LE ONE
sensations passées, d'images mnémoniques recueillies par les centres respectifs encéphaliques. Cet automatisme enfin, comme nous le verrons, peut entraîner les plus tragiques situations.
Quant aux impulsions liées à l’épilepsie, elles ont un caractère de fatale irrésistibilité qui dépasse de beaucoup la ténacité parfois si opiniâtre du mélancolique halluciné à se suicider ou à frapper son entourage, el, d’une manière générale, les tendances impulsives de tous les autres délirants. Elles ont de plus quelque chose de terrible et d'étrange, c'est l’inconscience absolue du malade dans la plupart des cas : l’épileptique, involontairement, automatiquement, frappe ou tue et s'acharne sur sa victime, très surpris, après l'accès, des scènes si souvent dramatiques dont il vient d'être l’auteur.
Est-il besoin d'ajouter néanmoins que ce serait une très grave erreur de prendre tous les épileptiques pour des aliénés.
Après avoir éludié la psychose épileptique dans son ensemble, nous allons l’étudier en détail.
Les modifications du caractère, précédant l'attaque, ont, de tout temps, été remarquées par les personnes appelées à vivre auprès des épileptiques. Or, assez souvent, le malade présente un état d’irritabilité particulier qui, chez d'autres épileptiques, persiste à l’état chronique : 1l devient hargneux, irascible, emporté, la moindre contradiction, l'incident le plus insignifiant deviennent motif d'injures ou de violences, parfois même, sans nulle provocalion, il entre dans des accès de colère et de fureur, souvent dangereux.
Pendant l'attaque même, on peut observer, à ütre
d'équivalent psychique, d’épilepsie larvée, un délire paroxystique, intense, inconscient, à début et à terminaison brusques. Tel le cas rapporté par M. Magnan :
« Par une nuit d'orage, un garçon de 18 ans, Philibert, se lève, marche dans sa chambre, s'exalte, parle avec emphase, prétend assister à la création et, le matin, à cinq heures, il descend nus pieds, armé d’un couteau qu'il a pris dans la cuisine, il sort dans la rue, frappe mortellement un malheureux ouvrier qui se trouve sur son passage el continue sa route, le couteau ensanglanté à la main ». Au bout de six jours, à Sainte-Anne, l'accès prend fin, le calme et la lucidité reviennent, mais Philibert ne se souvient absolument de rien.
Tel est cet état, connu encore sous le nom de folie instantanée ou transitoire ; 1l peut, comme nous venons de le voir, se montrer avant la crise ou la remplacer, mais c’est surtout après la crise qu'il apparaît le plus habituellement. Ses manifestations sont toujours des plus graves, et quelque long que soit le délire, il est toujours inconscient. Quant aux impulsions qui l’accompagnent, elles se produisent surlout chez les dégénérés, ou bien à l’occasion d’une infection, d’une intoxication, de l'alcoolisme surajouté.
L'expérience a démontré, depuis longtemps, que le vertige, que l'absence, qui sont les symptômes en apparence les plus bénins, altéraient plus promptement et plus profondément l'intelligence que la grande attaque elle-même.
L'automatisme enfin joue un grand rôle dans la genèse des accidents.
On pourrait multiplier les exemples :
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Un nommé B..., après une absence, dans la rue, arrache la montre du gilet d’un passant et s'éloigne, la jetant dans le ruisseau.
Un faucheur aiguisant sa faulx, surpris par un vertige, continue, automatiquement, son mouvement de va<etvient et se fait de cruelles blessures.
La femme P .., en faisant sa chambre, avait rephé son matelas et déposé son enfant sur la moitié découverte du ht; prise d'un vertige, elle rabat, au{omatiquement, le matelas sur son enfant et l’asphyxie.
Jusqu'ici nous avons vu l’automatisme dans les actes, mais il existe aussi dans l’ordre des idées. Qu'un épileptique pense vaguement à des idées de suicide et qu'un verlige le prenne, son esprit continue automatiquement le travail commencé et, presque fatalement, une tentaüve de suicide, du reste absolument inconsciente, va s’en suivre.
în général, on ne doit pas trop se hâter de rendre à la hberté un épileptique qui, dans ses accès précédents, a commis quelques violences, car 1l ne faut pas oublier qu'il est susceptible d'en commettre d’autres dans des circonslances analogues.
Cela est surtout vrai pour les grands accès délirants de l’épilepsie, que nous allons étudier maintenant.
Ces grands accès délirants, qui ne diffèrent des accès momentanés que par leur durée et leur intensité plus grandes, suivent en général une série d’attaques (Falret) ; toutefois ils peuvent se produire après un simple vertige.
Ces accès, à début brusque, arrivent tantôt immédiatement après l'attaque, tan{ôt au bout de quelques heures et peuvent se prolonger quinze jours ou même trois semaines.