‹ De la psychologie de PlatonChapitre 10 sur 115 · CHAPITRE PREIUKR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREIUKR

est conçu : or, nous le coneerons eomme devenanl

sans cesse , comme n'étant jamais, n'arrivant jamais à cette stabilité de formes et à cette constance dans l'essence <pii &it la perfection de Tétre , et la perfection d*uiie chose en est l'essence vraie. Cette seconde espèce, sensible, toujours en mouvement, paraissant dans un certain lieu, d*où elle disparait sans cesse pour périr, s'éooulant dans une mobilité que rien n'arrête» a cependant quelques rapports avec la première, dont elle reproduit la ressemblance et dont elle porte le nom : c'est l'image dont l'idée est le modèle , c'est l'enfent dont l'idée est le père. La pensée pure, i voYXTiç , a reçu en partage le don précieux , le privilège de contempler l'une; l'autre est saisie j^rV Opinion, toujours accompagnée de sensation : ' c'est l'objet sensible, particulier, mobile, image toujours agitée qui nous représente un autre être. Or, puisque cette représentation est la proie d'une mobilité sans ûn comme sans limites, et que cependant elle représente un être, . il faut bien que cette image se produise dans un autre être moins instable ; car cette image se rattache d'une manière quelconque, et faiblement peut-être, mais eufin se rattache certainment à l'existence , sans quoi elle ne serait rien du tout, et par conséquent ne serait pas pensée. Donc il y a quelque chose, et c'est encore un être, dans quoi deviennent et apparaissent toutes les choses qui apparaissent et deviennent. De

1 Tim., p. 5S.

PREMIÈIIB PARTIE.

plus, comme il est nécessaire qae tout ce qui est, soit en un certain lieu et occupe une certaine place, car

ce qui n'est nulle part n'est rien, — il convient, et la logique ^ nous y oblige, d'ajouter une troisième espèce aux deux que nous avions déjà reconnues, et qui avaient été posées par le fait de la connaissance , dont la conscience nous révèle l'infaillible certitude.

Il y a donc trois choses très distinctes : Tètre pur et immuable, le modèle, le père : «rà ^, t& ^ a(po(toto(>fievw (puerai to yrpKJfuyov; Tobjet sensible, particulier, périssable, l'image, Venfant, le devenir : Y^veenç, to ^lyvoiAevov; enfin ce dans quoi le devenir aKeu, to ^ «v ^ yifieraiy qui reçoit tous les corps, toutes les formes sens3>les, oii se produit tout C(î qui est visible et matériel ; c'est le réceptacle , la nourrice et comme la mère du devenir, mère qui ne contient pas seulement comme un espace stérile, mais qui donne au fils qu'elle a conçu, que le père a engendré dans son sein, le lait de la vie, et une partie de sa propre substance. Ce troisième genre, que le raisonnement seul introduit au nombre des êtres , qui ne tombe ni sous la prise de nos sens, ni sous l'intuition de la raison pure, mais qui est saisi et comme palpé, airnîv, sans sensation, par une espèce de raisonnement bâtard, inspirant une croyance à laquelle on n'ajoute foi qu'avec peine , que nous ne voyons pour ainsi dire que comme dans un songe, dont nous n'affirmons l'existence que par

1 Tim.f p. 41), « v«t«(>

CHAmRE PRBIHEH.

une nécessité logique, c'est le genre du lieu étemel. * Quelle est précisément la nature de ce troisième

principe ? C*est , d'après ce que nous venons de dire, ce qu'il ne sera pas facile de déterminer avec préeision.

V n ne faut pas oublier que nous ayons quitté le domaine des faits certains que la conscience nous révèle et qu'enferme l'analyse de l'acte de la connaissance. Nous abandonnons les intuitions immédiates, soit sensibles, soit suprà-sensibles, ou du moins nous ne les prenons plus que comme les principes et les fondements de la scienqe. La sdeace commence, et avec elle le raisonnement , Texposition, la démonstration. L'intuition nous a réviîK' deux sortes d'êtres : l'être éternel, parfait, absolu , immuable, immatériel, d'un côté ; et de l'autre, l'être particulier, sensible, destiné à périr et à naître, et toujours en mouvement. C'est le raisonnement, ô viyo;,' la nécessité d'exposer et d'expliquer clairement la vérité des choses, è[jupavi<Tai ^oyoi^, qui nous a forcé d'en reconnaître une troisième espèce, qu'il faudra ])(;ut-étre faire suivre d'une quatrième, et même sans hésitation d'une cinquième si la clarté l'exige. Il ne faut donc plus attacher la même certitude aux propositions qui vont suivre ; car c'est un sujet obscur, sur lequel il est difficile d'avancer des opinions qui ne se contredisent poiut.

Le lieu étemel, c'est la matière. Platon, qui est le

I ri»i., p. 5-2, ,it^is^A(«^i»l.

