CHAPITRE UNIQIjK
philosophe ost autronicnl sévère : tous ceux qui se mêlent de gouverner les lionmios doivent toujours avoir présent à la pensée , qu'ils n'ont qu'un devoir et un but à remplir : inspirer le goût de la vertu , en enseigner les précf'ptos par h's leçons et par l'exemple, communiquer ainsi aux citoyens et soutenir en eux la force d'àme nécessaire pour en |)ratiquer les difficiles devoirs. La législation» d'une part, Véloquence de l'autre, n'ont pas d'autre objet.
Le but du livre des Lois et de celui de la Hépublique est de faire vmr « quelle est, pour un État, la meilleure forme de gouvernement , et pour chaque particulier la meilleure règle de vie. » ' C'est parce qu elle est la perte de l'âme, que l'ignorance est le ûéau et la ruine des Etats , de même que la sagesse , la plus belle et la plus grande des symphonies, en est la force parce qu'elle est une vertu.
La société politique est une âme unie à un corps, c'est un homme. Puisque chaque homme dépose nécessairement dans le milieu social oh il vit ses mœurs, ses désirs, ses instincts, son âme, il est nécessaire que les passions qui agitent l'État soient les passions mêmes qui déchirent le coBur humain. Les nations sont sujettes aux mômes convoitises et aux mêmes désirs injustes que les individus ; il doit s'y produire des classes de citoyens qui répondent aux divers caractères qui dominent dans les âmes. C'est pour cela qu'il faut bien connaître l'âme humaine, afin d'adopter le vrai
1 Lois . III , p. 702.
TROISIÈME rAHTlB.
nombre des classes sociales qui doivent coexister dans un État, le vrai principe de leur distinction, la vraie règle des rapporte qu'elles doivent avoir les unes par rapport aux autres, c'est à dire la hiérarchie juste qui les doit amener à l'harmonie , image de l'unité.
Il dcttt y avoir trois ordres de citoyens correspondant aux trois parties de l'àme, la science , le courage, le pMsir. Ce sont les magistrats, qui ont des âmes d*or ; les guerriers, qui ont des âmes d'argent; les artisans et les laboureurs confondus dans la classe des mercenaires, qui ont des âmes mélangées de fer et d'airain. De plus y la forme de la vertu étant une , et les formes du vice, quoique sans nombre, pouvant être ramenées à quatre , les formes de gouvernements sont au nomde cinq : aristocratique, timocratique, oligarchique, démocratique, tyrannique, ou gouvernements dont le mobile dominant est la vertu, la gloire, la richesse, l'avarice, et enfin la plus affreuse licence. La tyrannie est, pour Platon, l'empire même de la licence et comme le type de l'anarchie. Dans un État bien constitué, un sénat conservateur représente , parce qu'il les renferme, les quatre vertus cardinales de l'âme, et la vertu par excellence, qui fait l'unité et la force de toutes les autres, l'intelligence. * Platon transporte à l'État toutes les règles morales qu'il impose à l'individu, et qui toutes lui sont révélées par la connaissance de l'Âme : l'État doit être libre, éclairé, juste.
1 lotf, XII, p. 965.
mPITRB tntIQUB.
uni. * Les lumières, la concorde , la justice, la liberté , sont des vertus politiques encore plus que des vertus privées. Toute la législation pénale de Platon mesure la pmne, non sur le dommage, mais sur la coulpe que le délit suppose. La peine a pour fondement la justice, pour but Vamélioration du coupable et le salutaire avertissement de l'exemple. *
On a pu remarquer, dans cette analyse des formes et des vertus des gouvernements , que Platon a beaucoup plus respecté la liberté qu'il ne Ta fait dans sa psychologie proprement dite : c'est qu'avant d'être un philosophe, Platon est un Grec. Si puissantes que soient les prédilections du penseur, et les influences étrangères qui aient agi sur son génie , les caractères innés de Fesprit de sa race ont prévalu ; Platon , malgré toute sa philosophie, est un Grec, je dis plus, c'est un Athénien. Platon ne veut pas d'une autorité absolue ; la tyrannie est le seul crime auquel il réserve des châtiments qui ne finiront point, et cela est d'autant plus remarquable que Tétemité des peines est contradictoire au dogme de la métempsy chose qu'il professait, je crois, très sérieusement. C'est encore de la connaissance de l'âme qu'il tire ces maximes politiques : a il n'est point d'âme humaine qui soit capable de soutenir le poids du souverain pouvoir, de manière que la plus grande maladie de l'âme, l'ignorance, ne
1 Lois, m, p. 698.
9 Lait, XII, p. m.