‹ De la psychologie de PlatonChapitre 101 sur 115 · CHAPITRE SEPilÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPilÈME

seulement analogues , en sorte que Thomme , dans Callias, uest pas identique, mais seulement analogue à rhomme dans Ariston ; ou il est contraint de reconnaître que la forme n'est pas seulement im principe d'individualité, mais un principe d'espèce, autrement dit un principe générique, ou un universel, et il relève , sous le nom d'espèce, le principe même qu'il a combattu sous le nom d'idée. C'est que, s'il est dangereux de ne voir dans les individus que l'universel, s'ils perdent par là cette identité et cette indépendance, conditions nécessaires de l'existence; si l'être est conpromis dès lors qu'il ne possède pas le principe de son être, il n'est pas moins dangereux, et absolument incompréhensible , d'attribuer à l'individu sensible un principe absolu d'existence et une essence absolument indépendante. Si l'essence est proprement individuelle, il n'y a pas moyen de la connaître, et toute science , toute philosophie est détruite ; en même temps l'existence de l'homme et de tout le monde sensible est inexplicid)le ; T imparfait ne s'explique pas par lui-môme. Tout être imparfait proclame, par la fî'agiUté même de son être, l'existence nécessaire de l'être parfait et absolu.

Suit donc qu'on considère les idées comme des principes de connaissance et les fcurmes intelligibles, nécessaires à l'entendement, ou comme des causes divines, soit qu' on examine la théorie comme une solution du problème psychologique de T origine de nos connaissances, ou comme une doctrine ontologique et théologique , expliquant les principes de l'être, la na-

ture de Dieu et ses rapports avec le monde , je croîs

qu'on y trouvera d'éternelles vérités. Ce qu'on peut reprocher justement à Platon, c'est de n'avoir pas établi arec précision la distinction de FuniTersel et du général , du réel et de l'abstrait ; c'est surtout d'avoir conçu la perfection comme susceptible de recevoir plusieurs perfections; d'avoir fait chacune de ces perfections parfaite et absolue ; en un mot d'avoir multiplié les absolus. Peut-être aussi a-t-il un peu négligé de mettre en relief ce qu'il y a de force dans la personnalité et l'individualité des êtres ; peut-être a-t-il trop perdu de vue la terre à force de s'élever dans le ciel pur de rid(''al, et trop oublié le monde que les hommes persistent, avec raison , à appeler réel.

Le plus grave inconvénient de cet excès de spiritualisme, c'est que Platon semble condamner, et pour ainsi dire détruire de ses propres mains, le noble édifice qu'il vient d'élever, c'est qu'il a semé le germe de ce scepticisme qui sortira bientôt de son école. L'homme , en effet, être mixte et composé, appartenant à ce monde des réalités sensibles , même par son âme , qui , si elle n'est pas créée, est du moins formée dans le temps, et qui, sous ce rapport, est née et peut périr, l'homme ne peut pas être connu ni se connaître luimême d'une science certaine; il est livré aux éternelles disputes de systèmes variables et d'opinions mobiles. Ce n'est pas seulement par des inductions légitimes que l'on arrache cette conséquence à la doctiine de Platon : avec une sincérité qui l'honore, le grand spihtualiste avoue et proclame même, comme

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