TROISIÈME PARTIE
s^empare d'elle, ne la conduise bientôt à sa perte » ' et à celle de VÉtat en même temps'; la mesure du pouvoir est une néeessilé imposée par rim{)erfection et la fragilité de l'âme. i*laton n a pas, comme on a pu le voir, réclamé, avec cette insistance» la liberté morale, . l'indépendance de la volonté ; il subissait sans le savoir, ou peut-être il cédait scieninieni aux influences du libre génie grec , et de son éducation athéniemie. Cependant Platon consent à une dictature nécessaire pour fonder les lois; * mais c'est à la condition que les lois la rendront inutiltî : qu'est-ce qu'une dictature qm ne vise qu'à un but, de deveuir inutile et d'abdiquer? encore veut-il un tyran qui ait de nobles sentiments et surtout de la tempérance, c'est à dire qui mette de la mesure et une limile à un pouvoir qui, de sa nature; est sans limite et sans mesure. Eniiu, il proclame la nécessité d'un gouvernement mixte et tempéré, pour répondre aux exigences de la nature humaine, où la tempérance implique les autres vertus, puisqu'elle en règle les rapports et en constitue l' harmonie, où le bien est d'une nature mixte, où les vertus sont diverses, et ne font cependant, parleur accord, qu'une seule vertu. La philosophie, précisément parce qu'elle est essentiellement la science de l'âme , peut seule apprendre à gouverner les hommes, c'est à dire à gouverner les âmes ; la politique est une partie de
1 Lois, lil , i>. tm.
2 Lois, IV, ]). 71U.
CHAPITRB UNIQUE.
cette science, et les vrais hommes d'État, les grands politiques,, sont nécessairement des philosophes ou
du moins seront philosophes. ' Le sage qui vit pour lui-même n'a pas rempli le grand but de la vie, ' qui est de sauver les peuples, c'est à dire de sauver les âmes ; la sagesse la plus belle et la plus haute est celle qui préside au gouvernement des Etats. ■
On a dit qu'eu fondant sa politique sur la vertu, Platon n'était qu'un rêveur chimérique, étranger à la connaissance des afifoires et des hommes, et on a répété que les faits condamnaient hautement sa vaine théorie : je ne trouve pas cela démontré. Que peut être la force d'un gouvernement, si elle n'est uniquement morale? sa force matérielle est nulle : c'est celle d'un contre tous. D'ailleurs, la force matérielle elle-même, dont il peut disposer, comment l'organiser, si ce n'est par la discipline, et qu'estrce que la discipline? si ce n'est l'obéissance jusqu'au sacrifice, c'est à dire une vertu. Les lois uniquement appuyées sur la violence et la crainte seraient impuissantes ; il faut qu'on les respecte comme l'expresûon de la justice et du droit, comme la raison écrite. La crainte salutaire qu'inspire la force de l'Etat organisé provient toujours de ce res-
1 Rép. , V, p. 471.
2 Hép., VI, trad. Grou , p. 474. « II n'a p*is rpm[ili rr qu'il y avait do plus grand danti ^a do.stiruWv ^ C'est dans l« pviitique de l.i politifjne » ifue l'on verra que le pliilosoplie riiiifernie véritablciiieot eu lut quelque oliosi; ùv. divin, tandis que les «utrcs raractèrcs cl les autres profeii$ions n'ont rien qne d'humain. >
3 Banq., p.
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pect plus OU moins éclairé, plus ou moins mérité, mais toujours volontaire, que toute àiue a pourra justice, dont il paraît Texpression organisée et la personnification vivante et armée. ' Au bout du compte, le chefd'œuvre de la politique sera toujours de créer un peuple éclairé , juste, modéré et fort, c'est à dire vertueux. Pour être heureux et libre, il faut qu'un peuple sache le mériter par ses lumières, sa modération, sa justice, sa persévérance virile et son courage; et comme on ne conçoit guère la vertu d'un peuple sans la vertu des individus qui le composent , tout revient » en définitive, à faire de chaque citoyen un homme, c'est à dire un être raisonnable, honnête, juste, persévérant, patient et fort. C'est, dit M« V. Cousin, c'est le précepte de Texpérience des siècles que les lois et l'ordre social tout entier reposent sur les mœurs; or, si les mœurs ne peuvent pas toujours être enseignées, il faut se garder de croire qu'on ne peut pas inspirer Vamour et le goût de la vertu, et soutenir Vàme dans l'ellort courageux et pénible par lequel elle se traîne, elle grimpe, comme dirait Bossuet, plutôt qu'elle ne s'élève, dans le rude sentier du devoir. Il ne faut pas méconnaître, sans l'exagérer, l'importance politique et sociale de l'éducation, et d'une éducation profondément morale ; car c'est là toute sa dignité , comme ce doit être son seul but.
L'éloquence est un instrument de la politique ' et
1 €.f. \' Argument des Lois, de M. V. Couiin. •i Le Gorgias et le PMdn»