CHAPITRE UNIQUE
puissances supérieures qui le dominent, mais lui res* semblent. Pour sauver Dieu de la solidarité du mal,
Platon limite sa puissance : ce n'est pas Dieu, principe excellent qui pourrait être la cause du mal qui éclate si manifestement dans la nature; c*est ainsi que le principe du mal dans Vâme yient uniquement du principe aveugle qui gouverne et conserve le corps auquel elle est unie. Platon en limitant, ne fut-ce que dans le temps, la puissance de Dieu, lui 6te ce privilège de l'identité absolue , de persévérance étemelle dans le bien et dans l'être, qu'il réclamait [)our lui ; ce Dieu qui passe de l'inertie à l'acte, et de Tacte à l'inertie , n'est pas un acte pur, étemel, un être vraiment identic[ue. n n'y a peut-être pas lieu de s'étonner que Platon ait supposé ces deux âmes , et maintenu la présence active de Dieu dans l'état présent du monde. Dans le monde actuel , tout a été imaginé pour que le bien eût le dessus et le mal le dessous ; chaque partie n'éprouve ou ne fait que ce qu'il lui convient de faire ou d'éprouver ; la perfection de l'ouvrage est poussée au dernier détail ; le plus chétif des mortels entre pour quelque chose dans l'ordre général , et s'y rapporte sans cesse ; toute génération particulière se fait en vue du tout, et non la génération du tout en vue de la partie. Si l'homme murmure, c'est faute de savoir comment son bien propre se rapporte à la fois et à lui-nieine et au tout : tout est plein des dieux. ' Mais cet optimisme n'a
1 Lais. X. p. 900. «iwv tV^,, -^.t^ CicfTon r/c Lcxj.. Il, c. ii) attribue cette pensée h Thalès : « homioes oportere exislimare omoia quœ cernuntur
TROISIÈMË PAHTiE
rapportqu'au règne de Dieu sur le monde, et même n'y supprime pas absolument le mal, et ce règae a été précédé et sera suivi deVempiredu mal. L'univers est donc toujours plein de bien et plein de mal ; tour à tour les deux principes qui s'en disputent T empire, y prédominent, et y exercent avec prépondérance leur ac&m salutaire ou funeste. Mais ils sont tous deux également éternels, et le mal ne peut pas détruit; la guerre qu'il déclare au bien est une guerre immortelle : image de ces combats sans fin de Vàme, où la partie pensante, la raison, ne peut jamais triompher définitivement des bouillonnements de la passion, des ardeurs des sens, et des faiblesses de la chair.
C'est Platon lui-même qui a fait observer que la connaissance du bien est empruntée à la science de l'âme. Outre l'argument des causes finales, tiré de l'ordre qui règne dans les révolutions des astres et les mouvements de tous les corps, et qui prouve qu'ils sont dirigés par une intelligence qui mène tout vers le bi^, les preuves de l'exislence de Dieu se tirent a de ce que nous avons dit de làme. * »
DiORBi eue flma* » Axitloto, qpii rapporte ^galemtiit la maxime à ThelAt (de jIiimi., I, 5), semble lui donner nn antre sens qae Cicéron : « dans l'onîTers qaelqnea vus penaent qn'il y a une Ame mêlée; e^est cela qui a Mt cfdre à Thalès, «le. » Gela lerieiit à dite que l'univers est animé , que le monde est un ôtrc vivaot. Hy a quelque contradiction entre cette maxime et celle de la République (ÏT , p. 380). « Il y a dans ce monde plus de maux que de biens. » Aristote {Physiq., VIII , 7) adopte ce principe, que ce inonde est le meilleur possible , et il l'accentue tellement que l'on a pu voir dans son système le germe de l'harmonie préétablie. (Cf. M. Ravaisson , Essai sur la Mét. , tom. l , p. 593.) 1 Loi$, \ii, p. 966.
CHAPITRB UNIQUE.
Ces deux arguments psychologiques sont ceux-ci : l'âme en se pensant rencontre Dieu au plus profond d'elle-même , parenté divine de Vâme et de Dieu: c'est
presque la preuve de Descartes. Le second n'est autre que la notion de causalité : Tàme est un être, une force qui commande au corps, s*en fait obéir, et par conséquent s'en distingue. De là deux eonséquenees : la notion de la force d'abord , et la notion de la distinction de Vidée de force et de l'idée de corps. Le corps ne se meut pas lui-même : donc il n'est pas une force ; l'âme se meut elle-même et meut le corps : donc elle est une force. C'est donc en se connaissant que Tàme acquiert la notion de force , de causalité , fournie par son activité spontanée, et c'est avec cette notion transportée au monde extérieur, qu'elle affirmera qu'il y a un Dieu qui gouverne le monde et une providence qui veille à ses destinées. '
n serait superflu de nous étendre ici sur les rapports de la morale de Platon avec sa psychologie , puisque la morale , suivant lui , consiste à réaliser en soi par une puissance de l'âme, l'idée du bien qui nous est fournie par une faculté de l'âme, la raison. D'ailleurs la raison éclairée, la science , est pour Platon une puissance impérative : la science est une force qui domine l'homme et gouverne sa volonté. Quand Thomme connait le bien et le mal 4 il ne peut faire que ce que cette science lui commande ; la vertu, si elle n'est pas absolument identique à la science , ne peut en être du moins séparée :
1 lois, X , p. 903. È««|iaii<Ti«.