‹ De la psychologie de PlatonChapitre 102 sur 115 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

un principe de sa philosophie , Vincertîtttde de la con-

miissance pliilosophique. La psychologie est la racine de son système ; c'est sur la réalité de Tacte de la pensée qu'il se fonde pour démontrer toutes les réalités, etVâme, sujet de cette pensée, ne pourra pas, suivant lui, être connue d'une science certaine : « sur la distinction d'une partie mortelle et d'une partie divine dans rftme; sur la question de savoir comment, dans quels organes, par quels motifs elles ont reçu des demeures séparées, pour qu'il nous fût possil)le d'atlirmer la vérité de nos assertions, il nous faudrait lassentiment d*un Dieu. » * Mais s'il n'est [)as certain (ju'il y ait en nous une partie divine, c'est à dire inimortelle et immatérielle, ce qui revient à dire, s'il n'est pas certain qu'il y ait en nous une âme, que deviennent la psychologie qui prétend en être la science, et les faits de conscience ([u'elle nous révèle, et qui sont le principe de toutes nos connaissances ? Si l'âme n'est pas connue d'une science certaine, si son eiistence même n'est pas à l'abri du doute , toutes les connaiss'ances qui s'appuient sur ccUe-là perdent leur certitude. La réalité de l'intelligible même est compromise. Que devient la théorie des idées, la connaissance de Dieu, du beau, du bien? Puisque nous ne croyons à l'existence des idées que paroe que notre âme les pense, pour que nous ne doutions pas des objets de notre âme , il faut certainement que nous ne doutions pas de notre àme, et que nous y reconnaissions ce sujet

1 Tim., p. 72.

UD, et par conséquent immatériel, qu'on appelle Vàme,

et qui est la partie divine de notre être.

Ce doute, jeté dans le l imée, est combattu par toute la philosophie de Platon, et le Phédon, à lui seul, prouTe qu'il n'y faut pas attacher une trop grande importance ; peut-ôtre n'exprime-t-il qu'un sentiment profond de la fail)lesse humaine, dont la certitude est toujours imparfaite, dont les convictions les plus fermes ne sont pas inébranlables, dont la raison est faillible. L'âme reli^euso de Platon semble appeler Dieu lui-même pour autoriser de sa parole les grandes vérités qu'il proclame, et pour en apporter l'éclatant témoignage. On a dit que la théorie des idées ne fait pas de place à l'âme , et que la dialectique ne l'explique pas. * Cependant l'âme se connaît et se reconnaît être une idée; et si la dialectique ou la logique ne l'explique pas, ce qui n'est pas son affaire, elle l'implique ; car la dialectique a pour foudemeat la réminiscence, et qu'est-ce que la réminiscence, sinon le souvenir d'une vie de l'âme antérieure à la vie actuelle, et comme une d<Hible démonstration de son existence ; ce n'est pas à Platon qu'on peut attribuer cette folle et absurde doctrine, qu'il y a une science sans sujet, une connaissance sans quelque être connaissant. Pour lui, connaître est un acte réel, et cet acte ne peut être que l'acte d'ime âme ; la certitude philosophique n'est donc pas mise sérieusement en question. Mais le doute si léger qu'il a émis , [quelle

1 M. Vnehorot. Hist. de l'Bcoh SAhtanârk, toni. I , lir. t.

<;iiAFiTUE SEPTIÈME.

qu'eii soit la portée, comme rintmlioii, joint aux obscurités de la partie dialectique de sou système, ont produit des conséquences funestes. Quand bien même le scepticisme d*Ârcésilas et de la moyenne Académie ne serait qu'un expédient, une manœuvre , et, comme dit S. Augustin, ^ une dissimulation plus ou moins habile pour sauver le fond des doctrines platomciennes contre les attaques heureuses et le progrès rapide du dogmatisme stoïcien, il n'en reste pas moins acquis que la noùyelle Académie , dont Gaméade est le promoteur et Gicéron le fervent adepte, arbore comme drapeau le probabilisme, c'est à dire le doute. C'est dans l'école de Platon que la philosophie du .doute, d'abord modeste et sage, puis de la négation téméraire, puis du scepticisme absolu, est née. Le doute empoisonne, comme un venin secret, le plus vaste et le plus fécond dogmatisme qui fut jamais, et il sera nécessaire que, vingt siècles plus tard. Descartes vienne proclamer cette vérité certaine et d'une évidence invincible : je pense, donc je suis ; encore que je doute, moi qui doute et par conséquent qui pense, je suis très certainement. Sous une forme plus nette, plus tranchée , plus saillante , c'était le principe même

1 Brucker, part., II , lib. 9, c. fi, toni. I , p. 75;^. <•. Auguslinus {Contr. Aead., lib. 111, c. xvii, 38), observât Arccsilauin, quuin Zenonis doclrinain Platonica' oppositani latius spargi sentiret, prudeutcr Acadeiniœ placita dissimulas^. » CuUo iulerprétution des doctrines do la seconde Académie» qao Cicéron, dans le diBconn qu'il prête k Vamn, snuble autoriBer, (Aead. I , ii, 18.) « « ité exposée , pour la première fois , suivant S. Augnstin, par llétrodore.

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