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prévoir, et l’action suit immédiatement la résolution, provoquée par un incident qui, dans toute autre situation d'esprit, eut passé insignifiant. Enfin le mode de suicide n’est jamais compliqué : l’alcoolique qui se suicide se jette à l’eau, ou d’un lieu élevé, ou bien s’étrangle.
De toute cette étude sur l'alcoolisme subaigu, Lasègue concluait : « Enfin, et loujours parce qu'il n’est qu'un accident passager, l'alcoolisme subaigu doit être sûrement reconnu par le médecin, pour qu'il en affirme la nature et la prochaine guérison. Le confondre avec les folies durables et qui réclament des mesures décisives, ce serait commettre une lourde faute dont je n'ai pas besoin d’énumérer les fâcheuses conséquences. »
Motet, dans son analyse du mémoire de Lasègue, formule la conclusion pratique à déduire de ce travail. On doit presque pressentir, dit-1l, toute l'importance des déductions pratiques qui en doivent découler ; la plus sérieuse de toutes est incontestablement celle-ci : « Il n'est pas nécessaire, dans l'immense majorité des cas, de faire admettre, dans des asiles d’aliénés, les individus atteints d’alcoolisme subaigu ; leur guérison est rapide et, pour l'obtenir, 1l suflit de l’isolement et du repos, qu'il est possible de leur assurer autrement que par une séquestralion administralivement constatée. »
Malheureusement, la disparition des hallucinations et du délire n'est pas le retour complet à la santé ; le plus souvent, ces malades conservent encore quelques jours un état de malaise cérébral, un sommeil agité par des cauchemars, des troubles gastriques qui les poussent à de nouveaux excès et à une prompte rechute ; de sorte, qu'en réalité, dans l’état actuel des choses, ne possédant
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pas de refuges ou d’hôpitaux spéciaux pour conserver le temps nécessaire à leur guérison complète cette catégorie d’alcoolisés, 1l est préférable, à notre avis, de les faire entrer dans les asiles. « Nous devons ajouter qu'il est parfois impossible, au moment de l'accès de délire alcoolique, de prévoir s'il sera suivi d'idées délirantes d'une certaine durée et que, de plus, au déclin de l'accès, celles-ci ne sont pas toujours faciles à apprécier. On s’exposerait donc à les méconnaître en ne prenant pas des mesures de précaution, ou bien en mettant trop hâtivement ces malades en liberté, dans les cas où leur séquestration aurait été affectuée. » (Magnan.)
Telle est l'étude de l'alcoolisme subaigu, le plus souvent poussée subaiguë au cours de l'alcoolisme chronique. Or, sur le fond essentiellement irritable et anormal de l'alcoolique chronique, 1l faut connaître l'éclosion fréquente d'un délire de jalousie, souvent très grave dans ses conséquences. Ce n’est pas tout, parfois, des poussées subaiguës, au cours de l’alcoolisme chronique peuvent se traduire, chez cerlains sujets, par l'apparition d'un syndrôme paralylique, essentiellement fugace et instable. Le fait avait déjà été signalé par Lasègue el il faut bien se garder de confondre celte pseudo-paralysie générale avec la paralysie générale proprement dite, qu'elle simule plus ou moins complètement par l’incohérence, l'agitation, les idées de grandeur, la dysarthrie, le tremblement, la paresse des réactions papillaires, etc.
Quant à l'alcoolisme aigu où delirium tremens, qui ne survient que chez l’alcoolique chronique, c’est un accident aigu, mais le plus souvent d'évolution transitoire
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et bénigne. Le delirium tremens s'accompagne du tremblement généralisé, avec secousses fibrillaires, qui lui a donné son nom ; il est surtout fébrile, et cette fièvre qui fait un de ses caractères, qui en fait quelquefois la gravité, le range peut-être dans la catégorie des délires dus à des infections intercurrentes, si fréquentes chez les alcooliques. Il n’est pas besoin d’insister sur le tableau de l’alcoolique aigu dont la physionomie ardente, exaltée, dont les yeux injectés, la face rutilante, couverte de sueurs, dont les vociférations incohérentes laissent à peine une part à l’imprévu et dont la violence et la gravité des réactions motrices ne le cèdent guère qu'à l’épilepsie.
