‹ De la psychologie de PlatonChapitre 18 sur 115 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ment de trouble légitime que je rencontre de tels adyersaires et que je me y(As contraint de les combattre. J'ose dire pourtant qae cette condamnation dure et

sévère que prononce Aristote contre la théorie de Platon, repose en réalité sur des bases peu solides, et j'allais ajouter peu équitables.

Je résume l'opinion de M. Ravaisson qui est en entier celle d' Aristote.

L*àme, dans la doctrine de Platon, n'est qu'une idée ; Vidée n'est qu'un nombre, moins qu'un nombre, mais un pur rapport de nombres, puisque les nombres sont la matière dont les rapports sont la forme. En etfet , toutes choses et même les idées sont composées, et composées du fini et de l'infijû, d'une matière et d'une forme : l'idée n'est donc qu'un pur abstrait, un être purement logique.

La matière , c'est la dyade indéfinie du grand et du petit ; mais le grand et le petit ne sont que des relations , et la formule de la matière n'est que la double relation du plus grand et du plus petit , du plus et du moins. La matière n'est donc elle-même qu'un rapport, une abstraction, un non-ôtre absolu, l'idée absolument abstraite d'une relation sans sujet.

L'idée et la matière se résolvant également en des rapports numériques, non seulement perdent toute réalité , mais encore toute différence. Alors disparaît toute opposition des deux principes, toute différence entre le monde sensible et le monde intelligible.

Or, Platon ne reconnaît (jue ces deux causes : la

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PUEMlÈKi: PAKIIE.

forme et la matière.^ En conséquence, comme ces deux causes ne sont point des êtres réels, il n*est pas admis à mentionner le mouvement, et encore moins à rexpliquer. « Il ne peut pas même alléguer comme principe du mouvement, ce principe dont il parle quelquefois (en effet, Platon parle quelquefois de Tàme), cet être qui se meut lui-même ; car rénie est, de son propre aveu , postérieure au mouvement et contemporaine du ciel. )> Contemporaine du monde, FAme est, comme le monde, un composé des deux principes, et n*a pas plus de réalité que ces principes qui n'en ont aucune. Ainsi, tandis que nous avons cru voir dans Platon une psychologie admirable qui d'un coup nous introduit au sein de l'être et de la réalité, Aristote n'y découvre qu'une dialectique dont la subtilité prodigicii.s(' ne peut aboutir (\uk des formes sans substance et à des abstractions sans réalité.

Aristote nous art-il donc montré Platon tout entier? Platon esi4l tout entier dans la dialectique, ou la dialectique n'est-elle qu mie forme purement logicjue de la connaissance, qui ne peut donner évidemment ni la cause finale, m la cause motrice ? Alexandre d' Aphrodisée, * son commentateur, s'étonne qu' Aristote n'ait pas vu ces deux causes dans le système platonicien où il est mani&ste qu'elles se trouvent, dans le limée, dans k Philèbe, dans k$ Lm et partout; mais si ces deux causes, et surtout celle du mouvement, avaient

1 Arist. , Mét. . 1 , H.

3 Sdbtfj. , p. 353. Sepuk. , p. sfat.

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été reconnues dans Platon, toute la critique d'Âristote contre le système de son maître restait sans base et eût même été impossibie. Il n'eût pas pu s*écrier : « les mathématiques sont devenues toute la philosophie ; toute la science de la nature est détruite , car on nie le mouvement. » ^ U est évident, par cet exemple, qu'Aristote ne nous montre pas Platon tout entier, et la lacune de son exposition sur ce point, dont on ne saurait méconnaître l'importance, nous la rend suspecte tout entière. * Comprend -on que le docte critique de la Métaphysique n'ait pas même une seule fois mentionné la théorie de la Réminiscence , théorie fondamentale au double point de vue de la Psychologie et de la Métaphysique. Le nom même n*est pas pro«> noncé, et Aristote lui-même lui bit à peine une place dans cette longue et sévère accusation qui remplit une partie considérable de sa Métaphysique. '

Devant de pareils oublis, £aui-il donc en croire Aristote sur sa parole, alors que les textes n*ofifrent aucune base à sa critique, et quelquefois la contredisent formellement. U faut bien reconoaitre, en effet, que Platon ne définit nulle part ni l'idée, ni Vème,

1 ildt., J, r. 7.

2 Dans la critique qu' Aristote fait du non-ôtre dans Platon (Mét., XIV, c. 2), Syrianus (BagoL, f" 106, A) l'accuse formelleiucnl d'uvoir forcé le 8C08 des termes , et asluciouscnicnt prêté à ses adversaires l'erreur qu'il leur reproche, d'avoir assimilé leur méthode à celle des géomètres. (Voir M. ricrroD, trad. de lu Métaphysique d'Aristote, tom. Il, p.

3 Elle est cepandant mentionnée, Met. , 1 . c. 7. Derniers Ànalyt., I. 1, Première 4fui(yt..« II , 91.

1»HEMIKKE FAIUIE.

un nombre ; il faut bien reconnaître que l'expression mémo de la dyade indéfinie n'appartient à aucun de ses dialogues; et si Aristote ^ient nous dire qu'elle était usitée dans les enseignements secrets et les leçons non écrites , il nous est impossible de contrôler cette assertion, et de vérifier Tensemble des doctrines où cette expression pouvait avoir sa place, et la sigiMcation précise qui lui était donnée. Ce caractère d'idéalisme absolu et absurde ne fut d'abord, dit M. Ravaisson , dans la philosophie platonicienne , <c qu'une tendance obscure et à peine comprise. Peu de choie en transpire dans les dialogues ; on y entrevoit les principes , mais la déduction des conséquences est à peine indiquée. Platon la renferma dans l'ombre de l'école et presque dans le mystère de l'enseignement privé ; ce ne fut qu'après lui qu'elle eu sortit et qu'elle parut au grand jour. » ' Ainsi la critique porte, de l'aveu même de ceux qui la font, sur une théorie dont on ne peut entrevoir dans Platon que la tendance obscure , dont les principes transpirent à peine dans les dialogues, mais dont les conséquences ne sont pas même déduites. C'est sur les doctrines de ses disciples que Platon sera jugé. C'est une doctrine cachée, mystérieuse, enfermée dans le secret de l'enseignement de l'école, ou des entretiens intimes de la vie privée, '

1 y\. Ravaisson, Essai sur la Méi.. tom. I, p. 315.

2 Qu'était-te donc que ces ? uno doctrine orale, un enseignement par la parole; or, je le demande ici en conscience, quel est le philosophe qui, après avoir donné oralement l'exposition de sa doclrine, sans «voir pa en fixer par l'écriture le sens déterminé, consentirait k se

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