CHAPITRE SEPTIÈME
conclusion de Parménide : ' a Si on ne laisse pas l'idée des choses, si on ne pose pas une essence, une idée immuable pour chaque individu , on détruit toute dialectique; c'en est fait de la philosophie. » En effet, toute science repose sur une définition, et toute définition a pour objet un universel; Tindividu s'y dérobe, parce que définir, c'est fixer, et que, dans l'individu, ce qui le fait tel individu et non un autre, est chose de sa nature incessamment mohile , changeante et indéfinissable. Aristote lui-même Ta reconnu : l'universel est la condition de la science. Mais , comme Va fait remarijuer Mallebranche , l'esprit humain ne saurait se former une notion générale et concevoir même la possibilité des universaui, essayer d'en faire de purement logiques , s'il n'en avait déjà préalablement la notion iimée ; et cette idée de l'universel, présente et réelle en lui , n'est autre que celle de Dieu , ou , suivant Platon, des idées. C'est parce que l'homme pense Dieu, qu'il a la puissance de produire, à l'imitation de son universalité réelle, des universaux logiques, et à la ressemblance de cet être, des entités abstraites. Supprimer dans l'âme la présence de Dieu, c'est détruire le principe de l'intelligence , et par conséquent toute science et toute philosophie.
Cependant Aristote a reproché à Platon d'avoir détruit la science , ou plutôt d'avoir imaginé une science chimériijue, non pas en la fondant sur l'universel, mais en donnant l'universel comme l'essence de l'être,
1 Parmênid. , p. 13 ).
la source des existences particulières, et en établissant entre Tétre absolu et Têlre relatif une dépendance si étroite que leurs esseoces se confondent. Aucun unirersel, suivant Âristote, n*est essence ; les universaux ne donnent point la cause; la proposition universelle est toute d'entendement. Cependant, pour Aristote lui-même» l'essence a beau être la dernière dilférence et non le genre, dans la définition, la défiîiition ne porte pas sur les individus , mais sur les espèces. L'espèce, la forme, est dans la chose particulière ; elle n'est pas toute la chose particulière, et elle est évidemment commune à tous les individus qu'elle enveloppe dans son unité. L'espèce est un universel aussi, et si Aristote déclare que ce principe d^essence, cet universel commun à tous les individus de la même espèce, est insé[)arable de chaque individu, on peut lui objecter, comme il le fait lui-même à Platon : comment ce principe d'essence peutril être tout entier dans plusieurs individus à la fois? l'espèce, comme l'idée, est k la fois hors d'elle-même et en elle-même. En second lieu, Platon, en séparant les choses sensibles de l'idée qui en est la cause et l'exemplaire, n'en a pas moins maintenu Vidée présente en chaque chose, par son efficace, par sa vertu, par son action. L'efîet possède quelque chose de sa cause, et ce qu'il en possède, c^est assurément ce qu*il a de plus excellent, surtout lorsque sa cause est excellente. Lorsqu' Aristote veut expliquer les caractères communs que présentent les individus d'un même genre, il est obligé de dire, ou que les principes ne sont pas communs, mais