‹ De la psychologie de PlatonChapitre 104 sur 115 · TOUTES LES PARTIES DE SA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

TOUTES LES PARTIES DE SA PHILOSOPHIE

GUÂPITRË UNIQUE.

RAPPORTS DE hJL PSYCHOLOGIE DE PIATOM *À TOUTES LES PARTIES DE SA PHILOSOPHIE.

Toute philosophie repose, qu'elle le sache ou qu'elle l'ignore , sur une psychologie plus ou moins nettement arrêtée , plus ou moins réfléchie : de quelque manière qu'où l'euTisage, l'étude de l'âme en est la première et la principale partie, la condition et le fondement. Si l'on croit que la philosophie a pour objet spécial moins la matière que la forme , et qu'elle consiste à élev^ à la certitude raisonnée et à la science systématique les connaissances spontanées, les réflexions naturelles, la foi instinctive ou inspirée du genre humain, comment espérer connaître les formes de la science sans connaître les formes de notre entendement , les lois de la raison , les principes de la connaissance et les règles du raisonnement? la psychologie seule résout la question de la méthode, et est la condition nécessaire, le vestibule, comme on Ta dit, de toute connaissance méttiodique. Si l'on place l'essenoe

TROISIÈME PAHIIE.

(le la philosophie dans la nature môme des vérités qu elle enseigne , on peut dire que c'est encore la psychologie qui en est à la fois le premier et principal objet : méthodique ou non, la grande seience pour l'homme est de se connaître. C'est dans l'étude de l'âme repliée en soi , que l'âme saisit la preuve de son eiistence réelle , découvre sa nature pro{Hre qui est de penser , les loi» intellectuelles qui président à ses connaissances, les lois morales qui gouvernent la vie présente, révèlent la vie future, et mettent, les unes comme les autres, Vême en rapport avec k monde, auquel elle se sent supérieure , et avec IHeu , de qui elle reconnaît qu'elle dépend. C'est encore la psychologie qui fournit la preuve ontologique de l'existence de Dieu. La conscience présente à l'âme le moi * comme un être imparfait, noMon qui soulève immédiatement en elle l'idée nécessaire d'un être parfait, qui possède les perfections dont elle a Vidée, et dont elle n'a pas la téalité ni la plénitude. En un mot , coimne le dit Descartes. « Tout ce qui se peut savoir de Dieu, peut f^tre montré par des raisons qu'il n'est pas besoin de tirer d'ailleurs que de nous mêmes , et de la simple considération de notre esprit. » *

Enfin Kant a démontré et Gassendi avait pressenti que la conscience du moi est en même temps cens-

I On ne rencontre pas dans Platon ni dans Aristote eetta locattom, qaHs remplaoent par la seconde personne du singulier. — Je erois que Galion (de H^. «t Pktf f>lac. II, p. 80) est le premier qui ait dit : t» i^. On tronve le mot conscience, «mettre , dans Diog. Laërt., VIT, 85.

"9 R. Desoartes, Bjpttr. Dédit, des MédUaUcns.

CHAPlXliE UNIQUE.

cience immédiate du monde extérieur; car la conscience du moi est déterminée par des perceptions qui changent dans le temps : on ne peut pas trouver, dans le sens intime, d'intuition permanente. En effet, ce ne sont pas des intuitions internes, mais des notions représentatives seules, qui expliquent le changement dans nos perceptions. Si donc le sujet pensant , qui reste un et identique, ne peut pas ôtre cause de ce qu'il y a de mobile dans la perception, il faut nécessairement qu'il y ait une autre cause. Les succèsâons des phénomènes qui sont représentés en moi , exigent au dehors de moi dans l'espace , un sujet réel dont elles soient les modifications, et au sein duquel s'opèrent les changements dont je ne puis être la cause, et qui n'ont en moi qu'un retentissement ou une représentation. Je ne puis pas d'ailleurs avoir conscience du moi, sans le discerner, c'est à dire sans le distinguer du non-moi. Le fait de conscience donne seul une base réelle à la philosophie ; c'est l'énergie naturelle de la raison , phiiosupliie instinctive de tous les hommes, psychologues sans le savoir, qui éclaire et féconde la logique , crée la morale, et dépose dans la métaphysique un principe vivant, faisant ainsi de la science un réalité.

Si tels sont les rapports de toute philosophie avec la psychologie avouée ou secrète qui lui sert de base , plus nombreux et plus iiilirnes peut-être encore sont les liens qui rattachent les unes aux autres les théories

de Platon sur l'àme d'une part, et de l'autre ses théo-

TROISIÈMB FÀBTIE.

ries métaphysiques , morales, et même ses doctrines physiques et physiologiques.

