‹ De la psychologie de PlatonChapitre 15 sur 115 · CHAPITRE PRBMl · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRBMl

dans cet état, c'est à dire en voie de formation Juchée par une ftme, motrice aveugle de la matière, que Dieu reçoit l'univers. Le Démiurge du beau et du bien dans ce qui devient, prend, reçoit les choses, et, se servant des causes dociles qui leur sont propres, toSç

irept Tccura oartatç ÛTPvipeTouoatç , il les fait concourir à ses sages desseins ; il achève la formation commencée , en déposant la forme et le nombre, et rend, autant que cela lui est possible, très belles et très bonnes les choses qui n'étaient pas telles. Essentiellement et éminemment bon, et par conséquent incapable d'envie, il aurait voulu que tout fût semblable à Im^méme , c'est à dire bon autant que lui. C'est alors que le monde com^menée et que le temps naît; car c'est par les instruments que fournit le monde que le temps peut se mesurer, c'est à dire être; quand périra le monde, le temps sera détruit. Mais s'il est un temps engendré et périssable, qui n'a rapport qu'au niondtï ordonné, dont il est simplement la durée mesurée par les mouvements réguliers des astres, ses organes, il est un temps éternel, immobile et incréé , dont le temps n'est que la périssable et mobile image, et qui voit s'accomj)lir dans le srîn immense de son éternité silencieuse, l'éternel devenir agité par Tàme étemelle , principe du mouvement éternel. *

Ainsi, en résumant cette première partie de la doctpne platonicienne , le fait de la connaissance , dont la

1 Tint. , p. 68, E.

2 Tim. > 38^ «tAv.

PREHltRE PAETIB.

conscience nous atteste à tous la certitude et la réalité,

implique comme conditions nécessaires et comme éléments absolus, deux espèces d'êtres, l'un parfait et universel , l'autre impariait et particulier ; cet être imparfait et contingent nous est donné sous la notion nécessaire du mouvement qu'implique d'ailleurs la connaissance, qui est un mouvement autant qu'un repos. Le mouvement a nécessairement un principe, une cause. La cause et Vintelligence sont des êtres du même genre , et Vintelligence ne se peut trouver que dans une âme. 11 y a de l'être , il y a du mouvement : donc il y a une ème.qui habite et meut Tunivers ; ce n'est pas dire assez : il y en a nécessairement plusieurs, ' et au moins deux, l'une principe du bien, l'autre principe du mal, qui ont toutes deux leur place dans le mouvement général de Vunivers. Nous arrivons ainsi, sur les fondements purement psychologiques des conditions de l'acte de connaissance, à poser comme certaine l'existence : des l*" Idées, modèles exemplaires et causes finales; 8^ de la matière, mlhstratum vague et commun ([ue la réalité ne nous présente point, que l'acte de la connaissance directe n'atteint jamais que sous une forme particulière et mobile, essence du devenir ; 3** du mouvement ; 4* de DIqu, auteur de ce qu'il y a de beau et de bon dans le mouvement; 5*" d*une àme, prindpe du mal, motrice étemelle de la matière, et dont l'action étemelle et

1 LoÙt X, p. ISfH, A««|iM(!«r.... Th.W*t.

CHAmUB PRKIUBR

innée a précédé dans Téternité l'actioa réparatrice et bien&isante de Dieu.

Il n'est pas difficile d'apercevoir les faiblesses de cette théorie : elle pose plusieurs absolus, ce qui est contradictoire à ]a notion même de Tabsolu. La présence du mal au sein même de Tordre qui éclate . dans le monde , a conduit Platon à supposer l'existence de deux^ principes ; car si le Dieu bon était le seul auteur du monde, conmient le mal s'y introduirait-il, puisque Weu ne peut pas changer ni de pensée, ni de Tolonté, ni d'action ? Mais Platon n'a pas fait attention qu'il déplaçait la question sans la résoudre. Pourquoi l'âme de la matière est-elle mauvaise? pourquoi, puisqu'elle donne le branle à Véternel devenir et ébauche ainsi la figure du Dieu futur, qui sera le monde, pourquoi ne rachève^t-elle pas? Qui peut le plus, peut le moins ; la force intelligente qui commence la formation des corps , qui produit les formes nécessaires, a dû et pu produire les formes de distinction , d'ornement , de beauté. Toute cause est une raison /c'est Platon lui-même qui nous l'enseigne; et toute raison subsistant par elle-même , qui est son principe à elle-même, est absolue et parfaite, et a dû créer éternellement le monde dans sa perfection possible, sans le laisser pendant une éternité la proie d'un inexplicable chaos , la victime d'un appétit violent de désordre et de confusion.

Les Idées, le Démiurge, l'ftme universelle, voilà, sans compter la matière, comme dit Aristote, voilà bien des

Page 1