Nous en aurons terminé avec les mamifeslations aiguës de l'alcoolisme, lorsque nous aurons dit quelques mots de l’alcoolisme associé. Il est courant en effet, et grave, de voir l’alcoclisme combiné, soit aux différentes psychoses qu'il renforce, soit à l'imbécillité qu'il conduit à la démence, soit à la paralysie générale, au point que l'alcool a été longtemps regardé comme une cause possible de la paralysie, soit enfin à l’épilepsie essentielle. Cette dernière association fait de l’épileptique-alcoolique un malade des plus dangereux : 1l ajoute aux impulsions parfois st terribles qu'il tient de sa maladie, celles qu'il puise dans l’intoxicalion. .
Il ne faut pas confondre cependant les crises comiüales de l'épileptique-alcoolique avec les accès épileptiformes dus à l’absinthisme. Quoique tout à fait semblabes au point descriptif, ces accès diffèrent néanmoins par l’amnèse, l’évolution et le caractère même du délire.
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La manie aïquë représente, après l'alcoolisme, un des élats d’excitation le plus fréquemment observés à l'infirmerie spéciale. \
La manie, considérée autrefois par Pinel comme l'espèce de folie la plus fréquente de toutes, est aujourd’hui considérée comme relativement rare.
C'est qu'il faut distinguer la manie essentielle, des états maniaques symptômatiques, au cours de la paralysie générale ou de l’épilepsie par exemple.
Malgré l'hyper-excitation qui la caractérise, la manie essentielle est, de toutes les maladies mentales, celle qui donne le plus rarement lieu à une expertise médicolégale ; car, d’une part, les crimes et délits y sont assez rares et, d'autre part, le maniaque, avec ses manifeslatons bruyantes, apparaît facilement, aux yeux de tous, comme un alhéné.
La manie est en effet l'expression la plus saisissante de la désorganisation psychique. Chez le maniaque, rien n’est dissimulé : tout au dehors, au grand jour et portes grandes ouvertes, telle est la formule du maniaque. Toutes ses facullés sont exaltées, toutes fonctionnent à la fois, sans méthode el, en quelque sorte, à haute expression; aussi Esquirol a-t-il pu dire que: «le maniaque représente l’image du chaos, dont les éléments mis en mouvements se heurtent, se contrarient sans cesse pour augmenter le désordre ».
La physionomie est mobile, grimaçante ; les yeux surtout, à un moment hagards et remuants, un moment après pénétrants et fixes, reflètent l'exaltation et la rapide succession des pensées.
Les membres sont perpétuellement en mouvement ;
les malades sont poussés par une force instinctive et irrésistible à porter partout le désordre, à frapper, briser, déchirer autour d'eux. Dans les luttes qu'ils sont toujours prêts à engager, ils développent une force considérable.
Leurs propos sont grossiers, tumultueux, obscènes ; ils se succèdent sans interruplion, avec une véhémence et une volubilité extrêmes. Cependant, comme l'a fort bien décrit Foville, si l’on se donne la peine de les écouter longuement, on finit par saisir assez souvent un certain rapport entre ce qu'ils disent et ce qu'ils ont entendu ou éprouvé immédiatement auparavant ; tantôt c'est un mot qui vient d'être prononcé et dont le sens provoque une idée, instantanément traduite en vociférations violentes ; tantôt ce n'est pas le sens du mot, mais sa simple consonance qui, par une sorte de calembourg, sert de point de départ à un nouvel ordre d'idées ou de propos, remplacé bientôt lui-même par un autre qui paraît au premier abord tout différent, mais qui, néanmoins, en dérive. Leurs idées ne sont donc pas réellement dissociées ; loin de là, la faculté d'association persiste, mais elle s'exerce si rapidement que l'esprit du malade arrive d'emblée, par un seul bond, à une conclusion à laquelle l’homme sain ne serait parvenu qu'après des transitions plus ou moins longues.
Comme l’a très bien fait remarquer Baillarger, l'un des caractères qui donne aux propos cette apparence incohérente, c’est la suppression des propositions intermédiaires,
Les hallucinations sont rares dans la manie essentielle. L'un des symptômes les plus habituels et les plus opiniàtres est l'absence de sommeil : le maniaque dort quand
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il peut et où il peut ; il n'y a plus pour lui ni jour, ni nuit.
Cet état d’excitation extravagante, qui compromet souvent l’ordre public et la sécurité des personnes, peut également devenir un danger pour le malade lui-même, en l’exposant à des traumatismes parfois graves, ou en aboutissant à un état d’épuisement plus ou moins aigu. Mais, dans la plupart des cas, c’est pour faire cesser le scandale provoqué par son attitude et ses propos, et pour éviter la possibilité d'attentats contre les personnes que l'évacuation du malade s'impose.