£t d'abord la -théorie des idées, comme tout le monde le sait, est le fondement de la doctrine platonicienne, et la théorie des idées, ontologique d'un côté, est psychologique de l'autre; car elle repose uniquement sur l'acte de la réminiscence , sut Tacte de la pensée attesté par la conscience. En s'interrogèani lui-même, l'homme voit qu'il pense, et que penser, c'est être : ce qui est connu, est. C'est donc sur un fait psychologique que s'appuie la notion fondamentale de l'être , et c'est sur les caractères de la connaissance, qui exige et implique à la fois le repos et le mouvement , que s'en établira la définition : l'être est la force, c'est à dire tout ce qui est susceptible d'être le sujet ou l'objet d'une action.

De plus, c'est sur les divers modes de la connaissance que s'afiirment les divers modes de l'être. Celui qu'on interroge ^ éSt bien 6bh%é par sa conscience d'admettre que croire et savoir sont deux formes distinctes de la connaissance ; et c'est par là que l'on prouve qu'il y a deux sortes d'êtres : l'être absolu, toujours identique à lui-^ême, objet d'une connaissance certaine , d'une science infaillible ; l'être particulier et changeant, objet d'une connaissance conjecturale, sans certitude, sans constance, et qui n'im-

1 Gwr^iat, p. 454.

chàpitrb unique.

prime dans l'esprit qu'une connction sans raison* sans profondeur et sans durée.

Quant à la tliéodicée, nous avons vu que c'est la théorie des idées qui fournit à Platon la connaissance du monde intelligible, du divin.

La théorie de la réminiscence prouve invincible^ ment que pour Platon les idées ne sont pas de purs universaux logiques, les formes immobiles que Tentendement prête aux choses ; car pour qu'il y ait réminiscence, il &ut que l'idée saisie par l'esprit soit d'un autre genre que les choses sensibles à l'occasion desquelles cette idée s'éveille : or, qui pourrait dire qu'une chose sensible est d'un autre genre que le genre même auquel elle appartient? Les idées sontles causes vivantes des choses , causes de l'être et causes du devenir, c'est à dire du mouvement. Le dieu de Platon se trouve donc dans un groupe ordonné d'hypostases séparées, qui représentent chacune une des perfections divines, un des attributs de la divinité; c'est un faisceau de rayons dont l'idée du bien parait le foyer de lumière, mais qui, en se réunissant à ce centre, ne s'y perdent pas. De même que les Ames individuelles humaines ont fait autrefois partie et feront encore un jour partie de l'âme universelle, oii effles seront et ont été unies, sans être absorbées ni confondues, de même les idées forment ensemble un monde supérieur, où leur existence séparée se concilie, par des moyens qui nous échappent, avec une union qui n'est pas l'unité et qui ne compromet pas leur individuaUté. Je ne puis croire Arislote autorisé à dire

TROISIÈME PABTIE.

que le dieu de Platon n*est qu'une idée inactive , ensevelie pour ainsi dire dans le sommeil, sans pensée, sans vie, sans dignité. ' Il n'est pas possible de prêter une pareille opinion à celui qui dit : « mais nous persuadera-t-on que l'être qui est réellement et absolument, T(o t:(/.ytùmz ovTi, n'a ni le mouvenient, ni la vie, ni Tilme, ni la pensée; qu'il ne vit ni ne pense, et qu'étranger à la sainte et auguste intelligence , il demeure absolument immuable?... Tout cela est absurde. » ' Dieu donc est pour Platon une intelligence vivante et une providence.

C'est dans la contemplation intérieure de l'Âme que la pensée trouve Dieu. Mais outre cette démonstration générale , il y a une preuve particulière de l'existence de Dieu considéré comme Démiurge. Eu eii'et, nier l'existence d'un Dieu organisateur et ordonnateur des choses , c'est croire que les choses matérielles organisées, les corps, sont les choses premières, et croire cela c'est ignorer la nature de l'âme ; * l'âme est au premier rang de l'être, parce que seule elle est le principe d'un mouvement spontané et propre ; les corps ne possèdent qu'un mouvement connnuni([ué. Donc ràme a existé avant les corps qui lui doivent, sinon leur matière et leur substance, du moins leur essence, leurs formes et leur beauté. L'âme est la cause première , donc Dieu est. Il n'y a dans ce raisouuement ,

1 Met., XII, 9.

2 Sophisl.. p. 249.

3 Lois , X , p. 892.

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