CHAPITRE PREMIER
sancc dans un agent est le néant absolu : or, ces causes produisent des choses ioformes, mais qui ont quel- ' ques fonnes ; les formes soat des Idées, des ima|^ i des Idées qu'a pu seule contempler et imiter une âme. L'âme seule est capable de posséder toutes les fonnes / de la connaissance; car la connaissance, dans sa forme la plus pure, voCç, Xc^yoc^ vosxnç, comme dans ses modes inférieurs, ^o&x, m'cnç, est un mouvement dont l'âme est le principe uni(iue. L'âme possède donc une connaissance obscure et douteuse qu*on appelle VOpinio»; ear elle tend dans tous ses actes À un but qu'elle \ atteint, à une forme, c'est à dire à une idée qu elle | réalise dans la matière ; elle ne possède pas, il est vrai, \ la consdeoce par laquelle, se repUant sur lui-même, \ VesiHrit acquiert une vue claire et réfléctne ' de luimême et de ses actes, de la fin où il aspire, une sei<'nce véritable qui doime la raison des choses ; mais nous verrons toutefois qu'après avoir reconnu la nécessité d'une cause tout à fait intelligente , belle et bonne, d'un Père du monde, d'un Démiurge, auteur de loiH j ce qu'il y a de beau et de bien, Platon le montrera j connue usant de persuasion envers Tàme motrice do la ' matière, et cherchant à la convaincre de conduire volontairement ' vers le bien tout(^s les productions du devenir. * La nécessité, .comme Platon l'appelle, était donc capable d'entendre, de comprendre, de suivre
1 TA nUkefWiH*.
3 Tim. , p. 48.
PREMIÈRK PARTIR
une raison supérieure ; Vâme universelle n'était (îonc pas absolument sourde, ni absolument aveugle. Il n'était pas possible que Platon lit autrement; car si nous, modernes, nous admettons aujourd'hui dans l'univers des forces absolument aveugles, inconscientes, inintelligentes, c'est que nous admettons en même temps un être intelligent qui les a produites; car il y a aumoins autant de perfection dans la cause que dans l'effet. L'être intelligent qui les a produites et librement jmtoduites, leur a imposé des lois par lesquelles il est en-' core présent en elles, et dont la Tertu est empruntée à sa volonté et à sa sagesse. Dans la doctrine de Platon la matière n'est pas créée; les causes coopérantes, ^uv- «iTia, qui la meurent, et ne peuvent pas ne pas l'organiser, ou en ébaucher l'organisation, ces causes indé- ' pendantes de Dieu, forces et facultés d'une puissancf^ qui lui est coéternelle, et qui agit sans lui et avant lui sur la matière, ont nécessairement quelque obscure idée, quelcpie sourd instinct de ce qu'elles font et do but qu'elles poursuivent. L'âme universelle, l'âme est une cause : or la cause est du même genre que l'intelligence , * c'est à dire divine.
Mais alors on ne coraprfiid pas que l'ordre, c'est à dire le monde visible dans sa perfection et sa beauté, ne soit pas étemel. Ce n'est pas le hasard, ni une puissance irraisonnable et téméraire qui gouverne le
I Philèh.. p. 30. Plolin, Ennéad., 1 , 1 , 8. « L'âme universelle est udo essence qui, comme le dit Platon, est indivisible, parce qu'elle fait partie du monde tntdUgibh. » Trad. de M. BouiUet, iom. 1 , p. 44.
CHAPITRK PRSIllBR.
monde. L'aspect de Tordre qui règne dans les mouvements des choses célestes , rincomiptible beauté et l'é-
lernelle splendeur des cieux, peuplés de tant d'astres, démontrent qu'une intelligence et une sagesse merveilleuses ont concouru à Tordonner. ^ Mais s'il est vrai qu*il y ait un ordre admirable et la trace d^une main et d'une pensée divines dans l'état actuel de l'univers, on ne peut refuser d'y reconnaître la présence innée * du désordre, et une cause puissante, mais violente et pour ainsi dire aveugle d'un mouvement sans mesure, d'une agitation saiis règle et sans but. ' C'est un fait, que le monde physique comme le monde moral est entraîné ou sollicité par deux impulsions contraires : par Tune, vers le bien et l'ordre; par l'autre, vers le désordre et le mal, * L'âme est la cause de toutes choses, tuv ^ùBtvm oùt^v... «iTtcev. Tout ce qu*il y a de beau et de
bien a une cause nécessairement bonne et belle eti
vraiment divine, et un(î telle cause ne peut être cause! du mal; mais la cause du mal ne peut être que mauvaise. •
11 y a de toute nécessité deux espèces de causes : les unes, intelligentes et bonnes. Démiurges du bien et du beau; les autres, ouvrières aveugles el sourdes
I Phiièb., p. 28, D. fi.
i Politxq.. p. 272, HfifiRoc.
3 Tim., p. 69.
4 Lois, X , p. 887. £pitt. , p. 960.
5 Tim. , p. 89.