2 Tim., p. AU.

PHEMiÂRB PAUTIË

premier qui ait essayt' d'en déterminer la nature, a confondu, suivant Aristotc, ' la matière et l'espace; car ce qui peut participer, dit-il, et Fespace, sont une seule et même chose, et quoiqu'il explique dans le Timée la participation d'une autre manière que dans ce qu'on appelle ks opinions non écriUSt cependant il y montre clairement l'identité du lieu et de la matière. * Voilà Vinterprétation que nous donne Aristote. Il faut remarquer que, pour exprimer le lieu, il se sert du mot et pour rignifier la matière, du mot ; jiunais en effet Platon ne s'est servi du mot SXn dans son sens philosophique : c'est toujours to èxjioYevov, j^Mpa, TiÔYi'vT] TT.ç ye^douoç^ l'expressiott èwt/i àopi9T(K) qui

a servi de base à une critique des plus sévères de la doctrine platonicienne de la matière, ne se trouve pas

davantage dans le texte de ses œuvres, où l'on ne ren-

1 Ârist., IV, 1, 3. Pkyt. Cela résulte on effet da Ttmée, et ne doit pas beaucoup nous sarpreodre , puisque Descaries ne reconnaissait pas nea plus dsnz sortes d'ëtandoes. « L't^see mi U Hen intérienr, dit Descarias, et le eorps qui y est eompris, as sont différents que par notre pensée... Us ne diUtoeot sntre enx que eomme la nature da genre on de Teqièce dUAra de la natnre de riadÎTidQ. Cette natare.sst dans nn ess aitstraile et générale, et par conséquent imperceptible aux sens ; dans Fautre, elle rst perceptible. 11 n'y a donc qn'une seule étendue dont les parties sont mobiles, et cette mobilité mt^me fait que tantôt elle est perceptible, tantôt elle ne l'est pas, comme l'espace que l'on appelle vide. » {OEut>. phil. de Descartes, Ed. Garnier, tom. I, p. 280.) C'est ainsi que la de Platon est tantôt en formes, tantôt sans formes; qu'ici elle est dite invisible, et qnfiHi la montre \k présentant mille aspects différents k toit, tfav. Leilmits partage à ce sujet le sentiment de Descartes : « L'espace est an corps ee que le nombre est anx oljets : le temps et le Uen ne sont qne des espèces d'ordre. » (Leibnits, Jlfouo. Enàu» Uv. II, eh. IV. % 4.)

3 Arist. , Fkttiq., Vf, e. Il , g «.

GBAPITRB PREMIER

contre le mot de la dyade que dans un sens tout à fait différent.

Les objets sensibles et particuliers sont sujets au changement et la proie d'un perpétuel devenir ; cependant, comme il faut bien qu'il 7 ait un fonds commun , un suppôt immuable qui reçoive tous les phénomènes mobiles, où viennent s'empreindre, comme sur une cire molle et sans forme, toutes les formes changeantes des objets sensibles, l'esprit, l Xvyo<, conçoit un troisième principe, comme suppôt nécessaire de toutes les choses particulières , qui ne change jamais de nature, qui ne sort jamais de sa puissance et reste toujours identique à lui-même, dette substance, cause matérielle des êtres, mère et nourrice de tout ce qui nait, matrice douée d'une vertu fécondante , subsirortum commun et yague de tous les phénomènes sensibles, n'a d'autres mour^ents et d'autres formes que les formes et les mouvements des choses qui existent et entrent en elle : c'est par ces phénomènes que, toujours immdiile, amorphe et invariable, elle parait changer à chaque instant de forme et d'impulsion. En effet, comme elle doit recevoir toutes les formes, elle en doit être absolument privée; * car si elle était semblable à quelqu'une des choses qui entrent en elle, elle ne pourrait admettre les formes contraires, ou elle les recevrait mal, parce qu'on verrait toujours paraître les traces de son ancienne figure. C'est ainsi qu'on dé-

PKEHIÈRB PAATII.

truit les formes déterminées dans les substances molles ou dures, cire ou lingot d'or, quand on veut leur

donner quelque figure ; c'est ainsi qu'on épure les huiles avant de les parfumer d'une essence particulière. Il ne faut donc pas donner à cet être des noms qui désignent des formes précises et des propriétés déterminées, comme les noms d'air, de terre, d'eau et de feu; et, d'un autre côté, les clioses qui deviennent incessamment autres qu'elles étaient, échappent à toutes les expressions subsiantives qui les présenteraient comme des êtres stables. Ainsi, par exemple, il ne faut pas dire que cea, mais qu'une chose Ulle a nom feu ; en un mot, les pronoms démonstratifs désignent des sujets, des substanci^s ; les pronoms relatifs, comme toioOto;, désignent des attributs , des qualités, des propriétés. Ce dans quoi deviennent et apparais-' sent les choses particulières, c'est la seule chose qui puisse être appelée ceci ou cela. Mais si l'abstraction parvient à produire une matière absolument indéterminée et logique, en détruisant toutes les- formes, en éliminant le rapport aux Idées qui en fait la réalité, la raison, qui veut atteindre une matière réelle, s'arrête, et encore qu'elle y supprime une partie des formes actuelles el des déterminations précises, - en laisse encore de très positives et de très marquées. De même (ju'un lingot d'or ne peut pas être absolument sans forme, si informe qu'on le suppose, de même qu'une huile ne peut pas être absolument pure de toute odeur , de même la raison arrive à concevoir un état iufurme de la matière, où elle est privée des formes de distiuc-

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