A côté des maniaques aigus que nous venons de décrire, 1l existe nombre de sujets en état d’hypomanie. Chez ‘eux, la simple excitation maniaque ne va pas jusqu'à compromettre la sécurité des. personnes, mais elle les pousse à des excentricités, des obscénités capables d’attenter à la tranquillité ou la pudeur publiques. Or, ces malades, comme les précédents, doivent être isolés du milieu social qui multiqlie ces occasions d’actes regrettables ou scandaleux, et, le plus souvent, internés; on leur épargne ainsi, non seulement la fâcheuse notoriété d'un scandale public, mais souvent la tare d’une poursuite judiciaire et d’une condamnation.
En effet, parmi les alténés méconnus et condamnés par les tribunaux, le nombre ne se compte pas des malades en état d’hypomanie, qui, dans les prodromes de leur excitation, ont élé arrêtés, jugés et condamnés pour les délits de : outrage et rebellion, bris de clôture, attentats aux mœurs ou contre les personnes, violences, etc.
« Certains malades enfin présentent un élat mixte d'agitation maniaque et de confusion mentale. Cette
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association syndromique est réalisée par la coexistence, dans l’éliologie des accidents, d’un accès maniaque d’une part, et, d'autre part, d’un élément infeclieux ou toxique (alcoolisme, fatigue, épuisement) dont les effets se combinent dans le tableau chinique de la manie confusionnelle, parfois hallucinatoire et délirante. L'accès de Charles VI, dans la forêt du Mans, peut être cité comme un exemple historique de ce complexus symptomatique » (Dupré).
L’épilepsie est une névrose, ou plus exactement une psycho-névrose, à paroxysmes caractérisés par des accès intermittents, avec perle de connaissance, accès qui peuvent se montrer sous forme d'attaques convulsives, de verliges, d’absences ou de délire spécial (épilepsie larvée).
Nous ne parlerons pas ici des accès classiques, avec chute du sujet, et dont on connaît la gravité lorsqu'ils se produisent à proximité d'un endroit dangereux, accès qui sont comme la marque spéafique de la nature comiliale des accidents et qu'il faut toujours rechercher dans l’anamnèse. Mais 1l faut connaître la fréquence, le polymorphisme et la gravité des manifestations psychiques de l’épilepsie, que ces manifestations surviennent pendant l'aura ou après la crise convulsive, ou enfin qu'elles éclatent à titre d'équivalent, soit interparoxystique, soit même sans accidents convulsifs saisissables dans le passé de l'individu. Le mal épileptique, en effet, est une affection bien plus fertile en accidents psychiques qu'en troubles nerveux ; elle se présente plus souvent à l'observation des alhiénistes que des neurologistes,
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et la psycho-névrose épileptique est plus encore une psychose qu'une névrose.
L'épilepsie, par les troubles intellectuels qui l'accompagnent, est une des maladies mentales qui soulèvent les problèmes les plus ardus de la médecine légale. Sans doute, lorsqu'une attaque vient brutalement frapper un sujet, que celui-ci, ne tenant compte ni du lieu, ni du temps, ni des moyens, accomplit, aussitôt après la crise, un de ces délits, un de ces crimes que rien ne motive, dont l'imprévu, l’étrangeté, la soudaineté, dénotant l'absence de toute volonté, révèlent aux yeux les moins clairvoyants le caractère maladif, rien n’est plus simple assurément. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et si l'épilepsie bruyante, tapageuse, attire forcément les regards, dans ses mauifeslations les plus étendues, d’autres fois, au contraire, elle est sitencieuse, sournoise dans ses allures ; {tantôt retirée, solitaire elle ne se produit que la nuit et peut rester méconnue ; tantôt elle se montre au grand jour, mais si atténuée qu’elle est à peine remarquée par les gens qui entourent le patient ; quant à lui, il ignore absolument qu'il est atteint de la plus affreuse maladie.
Tel est le cas où les paroxysmes de la grande névrose se traduisent par des vertiges, sans spasmes musculaires, par des absences, dans lesquelles une éclipse momentanée du moi laisse à l’automatisme toute son action aveugle. Cet automatisme, qui n’est autre que l’accomplissement d’actes, sans intervention de la conscience, se trouve néanmoins sollicité, soit par la continuation ou la répétition d’une action familière au malade, dont l'exécution est devenue machinale, soit par le réveil de