie par la maladie ; la combinaison d'idées que réclame la préparalion à agir devient possible à l’aide d’un reste d'intelligence ou persistante, ou qui s’éveille par intervalles. Si l'on veut bien se rappeler la facilité avec laquelle les alcooliques subaigus réussissent à suspendre le délire, la vivacité qu'ils apportent à reprendre leurs conceplions momentanément interrompues, on comprendra qu'ils soient aptes à passer de l’idée à sa réalisalion.
D'un autre côté, pour que le délire sorte de la sphère purement imaginative, 1l faut que son programme soit à quelque degré exécutable. Il importe donc, sans faire de celle notion un critérium infailhble, de se représenter jusqu'à quel point le délire se maintient dans des aspiraüons réalisables, pour prévoir si le malade cédera devant l'énormité des obstacles ou se décidera a agir. Or, il est évident que l’alcoohique subaign n’est pas indifférent envers ses hallucinations, 1l aspire à se délivrer d’influences hostiles et n’a guère, à son service, que deux moyens : où faire disparaître objets ou gens, tout ce qui le tourmente, ou se soustraire au danger qu'il suppose par la mort volontaire. Ce sont là en effet les aboutis-
sants possibles aussi bien de l'alcoolisme subaigu que des formes maniaques. Le meurtre suppose un degré d’excitation presque incompatible avec le peu d'acuité de la maladie, à moins quil n'ait été provoqué par le concours de circonstances exceplionnelles. Le vol, l’escroquerie n'apparliennent pas à un mode délirant, où le malade n'a ni appétit, ni désirs, ni jouissances à salisfaire. Reste en première ligne le suicide.
* Ce suicide est encore plus fréquent dans la forme mélancolique de l'alcoolisme subaigu, forme qui peut du reste alterner, chez le même sujet, avec la forme maniaque. Mais, règle générale, tous les auteurs signalent, avec preuves, l'alcoolisme comme une des principales causes du suicide. D’après Magnan, on peut admettre, au bas mot, que, sur 1000 aliénés, 200 sont alcooliques et que, parmi eux, 20 ont fait des lentalives de suicide et 8 seulement des tentatives d’homicide. Encore, de cetle statistique, ont été élagués les nombreux accidents du genre de celui-ci : tel alcoolique s’imagine être poursuivi, passe par la fenêtre croyant prendre la porte et se tue ; c’est un accident el non pas une tentative de suicide. Lasègue avait déjà rapporté une longue suite d’observations d’alcoolisme subaigu avec tentatives de suicide. Ainsi donc l'alcoolique subaigu, trop occupé à poursuivre ses chimères ou à se détourner des chimères qui le poursuivent, ne tue pas ou tue exceptionnellement ; mais, d’une part, l'inquiétude constituant le fond obligé de son délire, d’autre part, incliné à conformer ses actes à ses disposilions anxieuses, la tendance au suicide est l'aboulissant le plus habituel de ses préoccupations ; elle survient subite, inattendue, sans que rien autorise à la